C’est net : Hollande est l’homme du flou.

S'abstenir est il flou ?
S'abstenir est il flou ? © Reuters / CREZ

Ma grand-mère disait : "quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup !"C'est à Martine Aubry que l'on doit cette petite phrase.

C'était en 2011, à quelque mois de la désignation du candidat socialiste pour la présidentielle. Martine Aubry était candidate pour la primaire, et c'est le flou du programme de François Hollande qu'elle dénonçait alors. Mais malgré le flou, c'est bien lui qui fut par la suite désigné candidat. Et lui qui fut élu chef de l'Etat.

Mais le flou continue visiblement d'être sa marque de fabrique, du moins si l'on en juge par les propos d'un photographe qui le suit depuis plusieurs années. Il s'appelle Jean-Claude Coutausse, il travaille pour LE MONDE et il livre ses confidences dans l'excellente revue POLKA . Confidences sur son métier, confidences sur les relations qu'entretient le président de la République avec les photographes qui le suivent au quotidien, confidences sur son rapport à l'image, son rapport à sa propre image.

Il faut dire que jamais un chef d'Etat français n'avait été aussi moqué, voire ridiculisé par des clichés qui le montrent très rarement à son avantage. Hollande trempé sous la pluie. Hollande en chapka. Hollande la cravate de travers ou la veste moitié retourné. « Il ne rend jamais en photo ce qu'il paraît en réalité, commente Jean-Claude Coutausse, mais je pense qu'il s'en fiche. Son entourage est sans cesse en train de lui rappeler de faire attention, mais je pense qu'il se dit qu'il y a des choses plus importantes.» Est-ce à dire, alors, qu'il se moque de son image ? « Je n'ai pas l'impression, répond le photographe, mais il dit souvent que devant les objectifs, il est impossible d'être naturel. Ce type est complexe, poursuit-il. Il a une enveloppe charnelle et une gestuelle qui ne correspondent pas du tout à sa personnalité. Sur le papier, il n'avait rien pour soulever les foules, mais il y est finalement arrivé. Et moi,je me suis rendu compte que c'est en le prenant flou – de dos ou en ombre chinoise – qu'on le décrit le mieux. » Hollande, l'homme du flou : voilà qui fera sans doute plaisir à Martine Aubry.

La maire de Lille, qui s'explique dans LE JOURNAL DU DIMANCHE : elle explique les raisons de la tribune qu'elle a signée cette semaine dans LE MONDE . Tribune au vitriol contre la politique du gouvernement. Avec d'autres élus et des intellectuels, elle y écrivait « Trop, c'est trop ! » Déchéance de la nationalité, refus d'accueil des réfugiés, réforme du code du travail… « Ce n'est plus simplement l'échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France. » Elle n'avait pas prévenu le chef de l'Etat de la parution de son texte, mais elle lui avait dit, lors de leur dernière conversation : « Je vais m'exprimer, François. » « Il était urgent de prendre parti, confie-t-elle aujourd'hui. Puisqu'on n'est pas écouté quand on parle en privé, ni même à l'Assemblée, puisqu'on renie les projets que l'on a signé tous ensemble, il fallait dire que cela suffisait, qu'il était temps de sortie de l'impasse. »

Depuis la sortie de son brûlot, elle affirme qu'elle a reçu de très nombreuses lettres d'électeurs de gauche désabusés, de citoyens déçus, pour la remercier d'avoir parlé. Et maintenant, que va-t-elle faire ? « Nous allons sortir de la direction du PS » - le "nous", c'est elle et ses amis. Et ensuite, en 2017 ? « Institutionnellement, il n'est pas naturel que le Président passe par la primaire, mais s'il veut y aller, ce serait formidable ! » Elle, en tout cas, ne sera pas candidate. « Je suis bien à Lille et j'y resterai, dit-elle. Aujourd'hui, on ne demande le départ de personne, et on ne veut aucun poste, mais on veut simplement montrer aux gens que la gauche a des solutions » - le "on", c'est elle et ses amis.

Et dans ce "on", il n'y a pas Jack Lang. Interview de l’ancien ministre dans les colonnes du PARISIEN . Il juge que la tribune de Martine Aubry n’est rien moins qu'un « coup de poignard », un coup de poignard dans le dos d'Hollande, mais également dans le dos de la gauche et même dans le dos du pays. Il dénonce la brutalité des propos, une tribune hargneuse, caricaturale, injuste. Et Jack de lancer cet appel : « J'ai envie de dire : camarades, un peu de dignité, retrouvez le sens de la raison, halte à ces jeux de massacre ! »

Mais le jeu continue avec l'entretien accordé par Emmanuel Macron au JDD . Lui également répond à Martine Aubry, estimant notamment que « c'est l'autodénigrement qui est une des principales sources d'affaiblissement de la France. Il y a peu de pays où les gens tirent autant contre leur camp. » « L'important, poursuit-il, ce n'est pas de savoir qui est la gauche moderne ou la gauche archaïque, les Anciens ou les Modernes. C'est de proposer un monde plus ouvert, plus juste, plus mobile. Rejouer des parties qu'on a vues dix fois, c'est tout sauf innover », dit-il encore à l'adresse de la maire de Lille, qui a revendiqué son appartenance à une "gauche moderne".

Et le ministre de l'économie d'expliquer tout le bien qu'il pense de la réforme du code du travail portée par Myriam El Khomri, « une loi qui parle au pays d'aujourd'hui. On ne peut pas dire qu'on a tout essayé contre le chômage, ce n'est pas vrai » - allusion à une phrase de François Mitterrand. « Et on ne peut pas déclarer l'état d'urgence économique et social, et ne rien faire sur le marché du travail. » Emmanuel Macron, avocat de la réforme du Code du travail, réforme qui déchire la gauche. Mais il précise toutefois que le gouvernement est « à l'écoute des syndicats » et des opposants au projet, et que ledit projet n'est pas « intangible ». En somme, il ouvre la porte à la négociation – mais ne précise pas sur quels points. Tout juste explique-t-il qu'il faut mener sur le sujet « un vrai débat démocratique, de manière calme et dépassionnée ».

"Calme" et "dépassionné" : des qualificatifs pas vraiment adaptés pour parler de la visite de François Hollande au salon de l'agriculture hier. C'est le moins qu'on puisse dire – il a essuyé une foultitude d'insultes, que rapportent les journaux : 'Fossoyeur', 'bouge-toi', 'démissionne', 'bon à rien', 'pourri', mais aussi 'connard' ou 'fumier' ; assez violent, tout de même, pour un chef de l'Etat. « Ça a un peu dégénéré », reconnaît un éleveur qui l'a invectivé, dans les colonnes du PARISIEN. Le journal précise d'ailleurs que face à la crise agricole, Hollande est « bridé par Bruxelles » et que, depuis l'été, il a fait son possible pour apaiser la colère du monde rural : 825 millions d'euros débloqués pour les éleveurs, baisse des cotisations sociales, et puis hier, l'annonce d'une révision de la loi qui règlemente les prix agricoles. Dans son édito, Jean-Marie Montali témoigne de son malaise à voir une fois de plus la fonction présidentielle piétinée : « la colère n'excuse pas les violences ni les injures », écrit-il, tandis que sur son blog, Didier Pobel souligne le niveau de résistance du chef de l'Etat : « On serait presque tenté d'y voir une dimension sacrificielle. François Hollande, jeté en pâture au cœur d'une foire d'empoigne surmédiatisée, faisait un peu figure de martyre de Notre-Dame, non pas seulement des Landes, mais des près et des jachères, pour ne pas dire de la Terre entière. »

Hollande, l'homme du flou… Mais ce matin, dans la presse, les photos sont très nettes : celle d'un président en plein calvaire.

Le flou, c'est d'ailleurs également ce que dénonce David Cameron. « Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup ! », disait peut-être sa grand-mère. Le Premier ministre britannique, qui met au défi les avocats du "Brexit" de reconnaître les "risques" d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Il le dit dans une tribune au quotidien conservateur THE DAILY TELEGRAPH , qualifiant de "pari du siècle" une éventuelle sortie de l'Union. « Quand on demande à ceux qui mènent campagne pour une sortie de présenter un projet hors de l'Union européenne, ils deviennent extrêmement vagues », tacle le Premier ministre. Et d'ajouter : « Ce qu'ils proposent, aujourd'hui, c'est un saut dans les ténèbres. Il ne fait aucun doute pour moi que la seule certitude d'une sortie de l’Union, c'est l'incertitude », poursuit David Cameron. En somme : le grand flou.

Autre tribune, ce matin : celle de Sepp Blatter dans LE JDD . L'ex-président controversé de la Fifa souhaite "bon courage" à son "ami" et compatriote Gianni Infantino, qui lui a succédé vendredi à la tête de l'institution. « Cher Gianni, mon président... Je te félicite, mais sache tout de même que ce poste que tu as voulu ne sera pas facile. Prépare-toi bien, mais sois vigilant. Même si tout le monde te soutient et te dit des mots agréables, sache qu'une fois dans le fauteuil de président, les amis deviennent rares. » Des propos que pourrait sans doute tenir François Hollande.

Et puis, pour finir, autre histoire de fauteuil. Les bruissements et rumeurs concernant le petit écran. David Pujadas est-il sur la sellette ? Selon l'hebdomadaire CLOSER , et selon TELERAMA , le journaliste serait à deux doigts de l'éviction du 20H de France 2, et ceci au profit de son homologue du week-end Laurent Delahousse. Par ailleurs, il devrait à terme partager l'émission "Des paroles et des actes" avec notre consœur Léa Salamé. La source de ses ennuis ? Le nouveau patron de l'information de France Télévision, Michel Field, considéré comme proche de l'Elysée, alors que le présentateur du JT est, lui, plutôt "marqué à droite". Mais selonLE PARISIEN , la direction de France Télé apporte un "démenti formel" à ces affirmations. D’après le quotidien, l'arrivée de Léa Salamé dans "Des paroles et des actes" serait pourtant à l'étude, et la chaîne aurait commandé à Laurent Delahousse un magazine dominical pour remplacer "Vivement Dimanche" – mais les deux projets ne sont pas encore signés.

Bref, tout cela reste encore très… flou.

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