Par Frédéric Pommier

Carnage, terreur et barbarie…

‘Carnage’, ‘terreur’ et ‘barbarie’ : voilà les trois mots que l'on retrouve ce matin dans les journaux qui, tous, à de très rares exceptions, consacrent évidemment leur Une aux attentats sanglants de la journée d'hier. Une journée que certains qualifient de « vendredi noir » .

25 morts auKoweït : un attentat suicide dans une mosquée.

Près de 40 morts enTunisie – des touristes, pour l'essentiel : un jeune homme a ouvert le feu sur la plage d'un hôtel.

Des dizaines de morts enSomalie : des dizaines de soldats tués par des islamistes.

Plus de 150 morts enSyrie , à Kobané : des civils, tués par des djihadistes.

Et puis 1 mort enFrance , dans l'Isère, un chef d'entreprise, dont le corps a été retrouvé décapité : l'attaque d'une usine de gaz, et la tête déposée sur les grilles de l'entreprise...

« L'horreur sur tous les fronts » , titre LE PARISIEN. « L'horreur islamiste » , écrit LE FIGARO, tandis que LIBERATION se fend d'un triste « Djihad nauseam » ; le djihad jusqu'à la nausée.

Partout, vous lirez les récits de ces différents attentats. Du moins, ceux dont on sait de quelle manière ils se sont produits. Peu de détails sur le Koweït, peu de détails sur la Somalie, peu de détails sur la Syrie, peu de journalistes sur place.

En revanche, donc : les récits de la fusillade en Tunisie et de l'attentat sur le site isérois de gaz industriel.

Récit, dans LE PARISIEN, d'un employé de l'hôtel de Sousse , sur la plage duquel s'est déroulé le drame. Il décrit un jeune-homme « programmé pour viser » , mais qui, pourtant, n'attirait pas l'attention... « Il était habillé normal, un tee-shirt et un pantacourt, il s'est fondu dans le décor » , et s'est dirigé vers la plage, comme s'il allait se baigner... Mais, une fois sur le sable, poursuit la correspondante du journal, « il a saisi son arme, qu'il cachait dans son parasol, et il a tiré sur les touristes qui lézardaient au soleil » . L'étudiant était inconnu des services de police.

Un attentat revendiqué par le groupe Etat Islamique, et trois mois après la tuerie du Bardo, les touristes pourraient totalement quitter le pays. C'est en tout cas ce que craignent les autorités... « Et la démocratie va en sortir fragilisée » , analyse une politologue dans le quotidien, précisant que la Tunisie, qui passe pour un pays modèle, est aujourd'hui celui qui envoie le plus de djihadistes. Plus de 3.000 jeunes Tunisiens auraient rejoint les rangs de l'organisation Etat Islamique...

Et puis, dans les journaux, on trouve donc aussi le récit de l'attentat qui s'est produit hier matin à Saint-Quentin-Fallavier .

9H28 : le fourgon du suspect Yassin Salhi se présente au portail de la société Air Products.

9H29 : il disparaît du champ des caméras.

9H35 : le conducteur se précipite vers un hangar où sont entreposées des bouteilles de gaz.

10H : il est maîtrisé par des pompiers, et l'on découvre alors le corps décapité de son patron à côté de son véhicule.

Portrait de la victime , dont on ne nous donne que le prénom ; Hervé, 54 ans, directeur commercial. Tous les témoignages le présentent comme un homme droit et serviable . Une figure de son quartier : il était, depuis quinze ans, le président de l'association des locataires de son immeuble.

Portrait, bien sûr aussi, de son assassin présumé : Yassin Sahli, « un loup déguisé en agneau » , selon l'expression d'un de ses collègues qui se confie au PARISIEN... Il évoque quelqu'un de calme et gentil, mais dont le comportement avait changé après une discussion sur le groupe Etat Islamique. Une ancienne voisine raconte également qu'elle l'avait signalé à la police. Des réunions se tenaient chez lui avec des hommes, portant, dit-elle, de petites barbes. Mais la police, d'après elle, n'a pas cherché plus loin.

Et pourtant si, car Yassin Salhi avait été fiché pour ses liens avec un salafiste sulfureux. « Repéré, mais en vain » , commente LIBERATION, tandis que LE FIGARO nous explique que la police et la justice française sont aujourd'hui « sous le flot des terroristes potentiels » . Les autorités françaises sont dépassées par le nombre de suspects à surveiller.

Les deux journaux reviennent aussi le symbole macabre de la décapitation – la première, dans ce genre d'affaire, commise sur le sol français. Paroles de spécialistes, qui nous expliquent qu'elle est avant tout employée pour provoquer « l'effroi suprême » et qu’elle est belle et bien la signature des islamistes : une punition historiquement réservée aux traîtres et aux mécréants, et qui a été récupérée par les djihadistes. Un analyste des mouvements djihadistes tempère toutefois dans LIBE. Pour lui, nous sommes ici « plus proche d'un crime qui tient plutôt du fait divers horrible , et qui emprunte à la symbolique djihadiste ».

N'empêche, il y a bien barbarie, et c’est ce qui alarme les éditorialistes. « L'objectif de la terreur islamiste est partout le même » , note ainsi Jean-Marcel Bouguereau dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES : son but, c'est de « planter son drapeau noir dans nos cerveaux , de semer la haine et de favoriser à la fois le rejet de l'autre et le repli communautariste » . « L'objectif de ce nouveau terrorisme est d'introduire le danger partout » , abonde Pierre Fréhel dans LE REPUBLICAIN LORRAIN. Dans L'ALSACE, Raymond Couraud n'hésite pas, lui, à comparer les méthodes de ces terroristes à celles d'Adolph Hitler, ajoutant qu'il n'y a « pas de solution pacifique face aux fanatiques » ...

Des fanatiques qui occupent notamment Mossoul . Lire le reportage d'Allan Kaval dans M, LE MAGAZINE DU MONDE. « Il y a un an, l'organisation Etat Islamique s'emparait de la deuxième ville d'Irak. Depuis, une nouvelle administration s'est mise en place, et la Hisbah, la police religieuse, fait régner son ordre. Seuls les rares témoignages d'habitants, recueillis par téléphone, et les récits des exilés laissent entrevoir le quotidien dans cette ville bouclée à double tour. Tous décrivent un régime de terreur : les femmes traquées, l'histoire effacée, des exécutions quotidiennes . » Et les exécutions, la plupart du temps, ce sont des décapitations.

Carnage, terreur et barbarie... Oui, ce matin, c'est la nausée qui domine à la lecture des journaux.

Quoi d'autre à retenir dans la presse ce matin ?

« Le mariage gay légalisé partout aux Etats-Unis. » Des drapeaux arc-en-ciel et le sourire de ses partisans dans les pages du FIGARO. Pour Barak Obama, cette décision « marque un grand pas dans la marche pour l'égalité » .

Interdiction de payer en liquide au-delà de 1.000 euros. C'est la nouvelle règle édicté par l'arrêté ministériel qui doit être publié aujourd'hui au "Journal Officiel". Les touristes étrangers ne seraient toutefois pas concernés par ce plafond de paiement, à condition de présenter une carte d'identité. C'est à lire dans LE PARISIEN.

Pour gagner la région PACA, Marion Maréchal-Le Pen drague à l'UMP. Deux anciens élus de l'UMP sont actuellement dans la balance pour mener la liste frontiste dans les Alpes-Maritimes. Une info de LIBERATION.

Air France réfléchit à un nouveau plan social. La compagnie s'alarme du recul du bénéfice par passager sur ses vols long-courriers. Elle envisage d'amplifier les mesures d'économies annoncées mi-juin. 3.000 départs chez les personnels au sol et 300 chez les pilotes sont à l'étude, nous explique LE MONDE.

Enfin, une fois n'est pas coutume, plusieurs maillots féminins à la Une de L'EQUIPE. Maillots tristes des footballeuses tricolores, éliminées en quarte de finale de la Coupe du monde. Après avoir pourtant mené au score, les Bleues ont été battues par l'Allemagne aux tirs aux buts. « Que de regrets » , titre le quotidien sportif, précisant que les joueuses « ont le droit de pleurer » – pas sûr qu'on lirait ça s'il s'agissait de footballeurs... Maillots tristes en football, maillots conquérants en basket. Les Françaises joueront demain la finale du championnat d'Europe, après avoir battu les Espagnoles tenantes du titre. Pour L'EQUIPE, elles sont « implacables » . Et c'est l'une des rares bonnes nouvelles que j'ai trouvé dans la presse ce matin.

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