Bonjour à tous… Zemmour, Guillon, Zacharias, les Allemands, les Grecs, inspirent fortement la presse du week-end. Les uns parce qu’ils nourrissent ce que LIBERATION appelle « un rapport de farces ». Les autres, parce qu’ils illustrent bien ou mal l’éternelle question d’argent. « L’argent qui pourrit, l’argent qui corrompt », comme disait il n’y a pas si longtemps François Mitterrand. Une réflexion que commentait à sa manière l’ami Coluche en déclarant : « Moi je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre ». Les juges du tribunal correctionnel de Nanterre qui ont relaxé hier Antoine Zacharias, l’ancien PDG de Vinci, accusé d’abus social et d’émoluments mirobolants n’ont pas forcément lu Schopenhauer qui comparaît la richesse à l’eau de mer : « plus on en boit, plus on a soif ». Mais ils ont parfaitement entendu l’ancien dirigeant défendre sa rémunération de quatre millions d’euros en 2005, en expliquant qu’il avait multiplié par mille, en dix ans, la capitalisation boursière de Vinci. Le MONDE de ce samedi publie une interview intéressante du premier patron du CAC 40, trainé en justice pour rémunération excessive. Ma consoeur, Isabelle Rey, interroge Monsieur Zacharias sur ses quatre millions d’euros de rémunération, plus son indemnité de départ de douze millions d’euros, plus sa retraite complémentaire de deux millions d’euros par an. Et questionne : « Est-il vrai que vous avez viré du Conseil d’administration de Vinci, Alain Minc, Serge Michel et Patrick Faure parce qu’ils refusaient de déplafonner votre rétribution de PDG. Réponse d’Antoine Zacharias, page 14 du MONDE. « Clairement, non ». Alors demande ma consoeur, « pourquoi l’affirment-ils ? ». « Parce qu’il mentent, Madame ». « Pourquoi Minc ment-il ? » « Demandez le lui. Un jour, il dit une chose, le lendemain, il dit tout son contraire avec le même aplomb ». Et Antoine Zacharias de conclure : « On peut toujours s’opposer à une rémunération et même défaire ce qu’on a fait dans un Conseil d’administration. D’ailleurs, voyez mon successeur, Xavier Huillard, il a 15 ans de moins que moi. Il n’a participé à aucun acte fondateur de Vinci et il a autant d’argent que moi ». Schopenhauer disait qu’à la tête de Vinci, l’entreprise géante de BTP, « les PDG se suivent, se ressemblent et sont de grands assoiffés ». C’est pourquoi, j’imagine, la presse, l’opinion et le parquet qui fait appel de la relaxe de Monsieur Zacharias ne les plaigne guère et leur cherche misère. Jacques Prévert a mis ça un jour au cinéma. On cite toujours… « Atmosphère, atmosphère »… mais on a oublié ce que dit Garance-Arletty au Comte de Mortray dans les Enfants du Paradis. « Non seulement vous êtes riche, mais encore vous voulez qu’on vous aime comme si vous étiez pauvre. Et les pauvres, alors ! Soyez un peu raisonnable, mon ami. On ne peut tout de même pas tout leur prendre aux pauvres ! ». Le quotidien communiste l’HUMANITE dit cela à sa manière, à propos des Grecs, étranglés – je cite – par l’action conjointe des chefs d’Etat européens et un plan menaçant pour tous les autres peuples de l’Union. Le FIGARO Economie ne partage naturellement pas cet avis, et considère que l’accord sur la Grèce offre un répit nécessaire aux marchés financiers. Mieux, selon Claire Gallen, c’est l’Europe des 27 qui est soulagée, et c’est aussi l’accord conclu à Bruxelles qui a permis à l’Europe de rebondir à un dollar 34 au lendemain du sommet. Le MONDE semble partager ce point de vue, en évoquant un compromis né d’un accord qui mêle les prêts bilatéraux à la Grèce et l’aide du FMI. Mais dans son éditorial, ce journal rappelle qu’il y a des compromis aux allures de défaite. Et que l’accord trouvé jeudi à Bruxelles par les 16 pays membres de la zone euro, n’est pas glorieux. Même si, le mécanisme retenu pourrait concerner à l’avenir d’autres pays européens en difficulté… comme le Portugal, l’Espagne et d’autres encore, puisque la crise des monnaies, des marchés, des sociétés n’est pas terminée. Le JOURNAL du DIMANCHE dans sa première édition se demande même si l’euro que l’on voulait croire « monnaie de réserve » ne risque pas d’exploser ! Bref, c’est toujours la même histoire entre docteurs Tant-pis, docteurs Tant-mieux… Verre moitié-vide, verre moitié plein. Amusez-vous, à cet égard, à comparer les photos de première page du MONDE de ce samedi et du JOURNAL du DIMANCHE, première édition. Le MONDE, optimiste, illustre son texte d’une photo, très, très souriante de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, visiblement satisfaits d’avoir trouvé un compromis. Le JOURNAL du DIMANCHE, qui titre sur un accord masquant de graves divergences entre Français et Allemands, publie deux photographies, noires de chez noires, funèbres de Madame Merkel et de Monsieur Sarkozy. Pour le MONDE, c’est : « les choses vont aller, les Grecs seront aidés ». Sur le JOURNAL du DIMANCHE… Rien ne va plus, l’euro peut exploser, l’Europe est mal barrée. Encore faut-il lire les commentaires, pour le coup autorisés, que publie le JOURNAL du DIMANCHE, sur ses pages 2 et 3.. Hubert Védrine, Jacques Delors, Alain Madelin, tempèrent un peu, le pessimisme de mes confrères. Pour Védrine, l’égoïsme allemand ce n’est pas nouveau, mais ça se voit plus qu’avant. Pour Delors… et bien oui, en sollicitant le FMI, l’idéal européen en prend un coup. Et la monnaie unique aussi. Avis partagé par Alain Madelin… L’euro, dit-il, est réparé mais pas guéri. Alain Madelin, qu’il faut lire, si vous avez comme moi un peu de mal à comprendre le fond du fond du désaccord franco-allemand, à propos de la faillite grecque. « La zone euro, c’est comme quand on va au restaurant entre amis, on essaie de prendre les mêmes menus. Là c’est comme si les Grecs prenaient du caviar, les Français de la langouste et qu’ils laissaient l’addition aux Allemands. Comment voulez-vous que le dîner se termine bien ! Pour que l’euro fonctionne, il faut une profonde discipline économique et budgétaire. Cela n’a pas été le cas en Grèce ni dans d’autres pays ». Je concluerai sur les deux dossiers largement ouverts par la presse, à propos des relations entre le monde politique et Stéphane Guillon. Et le dossier Zemmour. Deux contributions. Sur Guillon, éditorial de Laurent Joffrin dans LIBERATION. « Oui, tant qu’il est drôle, Guillon est inattaquable. Sa pique sur le physique d’Eric Besson n’avait pas le défaut d’être choquante ; c’est la loi du genre. Elle avait le tort de n’être pas drôle et se changeait ainsi en charge lourdingue et gratuite. La chose mérite effort de correction, d’écriture. Non de censure ou d’éviction ». Sur Zemmour, chronique de Caroline Fourest dans le MONDE. « Eric Zemmour vient d’expérimenter une loi cardinale en matière de dérapages : l’accumulation. Comme pour Georges Frêche, le tollé soulevé par ses propos n’est pas dû à la pire de ses déclarations, mais à celle de trop".

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