Bonjour à tous…. Dernières heures de l’année ou du bout de l’an ? Transfert des Français de l’Arche de Zoé ou transfèrement ? La presse hésite ce matin sur le sens des mots : « J’ai cru, écrit Annette Levy-Willard dans LIBERATION, à un trébuchement de journalistes fatigués, quand j’ai entendu que le gouvernement français avait demandé le transfèrement des condamnés de l’Arche de Zoé. Pourquoi pas extradition, transfert ou expulsion puisqu’il s’agissait de passer d’un centre de détention à un autre ? Et puis, poursuit ma consœur de LIBERATION, le mot s’est imposé sur la scène de l’actualité… Et chacun s’est habitué à articuler péniblement : « transfèrement »… Mot à la mode, moderne en dépit de son origine latine, depuis que de Bagdad à Guantanamo, et de Vilnius à Toulouse, l’on transfère à tout va. » Dans LA CROIX, c’est le chroniqueur Alain Delage qui s’interroge sur l’usage différent que nous faisons de l’année et de l’an. « Un an, écrit-il, semble plus court qu’une année. Et pourtant le poids des années est le même que celui des ans. Mais c’est ainsi. Nous avons pris l’habitude de dire « bon an, mal an » et d’expliquer que le jour de ses sept ans, un enfant entrait dans sa huitième année… Et voilà pourquoi une année fait figure d’éternité, même si l’an dernier, c’est l’année dernière, et l’an prochain, l’année prochaine ! Que sera l’année 2008 ? se demande le chroniqueur de LA CROIX, avant d’expliquer que l’année est comme une ânée (entendez la charge d’un âne), et qu’elle sera légère ou pesante, joyeuse, courageuse, fougueuse, ensoleillée… ou tout le contraire. Mais l’an, lui, ne sera rien de tout cela. Il ne sera ni agréable, ni désagréable… Il ne sera que l’an 2008 ! Même si Littré prévient qu’on peut qualifier l’année d’une épithète, souhaitons-nous plutôt une année sidérale, qu’une année terrible, comme L’année Terrible qu’évoqua si bien Victor Hugo. Reste, en ce dernier week-end 2007, une question : faut-il se souvenir des jours passés ou privilégier les jours à venir ? Entretenir sa mémoire des rétrospectives ou se préparer à un 2008 de commémorations ? Ou, mieux encore, anticiper sur les solutions à apporter aux problèmes du monde ? Les quotidiens ce matin, se divisent sur ce point. Quand LE PARISIEN recense les femmes qui ont marqué l’année 2007 en France, de Cécilia Sarkozy à Laure Manaudou, en passant par Rama Yade, LIBERATION invite ses lecteurs à aimer d’avance, l’année 2008, où tout « doit bouger (…). Grâce à la micro-finance et au transfert de savoir-faire qui devrait favoriser la coopération Nord-Sud et le développement durable. » Selon Jean-Claude Guillebaud, les médias peuvent changer notre perception du monde, en voyageant du bon côté de la planète. Car la réalité n’est jamais complètement sombre, et rien n’interdit d’envisager des reporters d’espoir, prenant la place d’un journaliste attaché à rapporter seulement la catastrophe, le cataclysme, l’accident ! Cet espoir-là, conclut l’éditorialiste de LIBERATION, n’a rien à voir avec un optimisme planant. C’est tout simplement une impatience en mouvement. LA CROIX, que je citais en commençant, établit le lien entre LIBERATION et LE PARISIEN. En effet, le quotidien chrétien, après nous avoir prévenu que 2008 sera l’année de la mémoire et des commémorations… (1918, 1938, 1948, 1958, 1968… la liste est longue, comme si le 8 devait marquer les dates-butoir de l’Histoire)… LA CROIX offre deux pages à l’écrivain Philippe Claudel, auteur du Rapport de Brodeck, Prix Goncourt des Lycéens. Et Claudel dit ceci, à propos de la mémoire des anonymes jetés dans l’ombre des grands conflits planétaires : « Je suis né dix-sept ans après la fin de la dernière guerre. Pour moi, c’était hier. Mais pour les 15-25 ans d’aujourd’hui, une fracture s’est opérée. Ils n’ont connu qu’un monde en paix, le leur, depuis plus de six décennies. Il faut exprimer à haute voix cette chance qui est la nôtre, de vivre dans un pays démocratique, en paix, où la liberté d’expression est garantie. Car même si nous avons des tas de problèmes, ils sont propres aux citoyens des pays heureux. » Bruno Frappat en dernière page, ajoute à cela quelques citations optimistes pour peuples heureux. Paul Fort… « Le printemps est fidèle. Elles viendront les hirondelles » Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde » Mandela : « L’illumination est en chacun de nous » Et ce proverbe chinois : « Tu ne peux pas diminuer la nuit, mais tu peux augmenter la lumière ». Le mensuel PSYCHOLOGIE de janvier 2008, déjà imprimé, complète le dossier, en faisant avec le philosophe François Roustang « L’apologie du Changement ». Cela passe par une question : Qui suis-je et comment devenir ce que je suis vraiment ? Mais attention… « On ne change pas pour autrui. On change pour soi. On ne change pas pour fuir la réalité mais pour s’y confronter. On ne change pas par réaction… On change pour s’enrichir… » Et PSYCHOLOGIES de citer Spinoza … « Changer dans la joie pour passer à une plus grande perfection ». Et Nietzche bien sûr, avec son invitation à la métamorphose… « Deviens ce que tu es ». Vous étiez dépendant, accroc à la cigarette… Ne le soyez plus ! Toute la presse se rassemble aujourd’hui, au rendez-vous de ce que L’ECLAIR DES PYRENEES appelle l’heure de la dernière cigarette. « Dernière bouffée au comptoir » titre LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE. « Compte à rebours pour le tabac » préfère OUEST France, tandis que LA VOIX DU NORD s’écrie en gros « Interdiction de fumée » et que LE REPUBLICAIN LORRAIN s’inquiète du manque à gagner des lieux de convivialité avec ce titre : « Le monde de la nuit tousse ». LE TELEGRAMME DE BREST marque pour sa part les dernières heures de la tolérance d’un soupir pour l’Histoire : « Fin d’une époque ». Fin d’une époque… Le chaos pakistanais, après l’assassinat de Benazir Bhutto, en ouvre-t-il une autre ? Bernard Kouchner en appelle aux Européens dans LE FIGARO : « A nous, écrit le ministre des Affaires Etrangères, de ne pas faire comme si seuls les Américains étaient concernés. Le terrorisme est notre affaire à tous… de la Mauritanie au Pakistan… » Alexandre Adler, dans le même journal, s’inquiète lui aussi d’un suicide collectif, dans une guerre commencée le 11-Septembre 2001 à New-York, et dont l’onde de choc atteint le Pakistan, le pays le plus étrange de la planète, selon lui. J’ai gardé pour la fin, un joli billet. Il est signé Robert Solé : « Messieurs les commanditaires, comme vous avez pu le constater, mon contrat a été rempli scrupuleusement. J’ai visé Benazir Bhutto à la tête avant de déclencher ma ceinture d’explosifs. Ainsi, au lieu de retourner l’arme contre moi, j’ai fait selon votre souhait, le maximum de morts et de blessés. Mais c’est ensuite que les choses se sont gâtées. Vous m’aviez promis monts et merveilles dans l’au-delà, toutes les félicités. Arrivé à la porte du paradis, j’ai fait valoir mon statut de martyr. Figurez-vous qu’on m’a traité d’assassin ! Et qui plus est, d’imbécile ! ‘Comment avez-vous pu croire à de telles balivernes ?’ s’est exclamé avec fureur l’un des anges présents. Il paraît que le Très-Haut n’a jamais ordonné à quiconque de commettre un bain de sang. Messieurs les commanditaires, il n’est question ici que d’amour, de respect et de compassion. M’auriez-vous par hasard poussé au carnage et au suicide par simple cynisme politique ? Ou seriez-vous réellement des imbéciles vous aussi ? »

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