Bonjour à tous… « Il y a soixante ans… j’avais 15 ans, j’habitais Briançon dans les Hautes-Alpes. Chez nous, on lisait le DAUPHINE LIBERE. - Il y a soixante ans, on n’avait pas la télé. On allait en famille au cinéma comme à l’église, voir de grands films. - Il y a soixante ans, les couples s’unissaient pour la vie ou ne faisait pas l’amour. On accomplissait son devoir conjugal pour avoir des enfants… Il y a soixante ans, les jeunes filles étaient vierges. Moi aussi. On faisait du vélo et quelquefois, on allait s’embrasser dans les bois. » C’est Wolinski qui déroule ainsi dans le numéro anniversaire de PARIS-MATCH, le film de sa vie, avant de terminer sur deux croquis nostalgiques du contexte historique des « lendemains qui chantaient ». En 1949, PARIS-MATCH publiait dans ses premiers numéros, des photos de Mao, Staline, de Gaulle, Simone de Beauvoir, Elisabeth II, Brigitte Bardot. Elisabeth avait déjà un port de reine, et Bardot déjà l’allure d’une fille d’aujourd’hui. « Il y a soixante ans, conclut Wolinski, je trouvais normal de vivre comme mes parents. Ma seule ambition était de devenir un français moyen. » Dans le même numéro, France Gall, qui fut vedette à 18 ans, en gagnant avec « Poupée de cire, poupée de son » le Grand Prix de l’Eurovision, répond à la question de PARIS-MATCH sur le monde d’aujourd’hui et son propre lendemain : « Mon univers est de douceur et de silence. Le téléphone ne sonne plus pour rien. Maintenant, je vis chaque jour, chaque heure pleinement. Je regarde la lumière, je profite de la vie. Je ne sais pas si ma carrière est terminée. Cela ne dépend que de moi… Mais comme on dit : « si tu veux faire rire Dieu, raconte-lui le programme de ta vie ». Philosophie voisine de Brigitte Bardot, qui adresse à PARIS-MATCH, revue sexagénaire, le télégramme suivant : « Bon anniversaire à mon MATCH chéri, dont je fus en 1951, à seize ans, la petite fiancée… et dont je suis devenue (hélas !), au fil du temps, la petite grand-mère ! » PARIS-MATCH conclut sa rétrospective personnalisée sur deux observations touchant à la vie collective : Hier, les jeunes français se battaient et mouraient en Indochine, pour une certaine idée de la France et de la civilisation. Aujourd’hui à Kaboul, ils font la guerre au terrorisme. Hier, au fond des cabas des Françaises, on trouvait des denrées en vrac, beaucoup de légumes frais, et aussi du vin, du beurre, de la charcuterie. Aujourd’hui, deux fois moins de légumes frais, et beaucoup de produits transformés vendus sous plastique. Moins de bouteilles de lait, et nettement moins d’alcool. PARIS-MATCH signale à cet égard que si la famille de quatre personnes actuelle boit un litre de soda par jour, elle n’achète plus que 117 litres de boissons alcoolisées par an, contre 530 litres en 1950. Mais dans l’assiette aussi les choses ont changé. En 60 ans, on est passé d’une nourriture à base de pommes de terre et de pain avec graisses à profusion, à une alimentation faîte de produits surgelés, allégés, raffinés… et même trop raffinés selon Jean-Pierre Coffe et quelques nutritionnistes bien avisés. Nostalgie aussi dans l’hebdomadaire VALEURS ACTUELLES qui publie un dossier consacré à la France de Pompidou. Vingt-cinq millions de Français sont nés depuis la mort de l’ancien président de la République, un 2 avril, il y a 35 ans. Combien, en ce printemps 2009 pessimiste, se souviennent ou savent que la France des années 70 était heureuse et prospère ? En ce temps-là, l’industrie conquérait des marchés… Il n’y avait que 450.000 demandeurs d’emploi, et 300.000 offres non pourvues. Trois chiffres résument tout. Entre 1969 et 1974, la production industrielle de la France a pratiquement doublé, le taux d’investissement représentait un tiers du PNB. Le revenu moyen des ménages s’est envolé de 20%. Et à 36% des revenus, l’impôt était jugé confiscatoire. Marie-France Garaud, qui conseilla Pompidou chef d’Etat, témoigne de tout cela en écrivant «Pompidou offrit aux Français, une République bourgeoise, où l’intérêt général primait sur les intérêts particuliers. Après la République du Général, dans un style débonnaire, il permit à nos concitoyens de souffler après l’effort, en profitant de l’expansion formidable, de la décennie précédente ». Pompidou… C’était selon Marie-France Garaud, l’exigence tranquille, et un président artiste aussi, amateur d’art moderne et de poésie. On verra, conclut VALEURS ACTUELLES, combien de secondes lui consacreront les journaux télévisés de 20 heures du 2 avril, 35ème anniversaire de sa disparition. On verra aussi quels journalistes rappelleront ce mot du président corrézien qui disait aux hauts fonctionnaires plaidant pour le renforcement des règlementations… « Cessez, mais cessez donc d’emmerder les Français… » Voilà, pour ce que VALEURS ACTUELLES désigne comme la chronique d’une France heureuse… Antidote nécessaire à la presse d’aujourd’hui, où l’on peut lire dans LE MONDE cette analyse de Frédéric Frappani, selon lequel les jeunes n’ont appris ni à s’aimer, ni à aimer. Le malaise est si profond que ce spécialiste des Sciences de l’éducation craint que le désespoir des jeunes de banlieue ne gagne bientôt les classes moyennes. « Les jeunes, dit-il, sont exclus par deux fois du banquet… Entendez que l’accès à la nourriture, au logement, au bien-être, à la formation, au travail et au développement de soi, leur est de plus en plus mesuré ». Je vous livre la conclusion de Frédéric Frappani. Ma consoeur, Josiane Savignau lui demande : « Comment vivent-ils (les jeunes) les nouveaux interdits, sur la vente du tabac, de l’alcool… ? Ils n’entendent pas ce discours médiatique, mais la réalité… beaucoup plus dure au quotidien. L’une de leurs souffrances, qu’ils viennent confier… est liée aux contrôles d’identité à répétition. Puisque nous légiférons sur l’identité et son contrôle, ayons aussi la force de légiférer sur notre modèle, sur notre identité commune. Au moins pour dire sur quoi et pourquoi nous nous engageons. Cela demanderait presque des états généraux ». L’HUMANITE, là-dessus, cite Bernanos… « qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur » Et le quotidien communiste de plaider pour le Secours Populaire qui lance « un appel national contre la misère » LE FIGARO ajoute au dossier un sondage Opinion Way, où il apparaît que 85% des Français sont favorables à une législation sur la rémunération des chefs d’entreprise ayant bénéficié d’aides de l’Etat. La même enquête, commandée par LE FIGARO et LCI révèle que 46% des personnes interrogées font confiance à Nicolas Sarkozy pour faire face à la crise. 53% répondent le contraire. LE PARISIEN revient sur les propos de monseigneur Fort, évêque d’Orléans, reprenant le point de vue du pape sur le préservatif. Un mois de crise, écrit Bruno Frappat dans LA CROIX. Crise dont la séquence se résume en trois morts : Williamson, Récife, Préservatif. « On devrait souffler un peu, différer, laisser reposer et donner sa chance à la méditation calme… Bref, remettre de l’ordre dans la hiérarchie des faits et des pensées ». Bonne idée que celle de Frappat… Autant la reprendre pour commenter la condamnation maximale prononcée en appel contre Yvan Colonna. Toute la presse quotidienne régionale y revient ce matin… « Procès sans l’ombre d’un doute, ou avec doute » interroge Jacques Camus dans la REPUBLIQUE DU CENTRE. Dieu sait pourtant que M. Erignac, préfet de la République, a été assassiné à Ajaccio… Deux balles dans la tête. Mais plutôt qu’un commentaire, laissez-moi appeler Pascal « La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi, on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».

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