Bonjour à tous… L’argent des riches, le sang des pauvres… Et deux héros hexagonaux partagent ce samedi tous les journaux : Michel Platini - platoche pour ses amis, et l’abbé Pierre. L’abbé… comme l’interpellaient aussi bien mes confrères de La Croix que Bernard Kouchner. L’abbé auquel il arrivait parfois d’avoir de drôles d’idées. Ainsi quand il prit fait et cause pour le négationniste Roger Garaudy et ses écrits à propos du mythe génocidaire. « Quand l’abbé s’était trompé de combat, rapporte ce matin, Bruno Frappat dans sa chronique de La Croix, il était tout penaud et demandait de l’aide. On lui en apportait volontiers. Il fallait réparer comme on reprise un vieux manteau ou une cape trouée. Alors, on lui offrait le fil, les aiguilles, entendez les mots et les formules pour ravauder la toile du mythe vivant que l’abbé Pierre représentait. Et comme il avait le tutoiement facile on avait l’impression de s’adresser à un père, un grand-père ou un oncle. Ce qui autorisait à être direct. « Mais non, vous n’allez pas écrire cela ! Vous n’y pensez pas l’abbé ! » Ce qu’on n’aurait pas dit évidemment à un cardinal. Et encore moins à un pape. » Fin de citation. C’est inouï, le nombre de magazines qui publient aujourd’hui en couverture le visage serein du franciscain, célébré hier à Notre-Dame de Paris, et inhumé six pieds sous terre dans le petit cimetière d’Esteville en Seine- Maritime. Mais comme l’écrit, Eric Favereau dans Libération, témoin hier à Notre-Dame de l’hommage de la Nation. « Comment enterrer une voix sans l’éteindre ? Et comment faire pour ne pas oublier les mots terribles de cet abbé, capable d’injurier la bonne conscience des nantis, en les accusant d’avoir du sang, sur les mains, pendant que dans la rue les gens souffrent et meurent ? En somme, conclut ce matin mon confrère de Libération… comment faire, pour rendre un hommage solennel à un rebelle… un insurgé ? Et bien, la presse quotidienne, répond à cette question, en dressant la liste des personnalités, venues à Notre-Dame hier. Tout le gouvernement ou presque. Mais également François Bayrou, venu en solitaire, Bertrand Delanoë, Jack Lang, François Hollande, Jacques Delors, Bernard Kouchner, et des syndicalistes, Jacques Chérèque, Bernard Thibaut, Laurence Parisot elle-même au nom du Médef. Selon Libération, Jacques Chirac aurait proposé, à Martin Hirsch le Président d’Emmaüs… Si vous voulez que je parle… je le ferai, mais c’est à vous qu’il revient d’organiser l’hommage de la Nation. Nous avons, dit Martin Hirsch, préféré donner la parole aux chiffonniers, et aussi à Monique Grouès, la nièce de l’abbé. Laquelle a lu une lettre à Dieu écrite par son oncle : « Je vous aime plus que tout. Oui, mais pour être croyant crédible, il faut que tous autour de moi, sachent que je n’accepte pas, et ne pourrai jamais accepter la permanence du mal. » Revue de détail aux kiosques ce matin. Paris-Match… la passion selon l’abbé Pierre. Numéro souvenir. 34 pages spéciales. Et une photo magnifique de Cartier Bresson, prise en 1994, pour l’anniversaire de l’appel de l’hiver de 1954. La Vie… Spécial Abbé Pierre aussi, avec ce titre : l’homme qui nous réveillait. Le Monde. Le Pèlerin. VSD… Témoignage Chrétien… Tous, tous rassemblés, pour célébrer, l’insurgé permanent, la voix des sans-voix, le combattant engagé dans une guerre contre la pauvreté. VSD publie une partie des 114 pages du testament de l’abbé Pierre, dont je vous propose deux petits extraits. « J’arrive au bout de la route, et je dis à tous ceux qui me placent là-haut : c’est à vous d’être formidables, moi j’ai fini. » Et celui-ci : « Chacun fait ce qu’il veut de sa vie. Les uns montrent comment la rendre ignoble… Profitons de la leçon : rendons-la splendide. » J’ai gardé sur l’abbé Pierre le meilleur pour la fin… Sous le titre Cape noire sur fond blanc… Bruno Frappat que je citais tout à l’heure, pour avoir rappelé l’affaire Garaudy, décrit ainsi à la dernière page de La Croix, aujourd’hui, la figure familière du héros préféré des français…si j’en crois les sondages, mais ça fait des années que l’abbé Pierre arrive bon premier. « Bien sûr, le béret. Le « béret français », béret de ville, béret des champs. Evidemment, la cape noire, offerte par un pompier et qui dessinera à tout jamais une silhouette familière, unique face à symboliser. Et aussi les croquenots impossibles, pour damer la neige, arpenter les sentiers humides, peser sur la terre ou le pavé glacé. Naturellement, la barbe broussailleuse et la tête penchée, la bouche de guingois, l’élocution unique où les mots avaient l’air de se forcer un passage avec difficulté mais d’autant plus de fermeté quand ils émergeaient, tempétueux et simples. Oui, c’était tout ça, l’abbé Pierre, « notre » abbé Pierre que nous avions annexé à notre imaginaire, à cette envie du bien qui parfois nous caresse de son aile céleste. L’abbé en noir et blanc, qui s’était inventé lui-même au temps, justement, du noir et blanc et de la TSF, quand RTL s’appelait encore Radio Luxembourg et que les réalités de l’après-guerre avaient l’allure du cinéma néoréaliste italien. Il était le curé de la France, le vicaire des pauvres, le gratte misère, le fouailleur de mauvaise conscience. Pas commode, comme l’étaient les curés de naguère eux qui savaient, avec des tons de Bourdaloue, tancer les riches et les dodus, leur faire honte de leur confort et leur mettre le nez dans leur indifférence. Voilà c’est fini, la cape noire devenue immobile, objet de musée, de vénération sans doute, sorte de relique, déjà. Mais l’abbé Pierre n’était pas une relique. Il était un homme, venu dire à la France qu’il fallait partager. Partager… Quelques magazines aujourd’hui, semblent y inviter eux aussi. Mais ils le font à partir d’une drôle de démarche qui consiste à chercher dans le patrimoine des politiques… la faille, le trou, le petit truc qui cloche. Comment sont-ils devenus riches ? interroge ainsi « L’Express » sur une couverture qui rassemble tout à la fois Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen. Alors, le ton n’est pas tout à fait celui de la presse d’avant-guerre… vous savez quand on évoquait la vaisselle d’or de Léon Blum mais disons que la démarche, n’en est pas si éloignée ! Puisque l’Express décrit les bonnes affaires de Sarkozy, les biens immobiliers de Ségolène Royal… avant de souligner la vraie fortune de Le Pen. Dossier identique du Point, ce matin, qui titre sur la fortune des politiques, au terme d’une contre-enquête sur le patrimoine des présidentiables. Comme quoi, il n’y a pas que François Hollande pour ne pas aimer les riches. Et s’il n’y avait que cela, mais l’humour aussi, ne passe pas. Tout le monde sait désormais que Ségolène Royal a été victime d’un canular du fantaisiste imitateur Gérald Dahan. Lequel a piégé la candidate socialiste, en se faisant passer pour Jean Charest, le Premier ministre québécois. Le Figaro, fait ce matin son premier titre sur le canular et sur ses conséquences… Royal piégée, le Parti socialiste embarrassé… Il faut dire, que dans la conversation en question Ségolène a déclaré au faux Jean Chavest… « Les Français ne seraient pas contre l’indépendance de la Corse. Mais surtout ne répétez pas cela, car ça va encore faire un incident… et ce coup-là, il faut surtout que ça reste secret. » Patatras, hier, RTL, a diffusé le morceau de bravoure en question, de bravitude… et Le Figaro souligne encore une maladresse, tandis que Nicolas Sarkozy, semonce : « On ne plaisante pas avec la Corse. C’est sérieux la Corse. » Un petit souvenir à cet égard. Il y a une décennie, ici, au micro de France Inter… Raymond Barre très en colère avait dit… « Les Corses veulent leur indépendance, eh ben, qu’ils la prennent… » Tudieu ! On avait été submergés, d’autant de bravos, que d’appels téléphoniques scandalisés. Les temps ont changé… Ils changent aussi pour Platini, désormais Président de l’Union européenne de football. Platini, écrit Pierre Hugonin dans l’Alsace a été élu hier Président de la République du football. C’est sa plus belle victoire, assure Didier Gros dans le journal La Montagne. Et dans l’Humanité je lis : « le président Platini entend freiner les dérives de l’argent-roi et le pouvoir des clubs puissants. » Et bien les riches ont du souci à se faire…

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