A quoi reconnait-on le degré de civilisation d’un peuple ?

« On juge du degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux ». _ Cette phrase, on la doit à Gandhi, qui disait rarement des bêtises. De fait, c'est important de bien traiter les animaux. Mais bien traiter les hommes, c'est important aussi. Et parfois, même chez nous, en France, en 2016, on les traite comme des animaux. Les malades mentaux, notamment, comme le raconte Eric Favereau dans LIBERATION ce week-end, en nous détaillant le rapport présenté la semaine dernière par Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. Un rapport accablant sur le Centre psychothérapique de l'Ain, un hôpital de Bourg-en-Bresse où se perpétuent des pratiques dignes du 19ème siècle, pour ne pas dire du Moyen-Âge... En tout cas, « des pratiques attentatoires aux Droits de l'Homme » , selon les mots du rapport : « des pratiques choquantes et honteuses. »_ Des conditions de vie inhumaine. Un asile de fous à l'ancienne, un asile à côté duquel celui de "Vol au-dessus d'un nid de coucous" passerait pour une sympathique auberge de jeunesse…

Interdiction de fumer, interdiction de sortir – ou alors une demi-heure par jour, interdiction de communiquer avec ses proches ou sa famille, et un recourt sans borne aucune aux chambres d'isolement comme à la contention. Dans cet établissement, on enferme donc les malades, et dès fois que ça ne suffirait pas : en prime, on les attache. On les attache à un fauteuil ou on les attache à leur lit. Parfois toute la journée, et parfois pendant des semaines ou même des mois, voire davantage. Le rapport évoque une patiente recluse dans sa chambre, les pieds et les poings sanglés aux barreaux de son lit depuis « une date indéterminée ». Le personnel n'a pas été capable d'expliquer depuis quand, et pourquoi on la traite ainsi. Décision de la direction. C'est comme ça, tout le monde obéit. Personnel résigné. Malades résignés. On n'ose imaginer la qualité de la nourriture. On n'ose imaginer les conditions d'hygiène. Mais le patron du centre, qui, pour l'heure, est toujours en place, réfute pourtant toute barbarie et précise que son hôpital psychiatrique n'est « pas très différent des autres ».

Le pire, c'est qu'il dit peut-être vrai. Quiconque a déjà mis les pieds dans ce type de structure ne peut qu'avoir été heurté par le dénuement des locaux... Quiconque a déjà mis les pieds dans ce type de structure ne peut qu'avoir été saisi par un vague sentiment de honte... Et ce matin, l'on songe à cette phrase du psychiatre lotois Lucien Bonnafé : « On juge du degré de civilisation d'une société à la manière dont elle traite ses fous. »

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Mais sans doute peut-on également dire que le degré de civilisation d'un peuple se mesure à sa capacité à résister au sensationnel et aux amalgames. C'est en tout cas le propos de Jean-Claude Guillebaud dans sa chronique de SUD-OUEST . Une chronique qu'il intitule « Veut-on aider les barbares ? »

« Les tueries de Bruxelles justifient qu'on s'inquiète, écrit-il. Les scènes sanglantes, les blessés qui hurlent, les femmes ou les enfants aux membres arrachés, les séquences de panique : il faut nous préparer à revoir tout cela. Mais on aimerait que les politiques et les médias en fassent un peu moins. Revenir 40 fois par jour sur le sujet, répéter du matin au soir que 'nous sommes en guerre', discourir à perte de vue sur 'la gravité de la menace', tout cela contribue surtout à paniquer les gens. Or, explique-t-il,les djihadistes ont toutes les raisons de s'en réjouir et on leur mâche le travail. Bien sûr, quand il y a un attentat, il faut donner les informations les plus complètes possibles. Mais sans actionner pour autant le tocsin médiatique toute la journée. »

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Puis il fait un constat plus alarmant encore : celui d'une colère vengeresse qu'il sent monter contre l'islam. Et Guillebaud de citer ce dialogue à une terrasse de café : eux cadres supérieurs, dont la conversation lui a donné le frisson. « Qu'est-ce qu'on attend pour aller raser les villes syriennes où sont les terroristes ? On a bien fait ça pour Hiroshima et dans les villes allemandes en 1945… Et pourquoi, chez nous, continue-t-on à excuser les Musulmans ? Pourquoi tous ces scrupules, ces scrupules de Bisounours ? » « Je crains, poursuit le chroniqueur, que ces discours haineux se multiplient de façon vertigineuse dans les mois qui viennent. Et mes voisins de table ne se rendaient pas compte qu'en pensant et parlant ainsi, ils aidaient les barbares à gagner la partie. »

Cela étant dit, les barbares perdent du terrain, comme en témoigne la photo en Une du JOURNAL DU DIMANCHE . Photo de militaires des forces de Bachar Al-Assad devant les ruines de Palmyre : « Palmyre, la reconquête » , titre l'hebdomadaire. Reconquête pas encore achevée, mais selon le journal, ça ne saurait tarder, et cette libération serait, pour les Russes, « une magnifique opération de communication » . C'est en effet grâce à l'aviation russe que les troupes du groupe Etat Islamique ont été contraintes au retrait. Mais la reprise de Palmyre est une victoire plus symbolique que stratégique, de l'avis des experts. Lesquels mettent, du reste, en doute la reprise de Mossoul en Irak. A l'heure qu'il est, ce ne serait encore qu'un fantasme.

Tous les journaux reviennent par ailleurs sur les avancées de l'enquête. Les arrestations et ce que l'on apprend des premières auditions. Si l'on en croit LE MONDE , les sites nucléaires belges étaient potentiellement visés. Et si l'on en croit le JDD , un membre du commando aurait également évoqué l'attaque d'une église. Une attaque pendant le week-end de Pâques, c'est aussi visiblement ce que préparait Reda Kriket, arrêté in extremis à Argenteuil cette semaine : « Pâques sous haute tension terroriste » , titre LE JOURNAL DU DIMANCHE . On relèvera aussi ce dessin de Chaunu paru ce matin dans L'UNION . Titre du dessin : "changement d'heure". Et l'on y voit un terroriste en train de confectionner une bombe et qui, le regard effrayé, observe le réveil qui lui sert de détonateur. « J'avance ou je recule ? » , se demande-il en se mordant les mains. En l'occurrence, il fallait donc avancer. Avancer d'une heure... Nous sommes passés à l'heure d'été !

Et même avec une heure de sommeil en moins, le président de la République va continuer de marcher. « 6.000 pas par jour » , nous explique LE JDD . Depuis quelques semaines, François Hollande compte en effet scrupuleusement le nombre de pas qu'il effectue chaque, à l'aide d'une application sur son Smartphone. Son objectif, donc : 6.000 pas quotidien, l'équivalent d'une trentaine de minutes de marche. C'est une recommandation du médecin et animateur Michel Cymes pour rester en bonne santé. Le chef de l'Etat, qui a notoirement repris du poids depuis son élection à l'Elysée, s'efforce donc de marcher dans les couloirs de l'Elysée.

Et puis LE PARISIEN livre de son côté ses confidences sur l'un de ses adversaires. Ses confidences sur Nicolas Sarkozy. En petit comité, le président affirme qu'il est convaincu que les affaires n'auront pas d'impact sur la candidature de son ennemi préféré à la primaire de la droite. « Il a son fan club, dit-il. Ce n'est pas un chanteur aussi populaire que dans le passé, mais il a des groupies ! »

Pour François Hollande, Nicolas Sarkozy serait donc comme une vieille rock-star. Quant à Booba, c'est une rap-star qui provoque des heurts dans tous les endroits où il passe. Cette fois, c'est une discothèque saccagée dans le Rhône. Une information publiée par LYON MAG ... La cause du saccage : l'annulation, hier soir, d'un concert de Booba. Il devait se produire à Dardilly, mais la présence de 150 personnes venues pour en découdre a incité les gérants de la boîte à déprogrammer le concert. Les opposants au rappeur sont alors entrés de force dans l'établissement, pour vérifier, selon leurs dires, que Booba n'y était pas... Ils ont causé de nombreux dégâts et volé des bouteilles d'alcool... Bienvenue dans le milieu du rap !

A propos d'alcool : certains disent également que la qualité d'une Nation se juge à celle de son vin. Et dans ce cas-là, on se dit que la France est bien placée. Notre pays compte 140.000 viticulteurs et 3.240 pinards différents... Cependant, la quantité ne fait pas la qualité, et l'on découvre ce matin que la piquette n'a plus la cote ! Et l'affaire est sérieuse, elle fait la Une du PARISIEN avec ce titre désolé : « Les vins français ne dominent plus le monde »

C'est la conclusion d'une enquête de l'Organisation internationale de la vigne et du vin : l'an dernier, la France est tombée de son piédestal, et elle s'est fait griller la première place de producteur mondial par l'Italie. Et elle est titillée par l'Argentine et le Chili, talonnée par l'Afrique du Sud et la Californie... Plus inquiétant encore : depuis maintenant dix ans, les bouteilles françaises s'exportent moins bien que les voisines italiennes et espagnoles. Certes, les vignobles de qualité, comme les grands crus résistent bien. C'est pour les autres que ça va mal. Pour ce qu'on appelle "le vin de table", âpre en bouche, rugueux sur la langue. Mais en Europe, la consommation ne cesse de baisser. Rien qu'en France, on est passé 100 litres de vin par année et par habitant en 1960 - de 100 litres, donc, à 42 aujourd'hui. Enfin, c'est une moyenne, certains continuent d'en boire bien davantage.

Et puis s'il ne fallait qu'un seul et unique symbole de la montée en puissance des vins étrangers, on le trouve dans le choix d'un grand cru chilien comme sponsor du prochain Tour de France. Un parrainage vécu comme un affront par de nombreux viticulteurs, dont certains menacent, du coup, de bloquer les routes de la Grande Boucle cet été.

Et puis, puisqu'au parle vélo, une histoire belge pour finir ! Pas une blague, mais une histoire vraie, rapportée par la presse belge. La mésaventure d'un coureur qui participait à une course, vendredi, dans les Flandres... Il s'appelle Mekseb Debesay, il est érythréen et il membre de l'équipe Dimension Data. Et vendredi, donc, il n'a jamais atteint la ligne d'arrivée. La raison, c'est qu'il s'est perdu. Il était dans un groupe de retardataires, lesquels, à une vingtaine de kilomètres de l'arrivée, ont décidé de prendre un petit raccourci. Mais lui, a choisi de continuer à suivre le parcours, avant de s'égarer. Il s'est rendu compte qu'il y avait un problème lorsque son compteur a atteint 206 kilomètres - la course n'en faisant que 200. Du coup, il a demandé de l'aide à un passant, qui l'a emmené chez lui, où il a pris une douche et enfilé des vêtements secs... Mais dans le même temps, inquiets de ne pas le voir arriver, les dirigeants de son équipe avaient prévenu la police, et ce n'est que vers 21H qu'il a enfin réapparu. Le plus drôle dans l'histoire étant que Dimension Data, la société qui parraine donc son équipe, est une société spécialisée dans la... géolocalisation !

Tout bien réfléchi, il n'est pas impossible que le degré de civilisation d'un peuple se mesure avant tout à sa capacité à continuer à sourire... et à nous faire sourire, par la même occasion.

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