De l’obligation d’être ‘cool’

Il paraît qu'aujourd'hui, si l'on veut paraître à la page, il est de bon ton de se proclamer ‘cool’ . C'est ainsi que cet été, le mensuel masculin GQ proposait un dossier, truffés de bons conseils pour devenir « le Dieu du cool » . En photo : Steeve McQueen, polo sur les épaules au volant d'une jolie Porsche – l'acteur avait hérité du surnom de « King of cool » , et la formule a retenu l'attention de Pascal Paillardet, qui signe, dans LA VIE, la chronique ‘Encore un mot’. « Être cool, écrit-il, est vraiment, ces temps-ci, l'aspiration suprême. Du 'vélo cool tout terrain' au 'management à la cool', grande mystification des ressources humaines. Le nouveau parangon de la 'coolitude urbaine' est, du reste, le 'bourgeois cool'... Une sorte de Gandhi en blazer, mais relax. » Gandhi qui, soit dit en passant, était certainement très cool, mais n'a jamais roulé en Porsche... Et le chroniqueur de l'hebdomadaire catholique, de poursuivre en rappelant l'origine anglaise du terme, qui se traduit par ‘frais’. Être 'cool' , c'est être 'frais'. Et de fait, conclue-t-il, c'est peut-être « le seul remède permettant d'éviter la surchauffe dès la rentrée » . Soyons ‘cool’ , soyons frais.

Toutefois, à la lecture des journaux ce matin, on constate qu'il est une rentrée déjà sacrément surchauffée. Je veux parler, bien sûr, de la rentrée politique. Et c'est à gauche que ça chauffe.

Chez les écolos, tout d'abord, avec les démissions de François de Rugy et Jean-Vincent Placé. D'après LE PARISIEN, si ce dernier, Placé, a choisi de quitter Europe-Ecologie-les-Verts, c'est dans l'unique but d'obtenir un portefeuille ministériel, portefeuille dont il rêve depuis des années. Ce qui fait dire à LIBERATION, titrant sur une « sortie piteuse » , qu'il n'est que « la caricature de l'écologiste opportuniste » . Dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES, Jean-Marcel Bouguereau évoque pour sa part « un immense gâchis » . « Les écologistes sont en train de se déchirer, d'éclater comme le premier groupuscule venu, alors qu'ils devraient être la force entraînante à quelques mois d'une conférence mondiale sur le climat. » Bref, ce n’est pas ‘cool’

Et puis, il y a les déchirements au sein du Parti Socialiste, après la petite phrase d'Emmanuel Macron, jeudi, à la tribune de l'université d'été du MEDEF. Petite phrase dans laquelle il se moquait de la réduction du temps de travail : « La gauche a pu croire à un moment que la France pourrait aller mieux en travaillant moins… » Les patrons ont adoré, mais pas les socialistes. « Emmanuel Macron a mis le feu au PS » , titre ainsi LA VOIX DU NORD. « L'affaire Macron divise un peu plus le PS » , constate de son côté L'UNION, tandis que LIBERATION CHAMPAGNE décrit un parti « au bord de la crise de nerf » .

Le ministre de l'Economie fait d'ailleurs également la Une de la presse nationale. Et lui, on l'imagine assez bien polo sur les épaules au volant d'une jolie Porsche. Nouvelle incarnation, peut-être, de la « coolitude urbaine » .

Photo pleine page à la Une de LIBERATION : « Macron le droitier contrarié » . LIBE, dont le directeur, Laurent Joffrin, explique cependant que le ministre n'est « pas de droite » , non. Mais, dans le même journal, Luc Peillon, lui, nous explique pourquoi il n'est pas non plus de gauche : « S'il ne fallait qu'un indice pour montrer que Macron est de droite, c'est qu'il a réussi à faire passer Manuel Valls, lui, pour un véritable homme de gauche. »

Photo pleine page à la Une du FIGARO : « Les socialistes bâillonnent Macron » . Et le quotidien de droite de rappeler que Manuel Valls l'a d'ailleurs recadré, affirmant qu'il n'était pas question de toucher une nouvelle fois aux 35 heures... « Haro donc sur Macron , ironise Gaëtan de Capèle dans son édit. Macron, qui, comme dans la chanson, a dit la vérité et doit donc être exécuté. »

Photo pleine page à la Une du MONDE et citation de l'intéressé : « Je ne cherche pas à plaire aux appareils » - « Macron, star au Medef, mais épouvantail au PS. »

Photo pleine page à la Une du PARISIEN : « A quoi joue Macron ? » Réponse du journal : il joue le jeu du Premier ministre et du chef de l'Etat, n'agissant qu'en poisson-pilote. Il serait « un provocateur en service commandé » . Dessin de Rançon, pour illustrer le dossier : deux hommes interrogent le Premier ministre. « Vous allez remettre en question les 35 heures ? » Et Manuel Valls de répondre : « Seulement chez les Verts. Ils n'ont plus assez de personnel pour faire tourner la boutique. »

Dans les DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE, Pascal Coquis ne dit pas autre chose : « Même s'il met de temps en temps une pincée de social dans sa politique, Valls se rêve dans la peau d'un Tony Blair à la française et Macron est son boutefeu. »

Dans L’ECLAIR DES PYRENEES, Michel Bassi constate qu'Emmanuel Macron, « sous ses airs de candide innocence, est en train de dynamiter une gauche déjà en mauvais état. » Quant à Pierre Fréhel, du REPUBLICAIN LORRAIN, il estime que le ministre a commis « une macro-gaffe. Une de celles qui vous excluent de la famille. Mais justement le jeune Macron n'appartient pas à la famille socialiste. »

Vraisemblablement, la famille du ministre serait donc plutôt à chercher du côté des patrons. Des patrons dont LE PARISIEN nous apprend d'ailleurs qu'ils ont eu recours à une entreprise étrangère pour la préparation de leur université d'été. En l'occurrence : des travailleurs portugais. L'organisation patronale a employé une vingtaine de salariés portugais pour monter les chapiteaux qui ont accueilli les participants de son traditionnel raout de Jouy-en-Josas. Des salariés d'une entreprise portugaise, sous-traitant de l'agence en charge de l'événementiel pour le Medef. Ce dernier affirme avoir parfaitement respecté la loi, en faisant jouer la concurrence. N'empêche : pour son président, Pierre Gattaz, qui caresse l'ambition de créer un million d'emploi, cette nouvelle polémique risque bien de faire tâche... On dira que ce n'est pas ‘cool’ de ne pas avoir fait appel à une société tricolore...

L’autre homme qui fait la Une aujourd'hui, c'est le judoka Teddy Riner. La Une, notamment, de la presse sportive. Partout ailleurs, c’est Macron. Mais dans la presse sportive, c’est Riner, le champion français, qui n'a plus perdu depuis cinq ans, peut devenir aujourd'hui, à Astana au Kazakhstan, le premier judoka de l'Histoire à franchir la barre des sept titres mondiaux... Riner, « le combattant » , titre à sa Une L'EQUIPE, qui propose un long entretien avec le champion. Entretien dans lequel on apprend qu’il a pris du poids : 11 kilos… Et puis Riner raconte ses plus grandes émotions. Notamment devant les films de « Sissi » – mais oui, « Sissi l’impératrice » . Aujourd’hui encore, Teddy pleure devant « Sissi » . Lui, c’est vraiment le roi du ‘cool’ .

Enfin la presse régionale nous donne ce matin quelques infos animalières. Carnet rose, tout d’abord, dans LA DEPÊCHE DU MIDI : « Baby-boom chez les ours des Pyrénées » . Six nouvelles naissances ont été enregistrées ces derniers mois sur le massif. Les bébés se portent bien. Les mères aussi. C’est ‘cool’

Et puis, à la Une de NORD LITTORAL : « Des phoques confondus avec des nageurs en détresse » . On pensait que des nageurs étaient en train de se noyer. Mais non, fausse frayeur : il s’agissait de phoques. Et, c’est bien connu, les phoques ne ‘cool’ pas !

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