Bonjour à tous… Par quelles nouvelles commencer, les bonnes ou les mauvaises ? Et quels mots utiliser pour évoquer nos communes difficultés : Crise ou krach ? Dépression ou récession ? Régulation ou réglementation ? J’y reviendrai avec Jean-Claude Guillebaud qui s’interroge cette semaine sur ce thème, dans sa chronique du NOUVEL OBSERVATEUR. Mais je commencerai avec les bonnes nouvelles du week-end. La nuit prochaine, Français, Françaises, nous allons pouvoir dormir une heure de plus ! « C’est parfait pour les plus fatigués », se réjouit à moitié LE PARISIEN, avant d’expliquer chagrin, « que cette heure gagnée, signe aussi l’approche de l’hiver et le raccourcissement des jours ». « Mais vous » ? interroge le confrère dans un sondage EXPRESS, « n’auriez-vous pas un petit secret pour bien dormir » ? « Moi » répond une jeune éducatrice, « c’est la télévision qui me fait sombrer dans les bras de Morphée ». Un contrôleur SNCF, vante les mérites du jogging avant le coucher, tandis qu’une psychologue conseille d’éviter thé et café et de lire avant de s’endormir. Une jeune Rochelaise suggère de se coucher de bonne heure, avec une tisane : camomille ou tilleul. Tandis qu’un aide-soignant quadragénaire révèle que l’amour avec son épouse a des vertus dormitives ! On sait en effet grâce à Raphaëlle Billetdoux, qu’il y a des nuits plus belles que les jours !. L’autre bonne nouvelle fait les quatre premières pages de LA CROIX et souligne l’année étoilée du cinéma français. Un Oscar à Hollywood, une Palme d’or à Cannes et un succès public pour «Bienvenue chez les chtis ». « Il y avait longtemps que le cinéma français n’avait connu une conjonction aussi favorable », écrit Arnaud Schwartz, avant d’évoquer cependant, le danger, que fait courir au 7ème Art le piratage sur Internet. Bref, l’année 2008 a été bonne pour le cinéma français, mais les 17 millions de spectateurs de Dany Boon cachent peut-être la fragilité du secteur. Le bonheur n’est jamais sans mélange, et c’est pourquoi, toujours dans LA CROIX, Bruno Frappat dit le cafard provoqué par la mort de Sœur Emmanuelle. Et mon confrère d’évoquer un soupir entendu dans un ascenseur : « Où retrouver des gens comme ça et une femme comme elle » ? Frappat se veut optimiste et répond «qu’à toutes les époques il y a des voix et des sourires qui rassurent. Tout comme rassure notre besoin d’admirer les cœurs vastes et les générosités ». « Sœur Emmanuelle », écrit-il, « n’était pas une création de l’audiovisuel, pas un symbole construit sur du vent. Elle avait agi avant de causer, œuvré avant de se montrer et ce dont elle parlait, elle l’avait vécu. Et le chroniqueur de LA CROIX, de conclure sur trois anticonformistes de son Eglise : Georges Hourdin, Sœur Emmanuelle et l’Abbé Pierre. « Tous les trois, écrit-il, « ont eu une longue vie et en ont profité pour ne pas laisser les prudences au vestiaire ». L’Abbé Pierre ne se cachait pas derrière sa barbe pour envoyer dire ce qu’il avait à dire. Sœur Emmanuelle écrivait au Pape pour lui expliquer que dans les bidonvilles, la pilule était tolérable et même indispensable. D’ailleurs commente mon confrère de LA CROIX, Jean-Paul II n’avait pas répondu. Manière qu’ont les Papes de laisser dire et faire. Dans le même quotidien, une rencontre avec un optimiste, ancien compagnon du Président chilien Salvador Allende, qui dirige aujourd’hui le bureau de l’organisation internationale du travail. Selon lui, la crise financière actuelle peut parfaitement déboucher sur un monde plus juste. A condition, de se méfier des idéologues et des cyniques, qui prêchent le « ce n’est pas possible, on ne peut rien faire ». Ce réformateur de 67 ans, qui croit à la justice sociale, s’appelle Juan Somavia. Il donne du cynisme en question la belle définition d’Oscar Wilde. Pour l’écrivain, un cynique est un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. Et le directeur de la vénérable OIT née en 1919 pour pacifier les sociétés grâce à la justice sociale, d’évoquer en six lignes, un siècle d’échecs et de succès. « Toute l’évolution depuis les deux guerres mondiales, était fondée sur la recherche d’un équilibre entre l’économie et le social. Les Trente Glorieuses incarnaient les valeurs de l’OIT, basées sur un partage équitable des richesses. Puis, tout s’est effondré dans les années 80 avec le consensus de Washington prônant le libéralisme tous azimuts. Il fallait casser les Etats, ne plus avoir de règles. Le droit social comme les syndicats étaient accusés de fausser la bonne marche de l’économie. Résultat : la croissance n’a profité qu’à quelques-uns et la précarité s’est répandue. On a oublié que la justice sociale était un élément central de la stabilité des sociétés». Jean-Emmanuel Ducoin, dans son bloc-notes de l’HUMANITE fait écho, au propos de Juan Somavia interviewé par LA CROIX. Vous avez remarqué, dit-il, la sur-conscience de notre civilisation mondialisée, avec consommation à-tout-va et culture pour y remédier. Mais de quelle culture s’agit-il ? Et Ducoin d’interroger : « Avez-vous noté ce goût du grand et du petit écran pour des personnages plus ou moins contemporains ? Piaf, Sartre, Coluche, Mesrine, Dolto, Guy Mocquet et même annoncé pour bientôt, Coco Chanel. Et mon confrère de l’HUMANITE d’envisager les attentes du public, ses instincts les plus simples et les plus élevés, avant de rappeler un petit texte prouvant que la crise actuelle nous hante, qui a dit, je cite : « Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que les armées. Si les Américains laissent les banques privées contrôler la question de leur devise, d’abord par l’inflation, puis par la déflation, les banques et les sociétés qui croîtront dans leur sillage priveront progressivement les gens de leur propriété jusqu’à ce que leurs propres enfants deviennent des sans-abri et cela sur le continent que leurs pères ont conquis ? Réponse : Thomas Jefferson en 1802. Incroyable, non ?. Crise : on rentre dans le dur ! Telle est la manchette pleine page, de Libération, ce samedi, bâtie sur cette double information : « Vendredi noir pour les Bourses face à la crainte d’une récession qui s’annonce brutale. Peugeot et Renault décident de fermer temporairement des usines". L’industrie automobile ébranlée par la crise, constate le FIGARO avec cette évolution du marché depuis le début de l’année. PSA – Peugeot-Citroën – moins 66 %. Daimler – moins 67 %. Fiat – moins 67 % aussi. Ford – moins 72 % Renault – moins 77 %. 6M – 78 % Toujours dans le FIGARO, un chiffre éloquent lui-aussi. Depuis le début de l’année, le Cac 40 a perdu 43%. Mais pour ce quotidien, la déprime reste irrationnelle ! Crise financière, crise économique, crise sociale. Pour le PARISIEN, on y va tout droit. Des nuages sur l’emploi, à la tension qui monte. Et le PARISIEN de citer les suppressions d’emplois annoncées, comme à Gravelotte, avant l’annonce jeudi des chiffres du chômage de septembre. La Redoute, Hewlet-Packard… 672… 600… Et Sanofi, et Alvadis et le Crédit Agricole et la Camif. Page 12 du PARISIEN et page 13 aussi, où Nathalie Schuck, cite Nicolas Sarkozy à Pékin : « Le monde va mal », cite-t-il, "il va mal parce qu’il est face à une crise financière sans précédent. Dans sa gravité, dans sa soudaineté, dans sa violence ». Propos tenus devant les représentants de 43 pays, conviés au Sommet de Pékin. Pékin, convaincu d’aller au G20 de novembre, pour voir et espérer peut-être à qui l’histoire avec un grand « H » donnera raison. Sarkozy ou Merkel. Les Etats-Unis ou l’Europe. Dans sa chronique du NOUVEL OBSERVATEUR, Jean-Claude Guillebaud titre : « Vous avez dit régulation » ? « Méfions-nous des mots. On ne s’interroge jamais assez sur le sens du vocabulaire courant, sur la portée de ces minuscules messages sémantiques que nous aspirons sans y prendre garde, ingurgitant du même coup l’idéologie discrète qu’ils transportent avec eux. Que l’on songe à la fortune récente du substantif « régulation ». En pleine tourmente financière, il ne se passe pas une heure sans qu’on entende ce vocable claironné sur tous les tons. Il faut réguler les marchés financiers. Soit, mais qu’est-ce à dire ? Pourquoi ne dit-on pas « réglementer les marchés » ?. Le verbe réguler suggère une action de contrôle ou d’amélioration. On régule au lieu de changer. La régulation fait ainsi l’économie du normatif, ou plus exactement prétend le faire. Elle propose un mécanisme neutre, dépourvu de jugement de valeur.

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