La revue de presse du samedi 27 mai 2017, par Frédéric Pommier

Pourquoi donc les jurés populaires sont-ils plus cléments en Corse ? Et, plus généralement, pourquoi donc sont-ils plus cléments dès qu’il s’agit d’une affaire corse ?
Voilà les questions qui sous-tendent le papier que Violette Lazard signe cette semaine dans L’OBS, papier qui nous apprend que trois enquêtes sont en cours pour déterminer si des jurés populaires ont pu être influencés lors d’importants procès d’assise en lien avec l’île de Beauté ; des enquêtes pour soupçons de corruption ou de pression sur les jurés…
La première concerne le procès Orsoni, lequel s’est tenu en 2015 devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône : onze membres du clan Orsoni, jugés pour l’assassinat de deux proches de la bande rivale, la bande « du Petit Bar ». Pourtant, au terme des débats : quelques condamnations pour association de malfaiteur, mais aucune pour assassinat : les onze membres du clan Orsoni ont tout simplement été acquittés.
Les deux autres enquêtes concernent, cette fois, deux procès d’assise qui se sont déroulés à Bastia. Tout d’abord, le procès de la fusillade de la place Porta à Sartène en Corse-du-Sud, sanglant règlement de compte – un mort, un blessé grave. En première instance, Jacques Ettori, soupçonné d’être l’un des deux tireurs, avait été condamné à 18 ans de prison. Et puis, en appel, bizarrement, il a finalement été acquitté… Acquitté également : le principal suspect de l’attaque du fourgon blindé de Saint-Florent, en Haute-Corse. Un raid spectaculaire, qui avait permis de dérober 300.000 euros. Le butin n’a jamais été retrouvé, mais pas de condamnation.
Dans ce dernier cas, comme dans le précédent, ce sont des renseignements anonymes qui ont déclenché l’ouverture des investigations - de renseignements évoquant donc des pressions sur les jurés. Aucune des trois enquêtes n’a pour l’heure abouti, mais tous les témoignages recueillis dépeignent un climat étouffant, presque terrorisant. Sachant que les techniques d’intimidation ne manquent pas… Des jurés ont évoqué les regards insistants d’une personne assise au premier rang de la salle d’assise, et ce du premier au dernier jour du procès pour lequel ils avaient été tirés au sort… « Si c’est le porte-flingue d’un des clans mis en cause, le message passe immédiatement, relève un magistrat, en ajoutant qu’en Corse, « un seul regard suffit »…

« Il suffit parfois de pas grand-chose, abonde un de ses collègues, actuellement en poste sur l’île… Et il se met alors à mimer une petite scène, accent corse à l’appui : « Il est arrivé qu’un juré soit approché la veille de l’ouverture des débats… Ici, tout le monde se connaît, et on lui a demandé : ‘Alors, dis, demain, tu fais quoi ? Tu es au procès ? Et sinon, la santé, ça va ? Oui ? Eh bien, pourvu que ça dure…’ Et voilà, ça suffit », conclue le magistrat…

Des menaces plus ou moins discrètes, mais des menaces tout de même : voilà qui pourrait expliquer que les jurés populaires soient plus cléments en Corse ou, plus généralement, dès qu’il s’agit d’une affaire corse… Raison pour laquelle le procureur de Bastia et d’autres magistrats de la lutte anti-mafia demandent que pour ces affaires-là, les jurés populaires soient à l’avenir remplacés par des juges professionnels. « Impossible justice en Corse » : c’est le titre de l’enquête de Violette Lazard, à lire, donc, dans L’OBS.

Et après la Corse, nous prenons la direction de la Sicile, et la ville de Taormina, où depuis hier se déroule le G7. La première journée de travail n’a pas vraiment permis d’aplanir les divergences des chefs d’Etat et de gouvernement présents… Quelques terrains d’entente, notamment sur la lutte contre le terrorisme, mais à propos du commerce et de l’environnement, difficile de faire fléchir le président américain… « Echanges crispés entre Trump et les Européens », constate ainsi LE MONDE, en rappelant que normalement, dans un sommet de ce type, l’essentiel de la déclaration finale est bouclée avant même la rencontre. Mais là, ce n’est pas le cas, la Maison Blanche mettant en avant ses volontés protectionnistes – ça, c’est pour le volet ‘commerce’, et menaçant aussi de ne pas appliquer l’accord de Paris sur le climat – et ça, c’est donc pour le volet ‘environnement’… « Il n'y a pour le moment aucun accord sur un texte », explique-t-on à l'Elysée, où l'on n'exclut pas qu’à l'issue des discussions, il y ait « un texte totalement vide, voire pas de texte du tout ».

« Le G7 de Taormina ne déroge pas à la règle qui fait de ces réunions des événements médiatiques plus que politiques », se désole ce matin Bruno Mège dans LA MONTAGNE… « Et le moment est venu d’expliquer à Donald Trump qu’il y a pire que les terroristes, il y a les irresponsables », s’emporte Jean Levallois dans LA PRESSE DE LA MANCHE… « Les irresponsables, poursuit-il, ce sont ceux qui s’enferment dans une stupidité meurtrière. Nier le réchauffement du climat, et refuser d’honorer la signature de l’Amérique à la COP21, c’est se comporter en ennemi du genre humain, c’est engendrer pour l’avenir des catastrophes. C’est tuer la planète. » Pas sûr, toutefois, que Donald Trump, soit sensible à ce genre d’arguments…

Peut-être, en revanche, sera-t-il sensible aux dernières révélations du WASHINGTON POST. Le quotidien américain a affirmé hier soir que Jared Kushner, le gendre de Trump, le mari de sa fille Ivanka, aurait demandé, lors d’une rencontre avec l’ambassadeur russe Sergueï Kisliak, que soit établi un canal secret de communication avec le Kremlin – une rencontre organisée début décembre dans la Trump Tower… L’ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Michael Flynn, aurait aussi été présent, et l’ambassadeur russe, très surpris de la proposition, l’aurait tout de même illico transmise au Kremlin… Un élément de plus dans l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016… Elément qui ne peut que conforter les services de renseignements américains dans leur conviction qu’il y a eu des « interactions » entre l’entourage de Trump et des cadres de Moscou… « L’enquête du FBI sur la Russie touche maintenant la maison Trump », a réagi hier le parti démocrate. En l’occurrence, elle touche Jared Kushner, le gendre, et l’on attend maintenant de savoir ce que dira son beau-père de cette rencontre organisée dans les bureaux de la Trump Tower.

Une tour bien française fait également la Une – la Une du FIGARO. Et il s’agit de l’un des symboles de notre pays : « La tour Eiffel cherche plus de revenus… et moins de visiteurs. » Le mythique monument parisien ne peut accueillir plus de 7 millions de touristes par an, il est arrivé à saturation. Et c’est pour contenir l’affluence, tout en augmentant ses recettes, que la direction de la Tour Eiffel a prévu une hausse de 50% du montant du billet d’entrée.

Autre nouveauté, et cela concerne un autre fleuron français : « Le TGV, c’est fini ! » C’est le titre à la Une d’AUJOURD’HUI LE PARISIEN… Fini l’appellation TGV… La SNCF a décidé d’enterrer la marque et, dès cet été, les Train à Grande Vitesse seront nommés inOui. Un programme haut de gamme qui viendra compléter l’offre à prix réduit Ouigo. La nouvelle appellation fera son apparition le 2 juillet, sur la ligne Paris-Bordeaux, mais un expert en marketing explique ses doutes au quotidien… « Je ne comprends pas, dit-il, pourquoi la SNCF sacrifie pour un simple jeu de mot – inOui – une marque très puissante… Je ne comprends pas pourquoi la SNCF renonce à ces trois lettres, T.G.V., qui résonnaient dans le monde entier… La logique marketing aurait voulu qu’ils choisissent Oui-TGV… » Question du journal : « Ce nom risque-t-il de se retourner contre l’entreprise ? » « Evidemment, répond l’expert : « A la moindre anicroche, la SNCF va avoir des milliers de messages sur les réseaux sociaux. Car inOui, ça renvoie à la promesse d’un service exceptionnel, or aujourd’hui, il vaut mieux être humble, et faire des promesses qu’on peut tenir. »

Et le Parti Socialiste, doit-il, lui aussi, changer de nom ? Question posée ce matin à la Une de LIBERATION CHAMPAGNE. Le sujet a été mis sur la table par son Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, mais pour les militants PS interrogés par le journal, ce n’est pas une priorité, quand bien même un changement de nom pourrait être bénéfique…

Au FN également, on évoque depuis des années l’idée de rebaptiser le parti… Une idée à laquelle songerait d’ailleurs toujours Marine Le Pen… On la retrouve en photo à la Une de LIBERATION, accompagnée de son bras droit Florian Philippot… « Philippot, l’autre front » : c’est le titre. Depuis la défaite à la présidentielle, les désaccords et les crispations se multiplient au Front National, des désaccords et crispations centrées pour la plupart autour de son numéro 2, ce qui ravive le souvenir des scissions passées – notamment la scission avec Bruno Mégret. Philippot critiqué pour son souverainisme social, son clanisme et ses manières hautaines.

Enfin, les journaux font le bilan du festival de Cannes… Bilan en demi-teinte, de l’avis général. Les critiques évoquent une sélection globalement assez décevante… Et l’heure est ce matin aux pronostics ! Pour LE PARISIEN, c’est Robert Pattinson qui mériterait de décrocher le prix d’interprétation masculine… Et Diane Kruger, la délicieuse Diane Kruger, qui mériterait le prix d’interprétation féminine… Pour LE FIGARO, c’est plutôt Louis Garrel qui mériterait de décrocher le prix d’interprétation masculine… Et Diane Kruger celui de la pire actrice ! Visiblement, il y a débat… Et c’est donc demain soir que les jurés du festival de Cannes rendront leur verdict. Pour l’heure, aucun d’entre eux n’a signalé qu’il avait eu à subir la moindre menace… ou intimidation.

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