De l’amour (un peu) et un peu de philosophie…

D'abord, j'ai cru que c'était une blague : Charlotte Casiraghi dans PHILOSOPHIE MAGAZINE. Charlotte, la fille de la princesse Caroline de Monaco. Charlotte, la nièce d'Albert et la nièce de Stéphanie... Charlotte, l'égérie de deux marques de luxe et qu'on voit chaque semaine en photo sur le papier glacé des revues people... J'ai donc cru que c'était une blague, mais non, car ce que je ne savais pas, c'est que la demoiselle était également une férue de philosophie. Son prof de terminale dit d'elle qu'elle a été la meilleure élève qu'il ait eu en quarante ans de carrière – d'ailleurs, elle a ensuite obtenu une licence de philo à la Sorbonne. Et c'est à son initiative que se dérouleront, à partir de la semaine prochaine, les premières Rencontres philosophiques de Monaco : une multitude de débats, jusqu'au printemps prochain, dans les lycées et les théâtres de la principauté. Débats philosophiques sur le thème de l'amour. Et c'est pour cette raison que PHILOSOPHIE MAGAZINE lui a ouvert ses colonnes, en lui proposant une rencontre, sur le thème de l'amour, avec le philosophe André Comte-Sponville... Une conversation réjouissante, qui montre que Charlotte Casiraghi est une jeune femme qui pense, une jeune femme qui pense bien, n'en déplaise à ceux qui voudraient que les filles de princesse ne soient que des gravures de mode... Elle cite Jankélévitch : « Il faut faire tenir le maximum d'amour dans un minimum d'être. » Elle cite Marcel Conche : « Le dialogue des amants et un dialogue philosophique. » Elle cite aussi le psychanalyste Winnicoot. Et elle explique que la philo a transformé sa vie. « La compagnie des philosophes , dit-elle, m'a donné l'impression que je n'étais pas seule. » La solitude, l'amour et la philosophie sur le rocher de Monaco, grâce à Charlotte Casiraghi… Mais pour le reste, dans la presse, on parle assez peu de ces sujets.

En revanche, il est question des suites de l'affaire des moteurs diesel truqués du groupe Volkswagen – le fameux "Volkswagate". Notamment dans la presse allemande, avec les révélations du quotidien BILD. D'après le journal, c'est l'équipementier allemand Bosh qui aurait fourni, en 2007, à Volkswagen le logiciel qui se trouve aujourd'hui au cœur du scandale... Mais tout en indiquant que ledit logiciel était uniquement prévu pour des tests en interne et que c'était illégal de l'installer ensuite sur des voitures. Visiblement, le constructeur n'a pas souhaité tenir compte de cette dernière précision... Grand dossier dans le JDD : « La vérité sur le diesel » ... Dossier qui revient notamment sur tous les dangers avérés de l'usage du gazole. Danger pour la santé publique, à cause des particules fines, lesquelles provoqueraient en France entre 20.000 et 40.000 décès prématurés chaque année. Par ailleurs, Ségolène Royal annonce que des contrôles aléatoires seront organisés dès cette semaine sur une centaine de modèle commercialisés dans le pays.

Dans les journaux, il est aussi question des suites de la nouvelle affaire touchant la FIFA – le fameux "Fifagate". Notamment dans la presse suisse, avec les révélations de l'hebdo SCHWEIZ AM SONNTAG : Joseph Blatter et Michel Platini feraient aujourd'hui l'objet d'une enquête du comité d'éthique de la FIFA. Mais oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, la FIFA dispose d'un comité d'éthique. Pour le reste, L'EQUIPE nous explique que Platini, « acculé en défense » , ne cesse de s'activer pour sauver sa candidature à la tête de l'organisation. Quant au PARISIEN et au JOURNAL DU DIMANCHE, tous les deux ont interviewé le même spécialiste. En l'occurrence, Andrew Jenning, journaliste écossais qui a, pendant quinze ans, enquêté sur la corruption au sein de la FIFA. Il dit à peu près la même chose dans les deux interviews et les deux journaux ont choisi de faire leur titre avec l'une de ses citations. Ce qui donne, dans LE PARISIEN : « Je n'ai jamais rien trouvé contre Platini » . Et dans le JDD : « Il n'y a pas de fumée sans feu... » De fait, cet expert dit les deux choses à la fois, mais le choix de ces citations ne provoque évidemment pas le même effet sur le lecteur...

Dans la presse, on parle également de politique ce matin... Toujours pas de philosophie. Non, pas de philo, mais de l'amour ! Eh oui, si l'on en croit le JOURNAL DU DIMANCHE, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé aurait convenu de calmer le jeu lors d'un déjeuner mercredi. Fini les attaques... Enfin pour le moment, commente le juppéiste Benoist Apparu : « Entre eux, ce n'est pas tout blanc ou tout noir... C'est plutôt 50 nuances de gris. » De l'amour, donc, mais de l'amour vache. D'ailleurs, tous les deux s'afficheront ce matin côte à côte à l'occasion d'un meeting de Valérie Pécresse en vue des régionales. François Fillon et Bruno Le Maire seront là également. Belle image d'unité, mais Christine Ollivier nous apprend que Sarkozy a piqué une petite colère en découvrant que sur les cartons d'invitation, son nom était au même niveau que celui des autres. Une « provocation » d'après lui. Les cartons ont donc été réimprimés, avec cette fois son nom écrit beaucoup plus gros... On ne se refait pas.

Politique toujours, avec ce sondage inquiétant pour le Parti socialiste dans LE PARISIEN. Pour les régionales, les listes de droite arrivent très loin devant dans les intentions de vote. Celles du FN arrivent deuxièmes et celles du PS en troisième position. LE PARISIEN nous donne en outre des nouvelles de Jean-Louis Borloo. Et là, de nouveau, j’ai cru que c’était une blague. Mais non : depuis plusieurs mois, le fondateur de l'UDI conseille le Premier ministre grec, homme de gauche, Alexis Tsipras. Il lui rédige des notes sur le redressement de son pays et sur la valorisation de son patrimoine culturelle.

La lutte contre le groupe Etat Islamique continue également de nourrir les journaux. Vous lirez ainsi dans LE PARISIEN, une interview de l'ex, Valery Giscard d'Estaing, qui propose d'envoyer des casques bleus de l'ONU pour pacifier la Syrie. Et pourquoi pas sous un commandement français. Et puis, dans PARIS MATCH, il y a ce reportage proprement ahurissant de Pauline Delassus : rencontre, en Belgique, avec un homme de 25 ans que l'hebdomadaire présente comme « le boulanger de Daech » ... Ahurissant, disais-je, car cet homme-là semble n'avoir aucune morale, pour ne pas dire aucun cerveau ou, du moins, aucune conscience, aucune notion de ce que sont le bien et le mal.

Son enfance, il la passe à Anvers, dans une famille catholique. Le dimanche, il est enfant de chœur. A l'époque, il s'appelle Mickaël. Mais à 17 ans, il se tourne vers l'islam et Mickaël devient Younès. Changement de prénom, changement de religion... Radicalisation. Jusqu'à son départ en Syrie, dans la région d'Alep, pour rejoindre les troupes du groupe État Islamique. Là-bas, il passera six semaines, avant de rentrer en Europe, pour des raisons qu'il n'explique pas. A son arrivée, l'an dernier, il est cueilli par la police et fait alors deux mois de prison. Mais il est ensuite relâché, car il n'existe pas de preuve de sa participation à des actes terroristes. Et depuis, l'ancien combattant a donc ouvert une boulangerie, dans sa ville natale, à Anvers, qui passe pour être l'un des principaux foyers de l'islamisme en Belgique.

Une reconversion commerciale, mais reconversion de façade, car Younès ne regrette rien de son séjour chez les djihadistes. Ni regrets, ni remords, ni culpabilité... Bien au contraire : quand il raconte le conflit, les armes et les villages en ruine, c'est comme s'il racontait un séjour au club Med', et il continue à défendre haut et fort les délires de ces fous de Dieu auprès desquels il a vécu. Les coups de fouets sur les prisonniers ? « C'est , dit-il, une méthode efficace pour obtenir des résultats. » La destruction des temples de Palmyre ? « Ces lieux , dit-il, étaient des lieux de mécréance. » Les femmes yézidies vendue comme esclaves et violées ? « Être esclave , dit-il, c'est toujours mieux que de mourir. »

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Une rhétorique insupportable, reconnaît ma consœur, qui nous apprend que le boulanger sortira un livre, en janvier, chez un éditeur parisien. Un éditeur par dérangé par l'idée de publier le récit d'un décérébré idéologue de la haine. On se demande si le fait de lire ce récit dans les journaux n'est pas déjà très suffisant.

Un autre papier sidérant, dans COURRIER INTERNATIONAL. Un entretien d'abord publié dans l'hebdomadaire allemand DIE ZEIT... D'ailleurs, ce n'est pas un entretien, mais un double-entretien, une double-interview de deux Américains qui ont été retenus en otages en Syrie. A quelques semaines d'intervalle, le journaliste Théo Padnos et le photoreporter Mattiew Schrier ont été kidnappés par des militants du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al Qaida. Tous les deux ne se connaissaient pas, et ils ont donc, pendant sept mois, partagé la même cellule. Et si, comme le dit le journal, il s'agit là d'un document absolument exceptionnel, c'est parce que ce que ces deux hommes rapportent de leur captivité ne ressemble en rien à ce qu'on s'attendrait à lire et entendre. Enfin disons plutôt qu'ils ont tous les deux l'honnêteté de dire ce qui fut le pire pendant leur séquestration... Or pour eux, le pire, ce ne fut pas la peur de mourir, pas les privations de nourriture, pas même les séances de torture, non : le pire, ce fut de partager la même cellule.

Et c'est donc ce huis-clos qu'ils décrivent, chacun à leur manière. Sachant qu'ils n'ont accepté de répondre aux questions qu'à la condition d'être interviewés séparément, afin de ne pas se croiser. Ne plus jamais se croiser, après sept mois passés à se haïr quotidiennement. Des caractères que tout oppose : un fort en gueule, un réservé. Tempéraments que tout oppose : un gouailleur, un terrorisé... Matthiew raconte que Théo n'avait aucun humour. Théo raconte que Matthiew n'hésitait pas à le frapper... « Je le frappais car il me provoquait » , reconnaît le photo-reporter... Matthiew reconnaît également que Théo l'a aidé le jour où il s'est échappé. Mais Théo, ce qu'il garde en mémoire, c'est que Matthiew, lui, ne l'a pas l'aidé à s'enfuir avec lui... Un règlement de compte entre otages qui dit à la fois la violence et la complexité de la nature humaine. « L'enfer, c'est les autres » , écrivait Jean-Paul Sartre... « L'enfer, c'est l'autre » , se dit-on en lisant ces deux interviews.

Plus léger pour finir, avec cette jolie histoire piochée dans MARIANNE : l’histoire d’une évasion à la maternelle. Ça s’est passé en Russie : deux petits garçons de cinq ans se sont échappés de leur école, après avoir creusé un tunnel sous la clôture… Leur destination ? Un garage où se déroulait une expo de voitures de luxe. Alors qu’ils marchaient sur le bord de la route, un automobiliste s’est arrêté et leur a demandé ce qu’ils faisaient. Réponse des deux bambins : « On n’a pas d’argent, mais on va acheter une Jaguar ! » Comme le disait le philosophe dont je tairai le nom : si t’as pas de Jaguar à cinq ans, c’est que t’as raté ta vie !

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