De l'image des champions

Image d'un "héros français" tout d'abord, Thibault Pinot, 25 ans, qui a vécu hier son "apothéose" sur l'avant-dernière étape du Tour de France à l'Alpe d'Huez. Nos quotidiens poussent tous un grand cocorico ce matin après cette victoire tricolore qu'on n'attendait plus : c'est le "fait du jour" du Parisien , la une de l'Équipe et du Journal du Dimanche... On y apprend d'ailleurs que non content d'avoir remporté cette étape, son manager Marc Madiot compte bien faire gagner à Thibault Pinot une Grande Boucle complète. "Nous avons un plan quinquennal", nous promet-il.

Mais le petit détail intrigant, c'est l'image choisie par la presse pour représenter le héros du Tour du jour. La photo est quasi identique dans tous les journaux : Thibault Pinot, le visage figé dans un éternel cri de victoire, oreillette et casque sur la tête, lunettes réfléchissantes protégeant et masquant les yeux... Sans se consulter, les journaux ont choisi la photo d'un vainqueur presque sans visage. Comme si des années après les Fignon, Poulidor, Hinault ou Jalabert, les héros français du Tour étaient presque devenus des anonymes.

Autre coureur, autre image. Lui pourrait chanter "Je ne suis pas un héros" ou plutôt "Je ne suis pas là pour être un héros"... Christopher Froome, vainqueur annoncé d'un deuxième Tour de France, répond à l'Équipe ce matin, après plusieurs jours de polémique lancée par les performances quasi extraterrestres du coureur. Des accusations à peine voilées qu'il balaye désormais d'un revers de la main : "Je ne suis pas là pour gagner un concours de popularité, je fais ça parce que j'adore le cyclisme, pousser mon corps à ses limites, tous les sacrifices, c'est pour ça que je me lève le matin." Il regrette aussi une certaine "irresponsabilité" des médias français : "évidemment, ils n'ont pas dit que Chris Froome se dope, mais les commentaires, les mots utilisés, toutes ces insinuations... C'est assez lâche".

Ultime aveu de faiblesse très humaine de celui qu'on présente comme un surhomme, ces doutes tout au long de l'avant-dernière étape hier... "Je suis mort mille fois dans l'Alpe d'Huez", explique Froome qui jure que ce Maillot Jaune, il a eu très peur de le perdre.

Et puis si vous êtes moins fan du Tour 2015 que nostalgique des Tours du XXe siècle. Le Monde.fr fait le portrait touchant d'une de ses légendes, le cycliste ouzbekh Djamolidine Abdoujaparov, "terreur du sprint" et vainqueur en 1995 sur les Champs-Élysées... Lui aussi un peu victime de son image. Celle d'un enfant terrible du vélo qui a même donné son nom à un groupe de punk britannique, et qui coache aujourd'hui des pigeons de course.

"Dans sa volière, on l'a vu caresser un volatile avec un sourire d'enfant", raconte Clément Guillou. "On en sort convaincu que celui qui s’était taillé en quelques courses une réputation de voyou du sprint n’a été que la victime d’un grand malentendu, et que ses origines et son mutisme n’y étaient pas pour rien."

Après la réforme des régions, la bataille des capitales.

Le JDD s'intéresse ce matin à ce "grand bazar" qu'est la nouvelle carte territoriale, "Un big-bang qui sème la zizanie", selon le journal, qui met en concurrence des villes un peu partout en France pour la place tant désirée de capitale de région. Un sondage Ifop a tenté de déterminer les préférences des habitants de plusieurs nouvelles régions fusionnées. C'est parfois sans surprise, comme dans la région NordPas-de-Calais / Picardie où l'on préfère largement Lille à Amiens (pourtant soutenue par une pétition signée par Élodie Gossuin et Jean-Pierre Pernaut), mais le score est beaucoup plus serré quand il s'agit de départager Caen et Rouen comme capitale de la Normandie, ou Toulouse et Montpellier en tête du combo "Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon".

Autre inquiétude, moins symbolique, celle de l'argent dépensé dans tout ça. Jean-Pierre Raffarin l'affirme, il sera plus important que ce que la réforme peut rapporter... Car il s'agit de ne fâcher personne. "Les villes déchues se sont mises en quête de contrepartie", explique le Journal du Dimanche. Une attitude qui agace au plus haut point place Bauveau : "La réforme n'est pas faite pour organiser une espèce de grand Intervilles", lance sèchement Bernard Cazeneuve.

La douce France du Jeu des Mille Euros

Marianne consacre six pages cette semaine à "La France Ding-Ding contre la France Bling-Bling"... Pour Marie Huret qui a suivi l'équipe de l'émission, le Jeu des Mille Euros triomphe à travers la France des villages parce qu'il représente "une poésie rurale en total décalage avec son époque", et à la lecture de l'article ce n'est pas une critique, bien au contraire. On peut y lire Nicolas Stoufflet expliquer qu'à Paris "on parle de France profonde, mais c'est la France tout court", et déclarer aussi son admiration pour les maires des communes traversées : "Ils passent leur temps à gérer des emmerdements, des histoires de coq qui chante trop fort. Il m'est arrivé de déjeuner avec des élus qui n'avaient pas dormi de la nuit à cause d'un drame, d'un accident de la route, d'une inondation. Ils font preuve d'un dévouement total". Marianne qui se demande aussi combien de temps l'émission résistera "aux diktats d'une époque assoiffée de jeunisme et culture people"... En le lisant, on tremble d'imaginer un jour une Nabilla assaillie de questions de culture générale au son du métallophone.

Les sous-super-héros

Super-héros, super-méconnus... Vous n'en avez peut-être jamais entendu parler et pourtant, eux aussi ont droit à leur version sur écran. En cause selon Alexandre Coste, une véritable pénurie de têtes d'affiches pour le géant du secteur, Marvel. "Les héros les plus connus du grand public ayant été déjà adaptés ou en cours d'adaptation. Voici venu le règne des seconds couteaux." Après Ant-Man, l'homme fourmi, il y a quelques jours, on souhaitera donc bientôt la bienvenue à Howard le Canard, tombé dans l'oubli depuis le bide monumental d'une première adaptation par George Lucas en 1986, mais aussi Dr Strange, incarné par Benedict "Sherlock" Cumberbatch, Deadpool, super-héros schizophrène et délirant et seul personnage de BD à être conscient qu'il en est un, et enfin la Panthère noire en 2018, symbole pour Marianne de l'arrivée "des nouvelles recrues issues de la diversité... Non, le géant vert Hulk ne compte pas".

Un peu d'amour dans ce monde de brutes capitalistes

Et puis un peu d'amour dans ce monde de brutes capitalistes : c'est ce que nous promet Politis ce mois-ci, qui consacreun large dossier à "l'amour au temps du libéralisme" . Pour le mensuel, les sentiments, le sexe et le couple sont aussi le résultat "du bouillon de culture politique, économique et social où nous évoluons". "Comment se désire-t-on au temps du libéralisme roi ? L'autre est-il devenu une marchandise ? A moins que le don de soi qu'est l'amour ne soit (justement) une résistance à la société de consommation..." Autant de questions que Politis pose, sans prendre le risque de les trancher, en évoquant tour à tour la fin du mariage bourgeois, les nouvelles formes de couple, le polyamour et le rôle des réseaux sociaux et des sites de rencontre dans nos amourettes...

On retiendra notamment cette phrase de François de Singly, sociologue : "Les techniques libérales tendent à faire durer l'amour trois ans, non pour des logiques biologiques ou de routines, mais parce qu'on se dit : est-ce que je ne dois pas changer de conjoint, vu que j'en ai un de 5e génération et que je pourrais en prendre un de 6e génération ?" Une analyse que je vous laisse liker à votre guise.

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