La revue de presse du dimanche 28 mai 2017, par Frédéric Pommier.

On dit souvent que les premières fois sont des choses qui ne s’oublient jamais. On se souvient, jusqu’à sa mort, de son premier baiser, de son premier amour et de sa première nuit d’amour… On se souvient toujours de son premier vélo, de sa première voiture, de sa première fiche de paye… Et parfois, l’on garde en mémoire les chansons du tout premier disque que l’on s’est acheté, son premier poisson rouge et sa première gorgée de bière

Les première fois ne s’oublient jamais. Nouvelle preuve avec le dossier que signe Eric Bruna dans LE PARISIEN-DIMANCHE : il a demandé aux cinq meilleurs joueurs de tennis français quels souvenirs ils gardaient de leur premier Roland-Garros… C’est aujourd’hui que débute le plus grand tournoi du monde sur terre battue, et c’est en leur montrant une photo de l’époque que mon confère est allé interroger Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Lucas Pouille, Richard Gasquet et Gilles Simon.

Très mauvais souvenir pour Tsonga – c’était en 2005… « Pour mon premier Roland-Garros, je sortais d’un problème à l’épaule et je n’ai pas su donner 100% de ce que j’avais dans le bide. » Il a été éliminé dès le premier tour. Très mauvais souvenir également pour Simon – 2005, lui aussi. « Souvenir affreux, dégueulasse. J’ai mal joué, j’étais très tendu et je n’ai pris aucun plaisir. » Il a été éliminé dès le premier tour. Un sort identique pour Gaël Monfils – 2005 là encore. Mais lui retient tout de même que c’était « bien cool ». « Stressant », certes, mais très « kiffant », et comme, dit-il, il avait fait son maximum, ça reste un excellent souvenir.

« Un des plus grands moments de ma carrière », estime pour sa part Gasquet qui, lui, n’avait que 16 ans quand, pour la première fois, il a foulé la terre battue de la Porte d’Auteuil. « Je n’étais pas tétanisé, j’étais en forme et en confiance… Et puis de toute façon, dit-il, personne ne s’attendait à ce que je gagne mon match. » De fait, il a perdu, éliminé dès le premier tour. Contrairement à Lucas Pouille – lui, c’était en 2013, et il est donc parvenu à accéder au deuxième tour. « Un super souvenir », confie-t-il. Le souvenir d’une victoire en trois sets. « Et quand on gagne son premier match, c’est un instant plein d’émotions. »

On n’oublie pas ses premières fois… Premiers matchs et premières victoires… Et, sans doute Emmanuel Macron n’oubliera pas de son côté sa première rencontre avec Trump !

C’était jeudi à Bruxelles, lors du mini-sommet de l’OTAN, et toute la presse a commenté, très longuement commenté, la très longue poignée de main que les deux hommes ont échangée… Donald Trump est connu pour secouer le bras de ses visiteurs avec une puissante poignée de main. Or, sous l’œil d'une caméra, avant un déjeuner de travail à l'ambassade américaine, le nouveau chef d’Etat français a résisté près de six secondes au président américain… La mâchoire serrée et le regard planté dans celui de son homologue… Une poignée de main virile soigneusement préparée, si l’on en croit l’intéressé qui se confie au JDD.

« Ce n'était pas innocent », dit-il, en précisant qu’un tel salut n’est évidemment pas « l'alpha et l'oméga d'une politique », mais c’est « un moment de vérité. Il faut montrer qu'on ne fera pas de petites concessions, même symboliques »… Commentaire de François Clémenceau, qui signe l’entretien : « Ces phalanges blanchies, cette pince qui enserre les doigts de Donald Trump, c’était donc un marqueur pour signaler une volonté de s’inscrire dans une logique d’égalité entre pairs. » Confirmation d’Emmanuel Macron : « Le président américain, comme le président turc et le président russe sont dans une logique de rapport de forces, ce qui ne me dérange pas. Je ne crois pas à la diplomatie de l'invective publique mais dans mes dialogues bilatéraux, je ne laisse rien passer, c'est comme cela qu'on se fait respecter. »

On imagine donc qu’il saluera de la même façon Vladimir Poutine, qu’il a invité à Paris pour l’inauguration d’une exposition consacrée à Pierre Le Grand… « Pierre Le Grand, un tsar à Paris » : Une expo au Grand Trianon, dans le parc du château de Versailles, là-même ou séjourna le souverain russe en mai et en juin 1717… Assez peu soucieux du protocole, le géant de plus de deux mètres avait, en arrivant à Paris, brusquement pris dans ses bras le petit Louis XV, alors âgé de 7 ans… Visiblement, Macron n’a pas envie qu’une telle scène se reproduise demain matin avec Poutine… Sa première fois avec Poutine !

Et ces deux derniers jours, c’était son tout premier G7… « Premiers pas au sommet… Comment Macron séduit le monde » : c’est le titre à la Une du JOURNAL DU DIMANCHE. Récit détaillé de ce marathon diplomatique et, franchement, on n’est pas loin de l’hagiographie… L’hebdomadaire décrit un Emmanuel Macron qui reste toujours « frais » et « à l’aise »… « Il est fluide, il est direct, il est clair, et ses interlocuteurs le sentent », témoigne un diplomate, qui relate les discussions menées par les sept chefs d’Etat et de gouvernement… « Il y avait deux groupes dans la salle… Un premier groupe avec ceux qui étaient tétanisés par Trump, et qui étaient prêts à lui faire plaisir, en proposant par exemple d’envoyer plus de soldats en Irak. Et un deuxième groupe avec ceux qui gardaient une forme de distance, comme Macron et Trudeau, le Premier ministre canadien. » Sachant que l’une des forces du président français, c’est évidemment sa maitrise de l’anglais, comme l’explique un participant : « Son anglais est très différent de l’anglais scolaire d’un Juppé ou même d’un Fabius et ça, c’est important dans la relation à l’autre… » N’en jetez plus : c’est un homme parfait ! Et même une « superstar mondiale », estime le journal, en reproduisant les couvertures que la presse étrangère lui a consacrées.

Cela dit, il y a tout de même quelques petits malaises...

Petit malaise, notamment, à la lecture du MONDE : « Ces hauts fonctionnaires qui vont diriger la France. » Le quotidien s’est intéressé aux membres des cabinets des ministres nommés il y a dix jours. Premier constat : plusieurs conseillers sont issus de la droite – on trouve ainsi nombre d’anciens des cabinets de la présidence de Nicolas Sarkozy. C’est le cas, notamment, des directeurs de cabinet de Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, mais également, plus surprenant, du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb… Mais le malaise est ailleurs : LE MONDE relève que les équipes sont majoritairement masculines – seules quatre femmes dirigent les cabinets des 22 ministres et secrétaires d’Etat.

Autre malaise : celui provoqué par l’affaire Richard Ferrand… Même si le ministre de la Cohésion sociale a vu hier s’éloigner la menace d’une enquête le concernant, la pression demeure et les proches d’Emmanuel Macron s’inquiètent de l’impact des révélations du CANARD ENCHAÎNE sur les prochaines élections législatives des 11 et 18 juin. Des révélations sur un montage immobilier extrêmement avantageux pour son femme – rien d’illégal, semble-t-il, mais comme le confie un ami du Président dans le JDD, « une partie des membres d’En Marche, ceux qui sont vierges en politique, considèrent que Richard Ferrand est un salaud, et ils se demandent s’il ne va pas nous faire perdre ces élections… »

Des élections qui suscitent d’ailleurs quelques espoirs à droite. Interview de François Baroin dans AUJOURD’HUI LE PARISIEN. « Nous sommes prêts au partage des responsabilités. » Autrement dit, en cas de victoire du parti Les Républicains, Baroin est prêt à une ‘cohabitation’ avec Macron pour gouverner le pays. Enfin, il ne dit pas ‘cohabitation’, il dit ‘covoiturage’, en précisant que la droite n’a pas l’intention de bloquer le pays… « Nous ne sommes pas, dit-il, une droite scrogneugneu ». Je répète : « Nous ne sommes pas une droite scrogneugneu » - c’est, peut-être, la déclaration du jour…

Tous les journaux évoquent par ailleurs le festival de Cannes. C'est ce soir qu'on aura le palmarès, grand suspens d'ici là, car si l’on en croit les critiques, il n’y a pas vraiment de favoris…

Dans la presse régionale, on parle également de la fête des mères, avec des messages de lecteurs à leurs mamans – des messages qui sont évidemment tous très gentils...

Et puis j'ai relevé cette dernière info : une pub de Burger King déplaît au Roi des Belges… Dans une vidéo visible sur internet, Burger King, dont le premier établissement belge ouvrira fin juin à Anvers, demande aux Belges de choisir entre le 'King Philippe' et le 'King du Burger'. « Etes-vous sûr de vouloir élire le roi Philippe ? C'est pas lui qui vous fera cuire des frites ! » s’amuse la chaîne de restauration sur la vidéo qui montre, d'un côté, une icône représentant le Roi des Belges et, de l'autre côté, un hamburger. Une publicité n'est pas du goût du Palais, lequel a rappelé que « l'utilisation de l'image du Roi est soumise à autorisation ». « Dans ce cas précis, aucune demande ne nous a été adressée. Comme c'est une utilisation à des fins commerciales, nous n'aurions pas donné notre autorisation », a fait savoir le porte-parole du Palais royal. Je ne sais pas vous mais moi, je n’ai aucun souvenir de ma première frite…

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