Par Frédéric Pommier

« Il ne se battait pas, non : il faisait la guerre. »

« Quand il a débarqué dans mon club de gym, je l'ai tout de suite remarqué. Une grande barbe et des cheveux longs : ce n'est pas un look qu'on a l'habitude de voir... Il m'a dit 'Je veux faire du free fight' et sa demande m'a tout de suite intriguée. Le free fight est une forme d'art martial ultraviolent, où tous les coups sont permis. C'était d'autant plus surprenant qu'il était d'un abord très doux, à la fois dans ses gestes et sa façon de parler. »

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C'est donc un prof de sport qui s'exprime ainsi dans les colonnes du PARISIEN. Et l'homme qu'il décrit, c'est Yassin Salhi, soupçonné du meurtre et de la décapitation de son employeur, vendredi, dans l'usine de gaz de Saint-Quentin-Fallavier. Témoignage éclairant, qui dit le caractère complexe de celui qui voulait commettre, en prime, un attentat suicide. « Les premières séances ont confirmé mon sentiment d'avoir à faire à quelqu'un de très particulier » , poursuit l'éducateur, qui l'a donc initié aux sports de combat... « Il se laissait parfois taper sans réagir, sans même protéger son visage, et au bout de quelques minutes, il explosait de colère et il frappait dans tous les sens avec une rage inouïe. Il devenait dangereux, pour lui comme pour les autres. Il ne se battait pas, non : il faisait la guerre... »

Et le prof d'expliquer qu'il avait bien perçu des signes de radicalisation. Un jour, un tee-shirt arborant le mot "Moudjahidine". Un autre jour, une djellaba. Et puis, le plus souvent, il venait avec trois amis, qu'il appelait ses "frères", et qui assistaient au cours...

Mais quand il évoquait l'islam, aucune parole inquiétante : il ne parlait que d'amour et de paix. Une double personnalité qui, pour le moniteur, signalait que Yassin Salhi était sans doute « une bombe à retardement » ... « J'ai fait de mon mieux, dit-il, pour la désamorcer, mais je n'ai réussi qu'à retarder son explosion. »

Dès lors, a-t-il été surpris quand il a su l'atrocité commise par son ancien élève ? « Ca m'a bouleversé, mais non, ça ne m'a pas surpris... Cependant, Yassin n'avait rien d'un meneur et je suis persuadé qu'on l'a utilisé, qu'on l'a lobotomisé. »

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Toute la presse, ce matin, revient évidemment sur l'attentat dans l'Isère. L'enquête qui se poursuit, autour, donc, de Yassin Sahli, dont on a découvert qu'il avait fait un selfie avec la tête de sa victime... « Jusqu'au bout de l'horreur » , s'indigne LA DEPÊCHE DU DIMANCHE, tandis que LE TELEGRAMME rend hommage à la victime, Hervé Cornara. « Après le choc, l'émotion » , commente le journal, évoquant les rassemblements organisés en sa mémoire.

Toute la presse revient également sur l'attentat en Tunisie. La fusillade dans laquelle près de quarante personnes ont été tuées sur la plage d'un hôtel. Photos de touristes déposant des bouquets sur les lieux du drame à la Une de LA VOIX DU NORD. Un mot : « épouvantés » . « Après les attentats, l'onde de choc » , constate, pour sa part, OUEST FRANCE. Plus de 3.000 touristes étrangers ont fait le choix, hier, de quitter le pays. Parce qu'ils ont peur, tout simplement... C’est le titre de PRESSE OCEAN : « La peur des touristes » . Et le quotidien nous apprend que l'aéroport de Nantes a enregistré, ces dernières heures, une vague d'annulation sur les vols vers la Tunisie.

Une peur que confirme le sondage de l'IFOP publié dans le JOURNAL DU DIMANCHE. Comment évaluez-vous la menace terroriste dans notre pays ? 85% des sondés jugent qu'elle est élevée, voire très élevée en ce moment. Et, une fois n'est pas coutume, pas de clivage partisan. Entretien avec Manuel Valls, qui n'a rien de rassurant... « Oui, dit-il, nous aurons d'autres tentatives d'attentats » - on lui pardonnera la redondance. Et oui, dit-il, « la guerre contre le terrorisme est une guerre qui va durer... »

Lire, à ce propos, dans L'ACTU, le quotidien des ados, l'interview de Loïc Garnier, le commissaire Loïc Garnier, patron, depuis cinq ans, de la lutte antiterroriste en France. Une interview donnée avant les attentats de vendredi, mais qui n'en est, du coup, que plus intéressante, car tout ce qu'il explique a tristement trouvé sa confirmation. « Le risque d'un attentat terroriste dans l'Hexagone est très fort » , déclarait ainsi le commissaire, précisant que « le pays était une cible prioritaire des djihadistes » aujourd'hui. Dès lors, combien de personnes font-elles l'objet d'une surveillance particulière de ses services ? Réponse : 2.800... « Mais nous ne pouvons pas tous les suivre 24 heures sur 24. Du coup, il est possible que certains terroristes passent à travers les mailles du filet, surtout s'ils sont assez pervers pour avoir un comportement de dissimulation parfait, et ne manifester aucun signe de radicalisation. »

Un dessin de Lakana illustre l'interview. Conversation morbide entre deux membres du groupe Etat Islamique. Un jeune Français, arme à la main, les yeux exorbités : « Je viens me battre en Syrie trois mois, et après je rentre en France pour commettre un attentat ! » « Non, lui répond son chef, en pointant son doigt vers la gauche. Toi, tu vas par là-bas, te faire exploser au barrage. »

Et, de fait, c'est souvent le destin des Occidentaux qui s'engagent dans les rangs de l'organisation terroriste. On les envoie comme kamikazes dans des attentats-suicide. Actuellement, précise le commissaire Garnier, près de 500 Français sont en Irak et en Syrie. Et plus d'une centaine ont déjà été tués. Toutefois, dit-il, ces derniers-temps, « les retours s'accélèrent, et il faut alors faire le tri entre les djihadistes qui peuvent être soignés, et ceux qui peuvent encore se révéler très dangereux. Quand on a joué au foot avec des têtes coupées, on n'a plus le même rapport à la violence et à la valeur de la vie. »

L'autre sujet qui fait la Une, dans les journaux, ce matin, c'est celui de la Grèce. « Et la Grèce, c'est fini » , constate le JDD, singeant Hervé Villard qui chantait « Capri, c'est fini »

Fini, mais qu'est-ce qui est fini ? Eh bien ce sont les aides, que les créanciers de la zone euro ont décidé de supprimer, après qu'Alexis Tsipras a annoncé qu'il s'en remettrait finalement au vote de ses concitoyens sur les mesures d'économie qu'exige l'Euro-groupe... Un référendum pour lequel le Premier ministre grec a d'ores et déjà dit qu'il souhait la victoire du "non".

Pour LE PARISIEN, « La Grèce est au bord du précipice » et pas loin, désormais, de quitter la zone euro... Pour le JDD, le pays « court à la faillite » et Tispras se révèle être « un maître chanteur » ... Dans l'hebdomadaire, l'économiste Philippe Dessertine prédit même « un chaos absolu » : un tremblement de terre sur les monnaies, sur les actions et les obligations. Un chaos pour Athènes... « Ce sera , dit-il, l'Argentine puissance 10. Avec, en embuscade, la Turquie, la Russie et le groupe Etat Islamique. » Même la situation en Grèce nous ramène donc aux terroristes du groupe Etat Islamique...

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Alors, bon, pour se consoler, on peut, ce matin, se réfugier vers la météo. Tous les journaux annoncent un temps exceptionnel pour les journées qui viennent... Mais attention, tout de même, risque de canicule.

On peut se réfugier aussi dans la lecture de L'EQUIPE, qui titre sur la finale des Championnats d'Europe femme de basket... « Un dimanche en or » , promet le quotidien, qui souhaite évidemment la victoire des Françaises.

On peut aussi penser au tour de France qui commence la semaine prochaine... D’après LE PARISIEN, une victoire tricolore n’est pas impossible… On peut aussi au festival d'Avignon, qui commence, lui aussi, samedi prochain. « La parole peut encore changer la vie » , déclare son directeur Olivier Py, dans les colonnes du JDD...

Et puis on peut se plonger dans la lecture de SOCIETY, qui propose un long entretien avec Patrick Pelloux. Qu'est-ce que ça signifie, « l'esprit du 11-Janvier » , lui demande le quizomadaire. « Ça veut rien dire » , répond l'urgentiste ... « C'est des kékés qui ont inventé cet esprit-là » … Mais il livre tout de même sa définition. « C'est la République, c'est la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité, c'est l'école, c'est la culture, c'est la non-violence. » Dans cet entretien, celui qui fut l'un des premiers à pénétrer dans la rédaction de CHARLIE HEBDO le 7 janvier dernier, raconte ce qu'est sa vie depuis l'assassinat de ses amis. L'alcool, beaucoup d'alcool, les premiers temps, pour supporter. Des nuits sans sommeil et puis une souffrance permanente. Comme tous les survivants de l'hebdo satirique. « Tout le monde va mal, tout le monde est à fleur de peau, parce qu'on a tous subi un traumatisme gravissime. »

Aujourd'hui, c'est le travail qui fait tenir Patrick Pelloux. L'hôpital, l'écriture et le syndicalisme. Parfois, dans la rue, il croit apercevoir Tignous, Honoré ou Cabu... Et puis, il se rend compte que s'il croit les voir, c'est simplement parce qu'il les cherche. Mais non, ils sont morts. Et lui, il est vivant. Même si vivre, dit-il, est devenu « un effort » .

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