Bonjour à tous… et bravo aux journaux du bout de l’an, qui ont pris le temps d’ajouter la réflexion à l’émotion. L’émotion dont se nourrit si souvent l’information à la télévision. C’est ainsi qu’aujourd’hui, dans « Le Figaro », Christian Charrière-Bournazel, s’insurge contre le principe de la garde à vue, telle qu’elle est pratiquée dans notre pays. Le bâtonnier de Paris, commence par rappeler qu’un officier de police judiciaire, ne peut placer une personne en garde à vue que si les nécessités de l’enquête l’imposent. Et à la condition qu’il existe contre elle une raison plausible de soupçonner qu’elle a commis, ou tenté de commettre une infraction ! La garde à vue, est une mesure grave, prise avant tout jugement, à l’encontre d’une personne, par définition présumée innocente. Autant dire que cette privation de liberté doit être encadrée, pour ne pas dégénérer en abus. Or, poursuit Maître Charrière-Bournazel, aujourd’hui c’est l’abus qui est la règle, et le contrôle inexistant. « Voyez comment, privé d’avocat, le gardé à vue est placé dans des conditions misérables. On fait pression sur lui, pour qu’il avoue ; on lui enlève sa cravate, ses lacets, on lui prend tous les objets qui seraient de nature à lui permettre d’attenter à ses jours. On l’interroge deux ou trois heures d’affilée. Parfois, on le laisse moisir longtemps dans un local de trois mètres carrés, sur une planche servant de lit. Tout est fait, pour que l’individu concerné perdre sa dignité, dans l’espoir de casser sa résistance ». Et le bâtonnier de Paris d’expliquer, « que nombre d’aveux sont obtenus ainsi, et ensuite démentis par les faits et les preuves. Et que ses pratiques héritées d’autrefois des tribunaux religieux, ou de l’absolutisme royal, heurtent nos professions de foi républicaines ! ». « Les leçons de démocratie », souligne encore le bâtonnier de Paris, « nous viennent désormais d’Espagne. Une loi, y impose en effet la présence de l’avocat dès la première minute de la garde à vue. En France, nous en sommes loin, comme on vient de le voir, avec un directeur de journal arrêté au petit matin, puis menotté, et fouillé au corps, par deux fois ». Un homme politique livré en pâture aux médias, sans avoir accès à son dossier, et qui, innocent ou coupable, est déjà condamné ! ». Et enfin une infirmière ayant commis, sans intention homicide, une erreur dramatique, que l’on isole au commissariat, sans aucune nécessité. Sinon de satisfaire à la démagogie ambiante !. Conclusion du bâtonnier de Paris, page 12, du « Figaro » d’aujourd’hui : « Arrêtons de donner des leçons au monde et de nous gargariser de la philosophie des lumières, quand tout prouve notre complaisance à l’obscurité et à l’isolement arbitraire des cachots ». Nombreux sont, ce matin, les quotidiens qui reviennent sur la mort d’un enfant de trois ans, la nuit de Noël, à l’hôpital Saint-Vincent de Paul. « Le Figaro » n’est pas seul à prendre, avec la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, la Défense de l’hôpital public… Et à évoquer l’erreur tragique de l’infirmière mise en examen pour homicide involontaire. Dans son éditorial des DNA, Olivier Picard établit à raison, un parallèle entre la justice et l’émotion. « La mort d’un enfant de trois ans, en cette nuit particulière », écrit mon confrère, « est ressentie comme une injustice absolue. Quelle absurdité, cette perte d’une vie, dans un lieu où tout est organisé, pour protéger les petits patients »… On comprend dans ces conditions, et l’émotion et le courroux. On partage aussi la colère d’un père qui dans sa détresse, accuse une infirmière de lui avoir pris son fils. « Mais », ajoute l’éditorialiste des DNA, « toute société évoluée doit pourtant apprendre à se méfier de réactions aussi pulsionnelles. C’est évidemment plus facile à écrire qu’à vivre, mais nous devons bien accepter que le risque zéro n’existe pas, y compris dans un service de pédiatrie. La malheureuse infirmière qui a immédiatement reconnu son erreur et averti ses supérieurs est déjà condamnée à porter pendant toute sa vie le poids d’une terrible culpabilité. Pourquoi la justice devrait-elle s’acharner sur une personne qui, mieux que toute autre, mesure les conséquences de son geste sur toute une famille ? La garde à vue imposée à cette jeune femme n’est pas seulement une épreuve supplémentaire infligée à la « coupable » : elle n’a pas de sens. Pour les mêmes raisons, les polémiques déclenchées par les urgentistes pour clouer au pilori la ministre de la Santé ne sont guère plus acceptables. Il n’est pas sain, en effet, de se jeter sur un cas particulier – survenu en-dehors d’un service d’urgence – pour mettre en accusation le système tout entier. Certes, la politique hospitalière du gouvernement fait volontiers l’impasse sur les besoins de personnel hospitalier mais les circonstances sont-elles vraiment bien choisies pour régler des comptes. Le drame du petit Ilyès devrait nous inviter à la sagesse et à l’humilité. A admettre, en tout cas, que l’erreur humaine fait aussi partie de l’existence sans qu’il faille se lancer à tort et à travers dans des condamnations vengeresses qui n’ont jamais ramené aucun enfant à la vie ». Tonalité identique de Michel Wagner dans « L’ Est Républicain ». Lui aussi, se demande quelle mouche, a bien pu piquer l’urgentiste Patrick Pelloux, pour qu’il appelle à la démission de Roselyne Bachelot. « C’est », écrit-il, « taper à côté de la plaque et s’attirer le reproche d’instrumentaliser une erreur humaine présumée, à des fins politiciennes ». Patrick Fluckiger, dans le journal « L’Alsace » de Mulhouse, constate à regret, que pour tout drame, il faut un coupable. Bien sûr, l’hôpital manque de personnel, mais à quoi bon reprendre cette ritournelle puisque dans le service en question, il y avait 11 infirmières, pour sept petits patients. A quoi bon ces coups de gueule demande mon confrère mulhousien, étonné de voir la bagarre gauche – droite, se nourrir de la tragédie d’un fait divers. Quant aux autorités, dit-il, elles auraient pu aussi, s’épargner, la garde à vue inutile de l’infirmière incriminée. « Le Parisien », consacre de son côté, deux pleines pages, à l’enquête, avant de revenir, sur le suicide, au mois d’octobre, d’une institutrice de Massy-Palaiseau. Muriel Besnaïnou, qui enseignait dans un réseau d’aide aux enfants en difficulté, s’est pendue dans une salle de classe du groupe scolaire Gambetta. L’administration de l’Académie de Versailles a parlé de dépression de la malheureuse, et caché, semble-t-il, pour partie, la vérité d’un suicide, inexpliqué, comme tous les suicides. Mais si « Le Parisien » y revient, ce matin, c’est parce que le mari de l’institutrice dénonce dans une lettre au ministre de l’Education le manque de reconnaissance dont souffrait l’institutrice jugée par tous, excellente, et attachée aux progrès des enfants en difficulté, dont elle avait la charge. « Personne ne saura ce qui a pu déclencher son acte de désespoir. Mais la façon expéditive et réductrice qui a été utilisée pour parler de son acte n’a rien à voir avec le respect de la vérité ni de sa personne. Enfin, si le souci de filtrer l’information semble avoir été primordial pour sa hiérarchie, pourquoi les détails de sa mort ont-ils été divulgués sur les ondes à des heures de grande écoute, sans tenir compte des conséquences possibles pour mes enfants ? ». Information… Emotion, réflexion…

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