Bonjour Patricia, bonjour Alain et bonjour à tous. Patricia, je viens donc de vous saluer en disant « Patricia ». Et Alain, je viens de vous saluer en disant « Alain ».

Vous n’avez pas eu l’air choqués. Et, de fait, il n’y a rien de choquant. Vous vous appelez Alain, Alain. Et vous, Patricia, vous vous appelez bien sûr Patricia. On ne peut rien me cacher.

Non mais, dès lors, on cache le nom. Ou, du moins, on le tait. Et c’est un phénomène non dénué d’intérêt, ainsi qu’on peut le lire dans l’enquête publiée dans L’EXPRESS cette semaine. Enquête d’Anne Rosencher sur « la nouvelle tyrannie du prénom ». En quelques décennies, il a totalement supplanté le patronyme. Et désormais, tout le monde s’appelle par son prénom. Non seulement en famille, mais aussi dans les entreprises ou même dans certains restaurants : chez Starbucks, notamment, quand on commande à boire, faut donner son prénom – et le serveur l’inscrit alors sur le gobelet, ce qui permet à Jules de ne pas confondre son Cappuccino avec le Frappuccino de Sophie, quand il viendra récupérer son breuvage au comptoir.

Avec UBER, c’est pareil. On commande sa course avec son prénom

Et c’est en nous appelant par notre prénom que l’on est ensuite accueilli par les chauffeurs dans les voitures. Même choses avec les mails, du moins dans les messages publicitaires que l’on reçoit. On cherche à vous vendre un nouveau téléphone ou des pilules amincissantes : là encore, le message commence par votre prénom. Et que dire de la politique : désormais, lors des débats télévisés, tous les élus se donnent du ‘Alain’, du ‘Arnaud’, du ‘Jean-Luc’, du ‘Dany’.

D’après l’universitaire Baptiste Coulmont, cette montée en puissance du prénom date du milieu des années 70

Mode américaine tout d’abord, elle était le signe d’une nouvelle décontraction. Mais pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, cette mode est vraiment symptomatique de notre époque : elle dit ce que nous sommes devenus, ce que la société est devenue. « Les Français s’insèrent de moins en moins dans une dimension collective. On ne pense plus les rapports que dans un principe dual, explique-t-il : deux individus particuliers, interagissant avec une forte dimension psychologique et affective. Le nom de famille renvoyait à une filiation. Il témoignait d’une insertion dans une lignée. » Visiblement, donc, désormais, c’est l’individu qui prime sur la lignée. Intéressant, non, Patricia ?

Elle, ses admirateurs l’appellent tout simplement Marine

Et c’est, là aussi, une façon de faire oublier la filiation. Marine Le Pen fait gros titres d’une partie de la presse ce matin. La Une, notamment, du JOURNAL DU DIMANCHE. Photo de Marine Le Pen, et photo de François Fillon : « Ce que les juges ont contre eux », titre l’hebdomadaire.

Concernant le candidat du parti Les Républicain, tout ou presque a déjà été dit

En revanche, concernant la candidate du Front National, les dossiers continuent de s’empiler tous les jours. L'affaire des assistants parlementaires fictifs au Parlement Européen – mise en examen de ses proches. L'affaire des sous-évaluations de patrimoine – cette fois, Marine Le Pen est mise en cause avec son père, Jean-Marie Le Pen. L'affaire du financement frauduleux des dernières campagnes du FN – mise en examen de ses proches. Et, comme le détaille LE MONDE, toutes les campagnes électorales du FN depuis 2012 font l’objet d’enquêtes. D’un scrutin à l’autre, le parti a organisé l’opacité de ses comptes.

Et, ce matin, MEDIAPART et l'hebdomadaire MARIANNE rendent compte d’une nouvelle affaire

Nouveau soupçon d'emploi fictif. Un ancien conseiller de Marine Le Pen pendant la campagne de 2012 aurait été rémunéré par un contrat fictif au cabinet de l'expert-comptable attitré du FN – ledit conseiller affirme lui-même qu’il n'y a jamais mis les pieds. Ainsi que le résume LE PARISIEN DIMANCHE, « Marine Le Pen est cernée par la justice ». Mais ce matin, dans LA PROVENCE, elle dénonce une nouvelle fois une "instrumentalisation" des juges, instrumentalisation mise en œuvre, selon elle, pour casser la dynamique du Front National. Elle redit également que c'est pour cette raison qu'elle ne se rendra pas à la convocation de la police. « Le message qu'elle envoie est déplorable », commente Jean-Jacques Urvoas, le ministre de la Justice, dans les colonnes du JDD.

A lire, également, dans le journal, un appel étonnant de l’écrivain Christine Angot

Un appel qui, sans doute, en fera rigoler certains. « Ne désertez pas ! », lance-t-elle au président de la République. Compte tenu de la situation politique actuelle, la romancière Christine Angot exhorte François Hollande à se représenter. « Il y a quelques mois, écrit-elle, vous n'aviez aucune chance de l'emporter. Maintenant, vous en avez une. » Et puis on notera par ailleurs le ralliement de Christophe Caresche à Emmanuel Macron. Le député de Paris, chef de file de l’aile droite du PS, estime que l’ex-ministre est le seul, aujourd’hui, à pouvoir battre madame Le Pen.

Pour revenir aux noms de famille, le bimestriel ÇA M'INTERESSE HISTOIRE nous apprend d’ailleurs que deux Macron se sont déjà illustrés dans le passé

Au 2ème siècle avant Jésus-Christ, un certain Ptolémée Macron travaillait ainsi au service d'Antiochos IV, le gouverneur de l'empire perse séleucide. Un jour, son maître le charge d'envoyer une armée en Judée. Mais une fois arrivé sur place, Ptolémée Macron choisit de rejoindre les Juifs ; il passe donc dans le camp de l'ennemi. Imaginez un peu la tête d'Antiochos IV ! Deux cents ans plus tard, en 37 après Jésus-Christ, un Macron romain cette fois-ci – Sutorius Macro, travaillait au service du vieil empereur Tibère. Mais il en avait marre – marre du vieux, grand besoin de changement – et pour accélérer l'accession au pouvoir du jeune Caligula, Sutorius Macro a décidé de tuer Tibère, en l'étouffant sous ses couvertures. François Hollande n'a, heureusement, pas eu à subir ce sort-là. N'empêche, résume la revue : « Depuis 2.000 ans, Macron rime avec trahison. » Cela étant, doit-on vraiment détester les traîtres ? « Non », répond Manuela France qui signe le papier. On ne doit pas les haïr car les pros des coups bas ne sont pas tous d'affreux et vils calculateurs. Certains, au contraire, poursuivent un noble idéal, et ils sont finalement les moteurs de l'Histoire.

Les journaux reviennent par ailleurs sur la défaite des joueurs du XV de France dans le tournoi des Six Nations

Ils ont été battus 19-9 par les Irlandais, à la fois mieux organisés et très supérieurs physiquement, nous explique SUD OUEST DIMANCHE. Le titre à la Une : « Trop tendres, ces Bleus. » « Le XV de France encore trop vert », confirme LA DEPÊCHE DU DIMANCHE, tandis que L’EQUIPE évoque des rugbymen français « à l’arrêt ».

Et puis, sur la pelouse hier, il y avait un autre homme qui compte dans le monde du rugby : l'arbitre, Nigel Owens. A 45 ans, il est considéré comme l’un des tous meilleurs de sa catégorie, mais comme le rappelle LIBERATION ce weekend, il est aussi connu pour être la première personnalité du rugby à avoir fait son coming out. Au début du mois, sur une radio britannique, le Gallois est d'ailleurs revenu sur ses souffrances d’adolescent. « Je ne voulais pas être gay. Et j'ai demandé à mon docteur de me castrer physiquement. » Confidences que Nigel Owens avait déjà faites dans son autobiographie, publiée en 2008. Aujourd'hui, il milite contre l'homophobie dans le sport. Et, pour lui, la tolérance sera plus forte quand une autre discipline bougera – en l'occurrence, le foot. « J'ai l'impression que tout le monde attend de voir qui sera le premier footballeur à faire son coming out », disait-il à L'EQUIPE dans une interview. Oubliant cependant le cas de Justin Fashanu, jeune attaquant anglais qui rompit le silence en 1990 puis qui, après avoir subi pressions et calomnies, se pendit huit années plus tard.

Sur le site du quotidien, on apprend d’ailleurs qu’un étonnant manuel a été distribué aux élèves d’un lycée privé

Le nom du lycée n’est pas donné, mais on a celui du manuel : « Pour réussir sa vie sentimentale. » Joli programme, mais quand on le parcourt, voilà ce que l’on peut lire à propos de l’homosexualité : « L’homosexualité résulte surtout d’une évolution psychique marquée par l’influence excessive ou insuffisante du père ou de la mère dans l’enfance ; ou suite à des perversions d’adultes qui ont provoqué une attirance pour le même sexe, ou une répulsion pour l’autre sexe. » Ce n’est pas la première fois qu’un tel ouvrage circule dans les lycées privés, note LIBERATION, rappelant qu’un manuel ‘anti-IVG’ de la fondation Lejeune avait déjà été signalé.

Deux dernières infos pour finir

A la Une de NORD LITTORAL : « Clément, Angèle et Laurent prennent le large ». Là encore, pas de nom de famille. Mais bon, il est question de phoques relâchés dans la mer. Et puis toute la presse se demande si après son César, Isabelle Huppert recevra ce soir un Oscar... César et Oscar : là encore, pas de nom de famille !

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