La revue de presse de Frédéric Pommier

Il ne faut jamais se fier aux apparences… C’est la première idée qui nous vient après la lecture de l’entretien qu’a accordé, à L’EQUIPE MAGAZINE, l’entraineur portugais de l’AS Monaco. Depuis son arrivée en France, Leonardo Jardim a davantage reçu de critiques que de louanges : des critiques sur le jeu des footballeurs qu’il dirige. Un jeu bien trop frileux, disent les spécialistes, moquant en outre la difficulté de l’équipe à l’emporter à domicile…

Des critiques, également – ou, disons, des sarcasmes à propos de son français très approximatif. Avec son accent à découper au couteau, Leonardo Jardim est devenu, à ses dépens, l’une des stars du « Petit Journal » de Canal+ : après chacune de ses conférences de presse, une séquence drolatique de l’émission pointait ses erreurs de grammaire et son vocabulaire quelque peu limité… A dire vrai, il était totalement incompréhensible, mais il a, depuis, fait d’énormes progrès, et il n’a désormais plus guère besoin d’un interprète… Et puis, loin d’être l’imbécile dont il a pu donner l’image, il dévoile dans l’hebdo sa vision globale du sport : une vision où tactique, physique, technique et mental sont entremêlés dans les moindre exercices. Une vision qui, raconte l’entraineur, est née de sa fréquentation des ouvrages d’Edgar Morin ! Il avait 18 ans quand il a découvert le sociologue français, et ce qui, d’emblée, lui a plu dans ses textes, c’est, dit-il, sa « perception symphonique de la vie ».

Une perception qu’il tente de transposer au football… « Une équipe qui marche bien, précise Léonardo Jardim, c’est comme un orchestre où tous les musiciens jouent sur le même tempo. Et quand elle ne marche pas, c’est une combinaison d’erreurs : le chef, les interprètes, la qualité des instruments, et puis d’autres facteurs qu’on ne perçoit pas de l’extérieur. » Leonado Jardim, disciple de Morin… Et ça paye, visiblement. Hier soir, l’AS Monaco a battu Angers 2 à 1… Et aujourd’hui, les monégasques pointent provisoirement à la tête du classement du championnat.

Il ne faut jamais se fier aux apparences : c’est aussi ce qu’on se dit à la lecture de la déclaration de l’Ayatollah Ali Khamenei. En l’occurrence, les apparences, c’est un pays, l’Iran, qui s’est enfin ouvert au reste du monde – et au monde libéral. Mais cette libéralisation n’est, pour l’heure, qu’économique. Pas morale, pas sociale… Pour preuve, donc, cette « fatwa » lancée le 10 septembre par la plus haute autorité du pays : les Iraniennes n’ont plus le droit de faire du vélo. Et ce, parce qu’en montant sur une bicyclette – c’est ce qu’a dit Ali Khamenei : « elles attirent l’attention des hommes et exposent la société à la corruption ». Mais oui, mais oui, bien sûr… « Faire du vélo : le nouveau défi des Iraniennes », lit-on sur le site NOUVELLES NEWS, qui nous explique que certaines sont entrées en résistance : elles se montrent en train de pédaler – photos sur les réseaux sociaux… « Nous n’abandonnerons pas nos vélos », lance une mère avec sa fille. Sachant donc qu’elles risquent aujourd’hui d’être arrêtées par la police…

Et en France, où en est-on de l’égalité entre les sexes ? C’est le dossier de l’hebdomadaire toujours éclairant LE UN. Certes, les françaises ont le droit de faire du vélo, mais la parité n’est toujours pas respectée – notamment dans les conseils d’administration, et quand certaines sont harcelées sur leur lieu de travail, les sanctions restent encore bien rares… « Après de rudes combats, les femmes ont obtenu des avancées notables, mais le chemin reste encore long pour une égalité réelle », souligne le journal. Lire, notamment, l’analyse du diplomate de l’ONU Yannick Glemarec : plaidoyer pour une plus grande présence des femmes dans les instances qui gèrent les questions de sécurité. « A l’issue d’un conflit, explique-t-il, quand les femmes participent à la négociation, les chances d’une paix durable augmentent de 20%. »

Des femmes, il est d’ailleurs aussi question dans l’ouvrage que LE POINT présente comme « le livre qui fait peur à Sarkozy ». Et ce livre, c’est celui que Patrick Buisson publie cette semaine. Buisson, ex-conseiller de l’ex-président de la République, avec lequel ce dernier s’est brouillé quand il a su qu’il avait enregistré nombre de leurs conversations. Buisson a donc trahi, puis Buisson a écrit, et dans le camp Sarkozy, on s’inquiète aujourd’hui des éventuelles révélations contenues dans le pavé de 500 pages que la presse, à coup sûr, va décortiquer une à une. Toutefois, d’après l’hebdomadaire, il n’y a dedans rien d’explosif. Mais le lecteur pourra cependant se délecter du portrait saignant que Buisson dresse de l’ancien locataire de l’Elysée : un homme sans convictions, inconstant idéologiquement, s’entourant de courtisans, et puis donc un homme sans cesse sous l’influence de ses femmes… Cécilia, puis Carla…

Patrick Buisson, on le retrouve d’ailleurs également dans LE MONDE. Une enquête d’Emeline Cazi et d’Ariane Chemin sur l’imprimeur qui fut chargé d’imprimer les affiches et les programmes du candidat Sarkozy en 2007 et 2012. Il s’appelle Gilbert Caron et c’est lui aussi qui fut chargé d’imprimer le journal MINUTE, dont Patrick Buisson dirigea longtemps la rédaction. C’est à cette occasion que les deux hommes ont sympathisé, et c’est ainsi Buisson qui permit à Caron de décrocher le marché des campagnes de Sarkozy. En retour, l’imprimeur lui a versé une commission de 600.000 euros…

Un autre livre suscite la curiosité de la presse magazine cette semaine : deux pages dans GALA, deux pages dans GRAZIA, et même six pages dans L’EXPRESS : « Chirac, un amour interdit » - ça, c’est le titre du papier. Et le titre du livre, c’est « Jacques et Jacqueline ». Sous-titre : « un homme et une femme face à la raison d’Etat ». Un livre signé par deux journalistes, qui reviennent sur une histoire politico-sentimentale qui s’est jouée au sommet de l’Etat dans les années 70... Jacques Chirac a 41 ans, il est marié, père de famille, il est Premier ministre… Et il tombe amoureux d’une autre : Jacqueline Chabridon, jeune journaliste au Figaro. Une longue idylle qui a bien failli faire vaciller son mariage, puisqu’un temps, il a vraisemblablement songé à demander le divorce. Mais ses conseillers de l’époque l’en ont dissuadé – Marie-France Garraud, Pierre Juillet – parce qu’un homme divorcé ne sera jamais élu président ! Et ils l’ont donc pressé de mettre un terme à cette liaison… Son ami Charles Pasqua lui aurait même lancé : « En politique, on peut avoir des histoires, mais il faut toujours revenir à la grotte. » Il est donc revenu à la grotte.

Cela dit, ce matin, ce ne sont pas ses anciennes amours qui font la Une, mais plutôt son état de santé… C’est le titre à la Une du JOURNAL DU DIMANCHE : « Le clan Chirac dans l’épreuve »… La photo date d’il y a quatre ans – le 20 novembre 2012 – et, de lui, on ne voit qu’une partie du visage. Il est en train de se frotter l’œil. Assise à ses côtés, sa femme a le regard soucieux. Jacques et Bernadette font donc la Une de l’hebdo, qui revient sur cette longue semaine « au chevet » de l’ancien président. Hospitalisé pour une infection pulmonaire, Jacques Chirac a vraiment frôlé la mort dimanche soir. Un état jugé « très, très préoccupant », et à cette heure, les nouvelles « ne sont pas rassurantes », selon le journal, qui détaille les nombreux messages de soutien qu’il a reçus, messages venus notamment des leaders de la droite… Nicolas Sarkozy s’est même fendu d’un coup de téléphone à sa fille, et c’est la première fois, la première fois depuis vingt ans, que Nicolas Sarkozy et Claude Chirac se reparlaient…

Dans l’hebdo, vous lirez par ailleurs qu’à l’Elysée, on se prépare déjà pour la suite… D’après son entourage, François Hollande est prêt à lui rendre un hommage national, comme Chirac l’avait lui-même après la mort de Mitterrand. Mais un de ses conseillers prévient : « Il ne faut pas qu’il en fasse trop, sinon ce sera perçu comme de la récupération. » Et à droite, qui se réclamera l’héritier de Chirac ? Un peu tout le monde, évidemment, mais une enquête l’IFOP apporte tout de même une réponse, réponse qui ne surprendra personne : pour une majorité de sondés, c’est Alain Juppé qui apparaît comme le plus chiraquien des chiraquiens… Juppé qui pointe aussi en tête de l’autre sondage du jour – et ce dernier concerne cette fois la primaire… « Juppé reste devant Sarkozy », titre SUD OUEST DIMANCHE. Ce qui donne, dans LA PROVENCE : « Juppé vainqueur des deux tours »… Sondage BVA pour la presse régionale, qui révèle que, si le scrutin avait lieu ce dimanche, le maire de Bordeaux obtiendrait 38% des voix au 1er tour, devant Nicolas Sarkozy – 34% des voix. Et au second tour, c’est donc Juppé qui l’emporterait, avec plus de 10 points d’avance… Mais, bien sûr, ce n’est qu’un sondage, le vote n’a lieu que fin novembre, et on sait qu’il ne faut pas toujours se fier aux sondages…

Et puis, pour finir, quelques mots d’un ami… Et quelques mots sur un ami. L’ami François Morel, qui s’installera bientôt au théâtre du Rond-Point, avec un nouveau tour de chant, et qui donne, ce dimanche, un spectacle en hommage à Raymond Devos sur la scène du théâtre des Champs-Elysées… Devos, qui disait notamment : « Du moment que l’on rit des choses, elles ne sont plus dangereuses… » Photo de l’ami Morel, ce week-end, dans le FIGARO, qui le décrit comme un « un des artistes les plus doués de sa génération, et le plus généreux sans doute »... Généreux, tendre et drôle, à l’image des réponses qu’il fait au questionnaire du mensuel VANITY FAIR… De quel sport êtes-vous fan ? Réponse : « le sudoku »… A qui aimeriez-vous ressembler ? Réponse : « à moi-même, en plus jeune »… Quel est votre jour préféré ? Réponse : « le jour de paye »… François Morel a toujours le regard qui brille. Il est toujours brillant. Preuve que l’on peut parfois, nonobstant l’expression, se fier aux apparences…

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