Bonjour à tous… « C’est l’heure des comptes » prévient LE PARISIEN. Tandis que LA CHARENTE LIBRE choisit le parti d’en rire. Le journal d’Angoulême, qui fête ce week-end le salon de la Bande Dessinée, n’est pas le seul à sourire des malheurs de la Société Générale. Robert Solé dans son billet du MONDE daté d’aujourd’hui s’y exerce lui aussi quand il décrit sa relation de client, avec son banquier. « Ici, Monsieur, vous êtes en sécurité. Nous avons été victime d’un acte isolé. Sur son ordinateur, un de nos employés s’est laissé emporter. On ne va pas en faire un fromage… A propos, je vois que votre compte est en rouge, légèrement, c’est pourquoi la machine vous a prélevé cinq euros de pénalité. Eh oui, c’est automatique. La banque ne laisse rien passer. Un euro, c’est un euro!» "Pour mes économies, commente le billetiste du MONDE, je crois que je vais me procurer un bas de laine. C’est bien le diable si on vient me le voler dans le tiroir du congélateur». Le caricaturiste du PARISIEN, Olivier Ranson, plaisante lui aussi, en page 2 du quotidien, en représentant le malheureux patron de la Société Générale, à la porte de son établissement. Monsieur Daniel Bouton, que l’on reconnaît à ses lunettes et sa calvitie, allume un cigare, façon Gainsbourg, autrefois à «7 sur 7». Seul le prix du billet qui flambe dans les mains du fumeur a changé. C’est pourquoi un quidam assistant à la scène, s’exclame dans une bulle… «Eh ben dis-donc, ils te laissent allumer ton cigare avec un billet de 5 milliards ! Cool les gars.» Un poil plus raide, la pétition qui circule ce matin sur le site Tuuut.com Elle propose aux internautes de soutenir Jérôme Kerviel, le courtier qui valait 5 milliards. « A l’heure où le moral des Français est en berne, expliquent les blogueurs de TuuuT.com, à l’heure du travailler plus pour gagner plus, voilà qui un homme qui incarne le meilleur de notre pays. Faire tomber une banque de belle ampleur sans prendre un centime. Disons-le haut et fort. Cet homme est un gentleman. La France du XXIème siècle vient de trouver son héros. Ce bouc émissaire silencieux nous plaît. » J’arrête là, ceux qui tentent de rire d’un scandale triste à pleurer. Scandale qui va coûter cher aux actionnaires de la Société Générale, mais aussi aux contribuables, car la banque est un gros, très gros contributeur du fisc, quand elle fait des bénéfices naturellement, mais quand elle affiche des pertes de 5 milliards, plus 2 milliards de Subprimes, c’est une autre paire de manches, comme le souligne LE FIGARO. 7 milliards qui manquent. La troisième banque française, la 13ème mondiale, ramenée à 35 milliards. Ces chiffres donnent le tournis. Quant à la fraude, l’escroquerie du jeune trader-contrôleur breton de Pont-Labbé, Jérôme Kerviel, il faut peut-être pour l’estimer, la concrétiser. 5 milliards d’euros… Cela représente cinq années de publicité de France Televisions, le prix de 1500 Ferrari et 50.000 maisons Borloo à 100.000 euros. Bref, Jérôme Kerviel est plus fort que Spaggiari, casseur des coffres de la Société Générale. Plus fort que Ronald Bijs, du train postal Glasgow-Londres, et herculéen comparé aux quelques dizaines de millions envolés de M. Gautier-Sauvagnac. Vous vous souvenez, cet argent qui servait à fluidifier les relations sociales de l’UIMM avec certains syndicats. Dans sa lettre aux actionnaires de la Société Générale, que publie depuis hier les grands quotidiens, Monsieur Daniel Bouton a lui aussi un mot malheureux quand il parle «d’interstices». Interstices, dans le système de sécurité de la banque, et par lesquels seraient passés les milliards envolés. Interstices, dit Le Robert, c’est un très petit espace vide entre les parties d’un corps ! Même si la finance moderne passe vite, par tous les trous de souris, ce type de vocabulaire dessert la défense de la banque escroquée. Et renvoie plutôt aux belles histoires de l’oncle Paul. La presse ce samedi est sceptique, et ne croit pas à la fraude d’un seul homme qui serait soit le plus grand des escrocs, soit un génie de l’informatique. LE PARISIEN note que des perquisitions ont eu lieu hier à Neuilly, chez Jérôme Kerviel, mais que si l’enquête avance vite comme l’ont souhaité Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde, les mystères demeurent. «On reste abasourdi et incrédule», soupire Pierre Frehel dans LE REPUBLICAIN LORRAIN. «Un homme seul peut-il causer des pertes aussi énormes ?» demande Olivier Picard dans les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE. «Voilà une perte stupéfiante, qui ébranle tout le système bancaire», constate la NOUVELLE REPUBLIQUE ; Même attitude à NICE-MATIN, à LA DEPECHE DU MIDI, dans le JOURNAL DU CENTRE, tous impressionnés par l’ampleur de la fraude, les failles du système, l’opacité des marchés, cet état dans l’Etat. «Voilà qui fait peur», titre LA DEPECHE DU MIDI, tandis que MARIANNE renchérit, «le scandale de la Générale, c’est la crise près de chez vous. Une crise annonciatrice, selon l’hebdomadaire, de la débâcle du capitalisme financier.» LE FIGARO ne retient pas cette analyse néo-marxiste en proposant à ses lecteurs, dans sa page Evénements, une interview défense et illustration de Daniel Bouton, assortie de la promesse de François Fillon. «Il y aura enquête, nous l’exigeons». Il faut lire les explications de M. Bouton, même si l’on doute, même si à l’image de tous les éditorialistes, on reste sceptiques. Bertille Bayard du FIGARO pose au Pdg de la Générale, toutes les questions. Et il répond… Extraits LE FIGARO : au lendemain de l’annonce d’une perte frauduleuse de 4,9 milliards d’euros, dans quel état est la Société Générale ? Daniel Bouton :Elle reste bénéficiaire… Nous allons procéder à une augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros, dont la garantie de bonne fin a déjà été donnée par deux grandes banques internationales.La réputation de la Société Générale n’est-elle pas durablement entamée ? J’observe que les agences de notation, dont le rôle est d’apprécier la solidité des établissements financiers, n’ont dégradé la banque que d’un cran, avec une perspective stable. Ce qui signifie que nous sommes notés de la même façon qu’il y a deux ans seulement.Comment expliquez-vous l’ampleur de la fraude ?Le trader dont nous parlons a déjoué nos contrôles dont il avait une connaissance parfaite. Chaque fois qu’il achetait pour de vrai un instrument, il mettait en face une opération fictive équivalente, qui annulait facialement le risque pris dans le cadre de son opération frauduleuse. Il a ainsi créé une énorme exposition résultant d’ordres plus petits. Enfin, à l’image d’un virus mutant(…) cette triste affaire a viré à la tragédie grecque. Et LE FIGARO titre : « Nous avons subi un choc, nous allons le surmonter. J’ai commencé avec la bande dessinée à Angoulême. Il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment. Je vais citer quelqu’un qui n’aime pas, c’est Alain Finkielkraut. Et dans LIBERATION, à la question « Que pensez-vous de la BD », voici ce qu’il dit : « Si je vous en dis du mal, vous me répondrez, comme pour le rap ou la techno ‘tu n’y connais rien, cette scène est d’une richesse et d’une variété extrêmes’. Mais il y a tant de livres à lire, de toiles à admirer, que je n’ai pas de temps à perdre pour ce qu’on appelait autrefois les illustrés. La beauté des livres, c’est qu’ils sont sans images et qu’ils offrent ainsi libre carrière à l’imagination. Quand on me raconter une histoire, j’ai besoin qu’on me donne à penser, qu’on me donne l’envie d’interrompre ma lecture et de lever la tête, pas qu’on dessine pour moi les héros. Mais les enfants gâtés veulent rester des enfants. »

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