La presse a la tête dans les étoiles

Et pas n'importe quelle étoile, mais un astre bien précis. Une planète nommée Kepler-452b, dont la Nasa nous assure qu'elle est à peu de choses près une copie conforme de notre bonne vieille Terre. De là à s'imaginer qu'elle pourrait abriter de la vie ou qu'on pourrait aller un jour s'y installer, il n'y a qu'un pas d'environ 1400 années-lumières, que Le Parisien franchit allègrement ce matin, avec quelques réserves.

Le responsable de l'exobiologie au Cnes, Michel Viso, nous raconte ainsi que certes, la planète se situe dans une zone d'habitabilité et que son fonctionnement ressemble beaucoup à celui de notre Terre (elle tourne par exemple autour de son soleil en 385 jours)... Mais on ne sait rien de sa composition.

Et on n'est pas près non plus d'y atterrir, ou d'y aképlérir. Le Huffington Post a sorti sa calculatrice pour faire une petite estimation du temps de trajet de la barrière de péage de Saint-Arnoult à l'atmosphère de Kepler-452b. Elle se trouve donc à 1400 années lumières, soit 13 millions de milliards de kilomètres. Même avec la navette la plus rapide jamais construite par l'humanité jusqu'ici, il faudra compter au mieux six millions d'années, soit un voyage étalé sur environ 200.000 générations.

Bref attention aux coups de com, nous prévient Libé. Qui titre sur cette polémique : "pour ou contre Kepler-452b".Dans les "pour", le fait notamment que ce genre de découvertes permet de maintenir intacte la curiosité du public sur les travaux des scientifiques. Côté "contre", ce petit rappel du planétologue François Forget : "on parle de zone habitable pour définir la fourchette d'orbites dans laquelle il n'est pas impossible qu'une planète possède de l'eau à la surface... Ça ne veut en aucun cas dire qu'elle est effectivement habitable". Et encore moins qu'elle est déjà habitée. D'ailleurs Libération rappelle que la Nasa a aussi un service de communication un peu trop enthousiaste, qui exagère parfois ses annonces... N'en déplaise aux Képlériens.

La "génération perdue" de Daech

Un article de Slate sur les enfants-soldats de l'organisation État islamique s'interroge sur cette "génération perdue" formée directement par les djihadistes dès le plus jeune âge et capable, à 14 ans, de décapiter un homme, face caméra. Slate cite une enquête du journal web américain Vocativ, qui a interrogé des spécialistes du traitement des troubles psychologiques chez des enfants soldats venus d'Ouganda ou de Sierra Leone. Et tous s'accordent à dire que leurs techniques seraient sans effet dans cette situation, en tout cas pas sans un énorme travail de déradicalisation en amont. Car toute la terrible ingéniosité des terroristes est d'utiliser ces jeunes de façon inédite, explique Benjamin Delille : "L’État islamique ne recherche pas uniquement de la chair à canon mais veut créer de vrais militants dévoués corps et âmes à sa cause en leur inculquant une idéologie. Cette naturalisation de la violence est permise par une logique de séduction de l’enfant : des jouets contre des exécutions."D'où cette question troublante du journaliste John Horgan : devra-t-on considérer ces enfants comme des victimes de guerre ou au contraire comme de vrais terroristes ?

Charles Enderlin rend les armes

Le cahier Télé de l'Obs consacre un joli portrait à celui qui, arrivé sur place comme pigiste en 1981, va remettre dans trois semaines les clés de son bureau de correspondant permanent de France Télévision à Jérusalem à un jeune successeur de 34 ans. Spécialiste reconnu, parfois vertement critiqué par les militants des deux camps, Charles Enderlin regrette aujourd'hui un manque d'intérêt croissant pour sa région d'adoption : "À une époque, sur les télés françaises, on pouvait consacrer jusqu'à vingt minutes à l'actualité du Proche-Orient... Mais à l'exception des guerres et des massacres de Daech, ça n'intéresse plus personne". Un autre journaliste résume le personnage en quelques mots : "Certains ont d'excellents contacts chez les Israéliens. D'autres sont très bien introduits côté palestinien... Mais il n'y a que lui pour connaître autant de monde au plus haut niveau dans les deux camps".

Une expertise qui a quasiment fait de lui une attraction touristique à Jérusalem. "Pour les journalistes ou les diplomates français, une rencontre avec le "monument" Enderlin est une étape quasi obligée", taquine le correspondant de l'Obs sur place.

Le Parti socialiste est-il en train de perdre les profs ?

C'est Le Figaro qui lance l'alerte ce matin, avec un sondage Opinion Way auprès de 588 enseignants représentatifs... Le verdict est sans appel : 76 % des personnes interrogées se disent mécontentes du bilan du président de la République, 77 % pour sa ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem. En cause, selon le journal, différentes réformes éducatives qui "concentrent les polémiques", des rythmes scolaires à la réforme du collège... Mais pas seulement, selon Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d'OpinionWay : "Comme tous les Français, les enseignants reprochent à François Hollande son inefficacité en matière économique et sociale". Dans son éditorial, Paul-Henri du Limbert enfonce le clou : "Impossible n'est pas hollandais : en 38 mois de mandat, le président a réussi l'exploit de fâcher les enseignants avec la gauche."

Mais à qui profite le crime ? Pas du tout à Nicolas Sarkozy, un petit peu à Jean-Luc Mélenchon, mais surtout... à François Bayrou ! 26 % des enseignants affirment qu'ils voteront pour lui en 2017. "Le MoDem est perçu comme une alternative acceptable pour cet électorat proche du centre-gauche. La droite, elle, a fait le deuil de cet électorat."

"Client difficile" plutôt que "client sans cerveau"

Peut-on inscrire dans un fichier professionnel "Le client est de confession juive", "Le client n'a pas de cerveau" ou "La cliente est une grosse connasse qui se croit tout permis" ? Évidemment non, et la Cnil l'a rappelé à l'enseigne d'électroménager Boulanger. Elle avait été saisie par un client qui avait découvert un commentaire désobligeant. Rue89 analyse ce matin ce qu'on peut ou ne peut pas écrire dans un fichier client , et décrypte comment la Cnil s'y prend pour faire cesser ce genre de dérives avec la méthode du "shaming" : en publiant sur le web l'intégralité des mises en demeure, la Commission nationale Informatique et liberté fait honte aux entreprises concernées (d'où le terme de "shaming")... Et ça marche ! Boulanger a publié un communiqué pour s'excuser et a promis de suivre les recommandations. Désormais, on écrira simplement "client difficile", c'est peut-être un peu plus hypocrite mais c'est aussi plus respectueux.

Le deuxième disque est (souvent) le meilleur

C'est mathématique : il y a de très fortes chances que votre album préféré soit le deuxième sorti par votre artiste préféré . Pierre Breteau, des Décodeurs du Monde.fr, s'est amusé à croiser la liste des 100 grands artistes de tous les temps (établie par le magazine Rolling Stone) avec les notes données par les internautes aux disques de ces artistes sur le site allmusic.com... Et le résultat est sans appel : le meilleur album, c'est presque toujours le deuxième.

En moyenne, ce fameux deuxième disque (appelons-le sobrement "l'album de la maturité") a le plus de chance d'avoir été noté 10/10. 73 % de notes supérieures à 9, soit autant de petits chefs-d'oeuvre sortis après un premier album légèrement moins apprécié.

La formule marche parfaitement pour Nervermind, de Nirvana, noté 10/10, Ride the Lightning de Metallica, The Bends de Radiohead, ou encore le deuxième album d'Elton John, astucieusement nommé "Elton John". La grande exception en revanche, ce sont les Beatles, tous leurs albums sont notés 9 ou 10/10, sauf Yellow Submarine, terrible erreur de parcours sous acides qui a valu aux scarabées le seul 8/10 de leur carrière. Les internautes sont impitoyables.

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