Par Camille Magnard

Je ne sais pas vous, mais je crois qu'on aurait bien besoin d'un thé de la fraternité, ce matin...

C'est le Conseil Français du culte Musulman qui nous l'offre: initiative annoncée dans Le Parisien/Aujourd'hui en France. Les 2500 mosquées et lieux de culte musulman de France sont invitées à s'ouvrir au public, à organiser des visite et donc à offrir le thé... ce sera le week-end du 9 et 10 janvier.

Manière de célebrer "l'esprit du 11 janvier", un an après... manière de tordre le cou aux amalgames, aux idées reçues, et surtout d'instaurer un dialogue, nous dit un imam. "On n'a rien à cacher, d'ailleurs on a souhaité que les vitres de la Mosquée soient vitrées". C'est page 10 du Parisien / Aujourd'hu i en France.

Ensuite vous tournez, et page 12, vitre brisée, exemplaires du Coran noircis par le feu... le thé est amer à Ajaccio. "Une salle de prière attaquée", mobilisation islamophobe "qui n'avait sans doute rien de spontané, bien au contraire", affirme le quotidien. L'agression de deux pompiers jeudi soir dans le quartier des jardins de l'Empereur ne seraient qu'un prétexte à une manifestation qui a très vite viré à l'expédition punitive anti-musulmans .

Dans cette triste affaire "les provocateurs sont provqués et les outrageurs sont outragés", observe le procureur D'Ajaccio, mais encore? On se tourne vers la presse insulaire, pour tenter d'en savoir plus mais Corse Matin se contente d'un lapidaire "Jour de colère" en Une, avec photos et légende, "après l'agression de deux pompiers, la foule a envahi le quartier de l'Empereur..."

Pour ce qui concerne la salle de prière vandalisée, il faut aller en page intérieure ou sur le site de Corse Matin . On y lit qu'en marge des rassemblements de soutien aux pompiers blessés, certaines personnes avaient appelé à s'en prendre au lieu de culte musulman, consigne suivie par "un petit groupe", et gare aux amalgames!

Dans Corse Matin on peut surtout lire un long billet d'humeur signé par le journaliste Antoine Albertini. Notre confrère pour qui "le racisme anti-corse est la dernière forme de xénophobie légalement admise en France".

Il en veut pour preuve le déchaînement d'attaques contre l'île depuis que le tout nouveau président de l'Assemblée territoriale, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, a prononcé son discours d'investiture en langue corse: 7 minutes et 37 secondes très précisément qui ont été suivies dans les médias nationaux "de torrents de boue bileuse, de vomissures mêlées d'anathème, de menace et de malédiction sans équivalents". C'est Albertini qui le dit, rappelant les prises de parole plus que jacobines de Christophe Barbier dans L 'Express , de Jean-Luc Mélenchon sur divers plateaux de télévision et d'éditorialistes de la presse régionale. Mention spéciale pour le Courrier Picard, quotidien "dont le nom évoque assez la lettre interne d'une entreprise de surgelés, s'amuse Albertini.

Il fustige " une maigre colonne gribouillée dans le style bancal des polémistes de sous-préfecture, quelques petites phrases aveuglantes de bassesse, de petits mots en forme d’injures expulsés à la manière de flatulences d’après-banquet – il était question de châtaignes et de chèvres, comme il se doit."

Les provocateurs sont provoqués, les outrageurs outragés... on commence à mieux comprendre les mots du procureur d'Ajaccio, finalement...

"Il faut renoncer à se venger": c'est le titre de ce reportage de Patricia Huon pour Libération, dans une république de Centrafrique qui aurait du élire son président demain, mais qui a repoussé le scrutin d'une semaine par crainte de déclencher un nouveau cycle de violences.

"A l'ombre d'un arbre, un petit groupe de fidèles musulmans termine vient de terminer la prière de l'après-midi. Assis sur une natte posée sur le sol, les hommes échangent les derniers ragots, autour d'un thé... et se réjouissent d'une journée paisible. "En Centrafrique, tout va bien jusqu'à ce que ça aille mal." Nous sommes à Bambari, la troisième ville du pays... depuis la fin du mois d'août il y a régulièrement des affrontements, engrenage de représailles entre les communautés musulmane et chrétienne. A chaque fois il y a des morts et les soldats togolais de la force Minusma n'y peuvent pas grand-chose.

Dans ce contexte, l'élection présidentielle suscite autant d'espoirs, que d'inquiétudes. Et celui qui dit qu'il faut "renoncer à se venger, même si c'est dur" c'est Habib Hodi, l'assistant du chef de l'Union pour la Paix en Centrafrique. L'un de ces partis nés de la Séléka, la rebellion qui avait pris le pouvoir en 2013, multipliant les exactions contre les chrétiens... et déclenchant la riposte sangante des anti-balaka.

Depuis la ville de Bambari est coupée en deux , les communautés se craignent et se fuient... quand elles ne s'entretuent pas. Il y a bien un programe de désarmement qui doit être lancé après les élections, mais chaque camp attend que l'autre pose les armes en premier.

Officiellement si le scrutin de demain de nouveau été reporté, c'est à cause de problèmes logistiques: des bulletins de vote qui n'ont pas pu être acheminés à temps. Les routes ne sont pas vraiment sûres, par les temps qui courent en Centrafrique.

On prend le thé ce matin en Chine où l'atmosphère est décidement de moins en moins respirable.

Avec des taux de pollution record, qui touche désormais la plupart des grandes villes là-bas, et leurs près de 100 millions d'habitants. Mais ce n'est pas cette alerte rouge-là qui inquiête nos journaux, c'est le sort réservé à la correspondante de l'Obs à Pékin Ursula Gauthier.

Matthieu Croissandeau de l'Obs en a fait son édito cette semaine. Ursula Gauthier devra quitter la Chine le 31 décembre, parce qu'elle a refusé de faire des excuses publiques après un article publié à la mi-novembre. Dans la foulée des attentats du vendredi 13 à Paris, elle revenait sur l'élan de solidarité qui s'était manifesté en Chine tout en s'interrogeant sur les arrières-pensées du pouvoir chinois prompt à faire l'amalgame entre la lutte contre le terrorisme international et la répression qu'il mène contre la minorité musulmane des Ouighours dans l'extrême-ouest du pays. Ursula Gauthier, depuis, a été trainée dans la boue, insultée, menacée à mort. Dans l'histoire de l'Obs c'est une triste première de voir une journaliste expulsée de facto d'un pays comme la Chine. Nous n'avons pas pour habitude de nous excuser pour une analyse ou de céder à l'intimidation, conclut Matthieu Croissandeau.

Dans les colonnes du Monde il veut croire qu'un dialogue est encore possible avec les autorités, il reste moins d'une semaine.Le Monde rappelle au passage que l'attribution (ou non) des visas de presse constitue régulièrement une arme pour Pékin contre les journalistes étrangers.

En 2013 les correspondants de Bloomberg et du New York Times avaient vu leurs dossiers retardés jusqu'au tout dernier moment à cause d'enquêtes qu'ils avaient publiées sur la fortune cachés des proches des dirigeants chinois.

Ce n'est peut-être pas votre tasse de thé, d'ordinaire mais Le Chasseur Français publie dans son nouveau numéro une enquête sur le désert numérique de la France rurale. On s'y amuse, à moitié seulement, du spectacle des touristes citadins qui parcourent les rues des villages le bras en l'air, téléphone portable à la main, pour tenter de trouver du réseau.

Beaucoup moins drôle, la situation de ces habitants qui payent un forfait mobile mais qui ne peuvent pas s'en servir la plupart du temps, les professionnels, commerçants ou médecins qui doivent avoir des abonnements chez les trois opérateurs our être sûrs de pouvoir être joints partout "c'est comme si on existait pas pour les opérateurs, s'emporte le maire d'Annay-sur-Serein, petit village de l'Yonne, en zone blanche. Comment voulez-vous atttirer les gens à la campagne s'ils ne peuventy même pas utiliser leur téléphone portable?

Alors il y a bien un plan France très haut débit pour l'internet qui mobilise 20 milliards d'euros d'argent public mais en attendant certains comme Agnès Delpech, bergère dans le Lot, s'équipent d'antennes Wi-fi. Il faut lire le chasseur français pour apprendre, à l'heure du petit déjeuner, qu'on peut utiliser une boîte de chicorée en guise d'antenne réceptrice!

Pour terminer: un proverbe chinois que vous ne trouverez pas dans les papillottes de Noël. On boit le thé pour oublier le bruit du monde. Oublier le bruit du monde, se "déconnecter de l'extériorité" du monde fébrile c'est ce à quoi nous invitait Jean-Marie Pelt, une voix amie de France Inter, qui nous avait fait comprendre et aimer l'écologie bien, bien avant le ramdam de la COP21.

Jean-Marie Pelt nous a quitté, mercredi, mais dans le nouveau numéro du trimestriel Reflets on pourra lire sa toute dernière interview écrite. Il l'a donnée sur son lit d'hôpital, et à la question "comment faire pour que les hommes se donnent la main", au-delà du voeu pieux, il a répondu ceci: "en essayant de se construire en soi-même, avec soi-même et autour de soi-même des relations humaines de qualité, avec des gens qui sont forcément très divers. En acceptant le fait que nous ne sommes pas tous identiques, en allant vers l'autre et en découvrant ses richesses - tous les êtres humains en ont - on peut petit à petit progresser sur le chemin bizzarement nommé aujourd'hui le "vivre-ensemble".

Voilà... je sais pas vous, mais moi ce matin j'ai envie de reprendre une tasse de thé, à la mémoire de Jean-Marie Pelt.

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