Sauver la planète ? Faisons le pari d’y croire. Autrement dit : soyons fous !

« Christina, je te remets la clé de l'espoir. » Il était précisément 14H10 hier, lorsque Laurent Fabius a symboliquement remis la clé du Bourget à Christina Figueres, secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Une clé en bois, cela va de soi - et c'est Richard Bellet qui raconte la scène dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Devant, derrière, sur les côtés, les gardes onusiens, chemisette bleu ciel, blouson noir et armes à la ceinture, veillent au grain. Après avoir été passé au tamis par les démineurs, le site de la conférence a été livré en temps et en heure. Mission accomplie pour le secrétaire-générale de cette COP21, Pierre-Henri Guignard, grand manitou des préparatifs. « Mis à part quelques coups de pinceau, dit-il, des réglages de Wi-Fi, et des panneaux de signalétique à remettre à l'endroit, le chantier est terminé et désormais tout est en place. »

Tout est en place, donc, pour ce sommet qui ne sera pas uniquement un sommet pour la planète, mais bien un sommet « pour l’humanité » , insiste Nicolas Hulot dans les colonnes du journal. Pour le conseiller spécial du président de la République, c'est bien l'humanité qui est aujourd'hui en "état d'urgence". Et pour lui, tout est lié ; la misère du monde et les guerres : tout est lié au climat. Et bien sûr il veut croire qu'un accord est possible. Il l'explique avec une citation de Camus : « ‘Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou’. Or moi, dit-il, j'ai fait le pari qu'il y avait des forces en marche, dans la société civile et même le monde économique. J'ai décidé d'être fou ! »

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Et c'est aussi visiblement l'attitude qu'ont choisie les responsables tricolores de ce sommet mondial. Non pas forcément d'être fous, mais d'y croire, résolument. « Le succès de la COP21 est à notre portée » , explique ainsi Laurent Fabius dans LE MONDE, en précisant que sa tâche est, certes, d'écouter chacun, mais aussi « de préserver un haut niveau d'ambition ». Il souligne aussi qu'il n'y a pas eu un seul désistement depuis les attentats de Paris. Preuve de la mobilisation de tous les dirigeants du monde, qui tous, considèrent que la lutte contre le terrorisme et le dérèglement climatique sont les principaux défis du XXIème siècle. Le ministre des Affaires Etrangères répond donc par l'affirmative à la question que le quotidien lance à sa Une, « Peut-on encore sauver la planète ? »

Et Ségolène Royal, la ministre de l'Environnement, y croit dur comme fer elle aussi. Elle voit ‘un signal fort de volonté et d'engagement’ dans la présence confirmée de ces 150 chefs d'Etat et de gouvernement au Bourget. Elle-même dormira d'ailleurs sur place pendant toute la durée de la conférence, c'est-à-dire jusqu'au 11 décembre, nous apprend le JDD, sans préciser toutefois de quelle manière elle sera logée. Dommage, on aimerait bien savoir… En revanche, l'hebdomadaire détaille les conditions dans lesquelles a été construit ce camp de base de la COP21. Que du matériel écolo... « Avec sa banque, son bureau de poste, ses kiosques à journaux et ses six restaurants, cette ville éphémère se veut exemplaire et verte... La grande salle plénière ? Elle sera démontée après la conférence et elle pourra être réutilisée... Les tables, les fauteuils et les tabourets ? Ils seront ensuite offerts à Emmaüs ou au Secours Populaire... Quant à l'eau courante, elle jaillira d'une cinquantaine de fontaines, où l'on pourra boire dans des gourdes en plastique sans bisphénol A. » Mais l'idée phare, c'est un sommet neutre en carbone. C'est ainsi que côté transports, plus de 200 voitures électriques seront réservées aux délégations... Et 20.000 passes Navigo seront remis aux accrédités, afin qu'ils puissent profiter des joies du RER.

Cependant, pour les franciliens, les transports, jusqu'à demain soir, ne seront pas chose facile... Avec cette double injonction, assez contradictoire : prenez, autant que possible, les transports en commun, mais évitez, autant que possible, les transports en commun. Du coup, entre le tandem et la carriole, on ne sait plus trop quelle est la bonne solution. « Quel casse-tête ! » , s'enflamme AUJOURD'HUI LE PARISIEN, qui promet de nombreux embouteillages sur les routes. Mais le quotidien revient aussi sur l'objectif de ce sommet, un objectif vital : limiter le réchauffement. Et il y a des raisons de parier sur un succès (d'être fou, comme le dit Hulot). L'une de ces raisons, c'est le sursaut de responsabilité qu'on perçoit chez les dirigeants, comme dans les populations. Les entreprises s'engagent aussi, et cette fois, même la Chine, premier pollueur de la planète, a accepté de mettre la main à la pâte. Mais il a également des raisons de ne pas y croire. Notamment parce que les Etats-Unis s'opposent toujours à un accord qui serait contraignant. Et puis les intérêts divergent entre les différents Etats. Tous les pays en développement poussent pour que les pays riches, historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre, paient le gros des investissements. Les pays du Sud contre les pays du Nord : c'est déjà cette opposition qui avait provoqué l'échec de la COP15 de Copenhague.

On relèvera aussi ce dessin de Rançon, montrant François Hollande et son Premier ministre. Hollande qui lève l'index et lance : « Je vais vaincre le chômage ! Je vais éradiquer DAECH ! Je vais sauver la planète ! » Et Manuel Valls lui répond : « Mais qu'il va rester à ton successeur ? » Réponse pleine d'ironie, car sur chacune de ces promesses, on est encore loin du compte. En revanche, le président de la République a décidé de répondre à l'inquiétude manifestée suite au zèle de certains préfets qui, dans le cadre de l'état d'urgence, ont assigné à résidence des militants écologistes qui auraient pu venir perturber la messe du Bourget. Plus d'une vingtaine de mesures. Mais François Hollande l'a dit à Cécile Amar, du JOURNAL DU DIMANCHE : « Je viens de redonner des instructions pour qu'il n'y ait pas d'assignation à résidence d'activistes liés à la COP 21. » On signalera toutefois cette tribune sur MEDIAPART : deux avocats qui défendent des militants écologistes assignés à résidence et qui signent aujourd'hui une lettre ouverte à Manuel Valls. Ils s'indignent du traitement infligé à leurs clients. « Ce sont, disent-ils, vos adversaires politiques que vous avez placés sous surveillance, comme l'aurait fait n'importe quel régime autoritaire. »

Dans le même temps, l'enquête se poursuit sur les attentats. Enquête sur les conditions de leur organisation. Lire, notamment, dans LE PARISIEN, cet article sur « les emplettes inquiétantes de Salah Abdeslam » . Selon les informations du journal, le terroriste aurait acheté au mois d'octobre des dispositifs d'allumage dans une entreprise de feux d'artifice du Val d'Oise. Des dispositifs qui pourraient avoir servi à équiper les gilets explosifs des kamikazes.

Lire aussi dans L'OBS, l'analyse de Vincent Monnier sur les failles du renseignement français. Manque de coopération entre les services et surtout de moins en moins d'agents sur le terrain... Moins de taupes dans les quartiers, comme du temps des RG... Cependant, un ancien patron de la DGSE, Alain Chouet, se désole que les services de renseignement servent de boucs émissaires depuis les attentats... « Nos médias, explique-t-il, sont obsédés par le désir infantile de trouver des 'coupables' pour tout et de présenter des têtes au bout d'une pique... Mais en cas d'incendie de forêt d'origine criminelle, parle-t-on de faillite des services de police ou d'échec des pompiers ? » Pas faux, commente mon confrère, en ajoutant toutefois qu'il est urgent de refonder l'antiterrorisme français.

Et puis, conséquence inquiétante du climat électrique régnant dans le pays, différents journaux rapportent cette info désolante : Chloé Verlhac, la veuve du dessinateur Tignous, déclarée persona non grata sur un marché de Noël du Cher qui se tiendra dimanche prochain... Elle y avait été conviée par un libraire de Sancerre, pour une séance de dédicaces des livres de son mari - Tignous, donc, assassiné le 7 janvier dernier dans les locaux de CHARLIE HEBDO... Mais face aux pressions, ledit libraire a dû annuler son invitation : pression d'un officier de gendarmerie, mais également de plusieurs maires, qui ont dénoncé les risques supposés que ferait courir pour leur commune la présence de Chloé Verlhac... Pression des organisateurs de ce marché de Noël, craignant pour la sécurité de leurs enfants... Finalement, la séance de dédicace aura lieu chez un vigneron de la région... « C'est vrai que je suis dangereuse » , a ironisé Chloé Verlhac hier, dans une librairie de Toulouse, avant de préciser qu'il n'y avait jamais eu de problème lors de ses récents déplacements. Et la jeune-femme de citer cette phrase de son mari : « Tignous avait l'habitude de dire : 'Si on a peur, ils ont gagné'... »

Et puis le Front National pourrait y gagner lui aussi. C'est en tout cas ce qu'indique le sondage de l'institut BVA réalisé pour la presse régionale dominicale.

Les candidats du parti ‘Le Républicains’ et leurs alliés paraissent en mesure de remporter la majorité des suffrages au second tour en Ile-de-France, dans le Centre-Val-de-Loire, dans les Pays de la Loire et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Le PS et ses alliés semblent à même de conserver la Bretagne, le Languedoc-Roussillon-Midi Pyrénées et l'Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Deux régions pourraient quant à elles être dirigées par le Front national en cas de triangulaires: le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où Marine Le Pen est créditée de 44% d'intentions de vote au second tour, et la Provence-Alpes-Côte d'Azur, où Marion Maréchal-Le Pen recueille 43% d'intentions de vote. Enfin, l'issue du scrutin est jugée très incertaine en Normandie, en Auvergne Rhône-Alpes et en Bourgogne-Franche-Comté...

Allez, pour finir, un sourire : celui de la reine de la nuit... Régine redevient chanteuse et se lance dans sa première tournée... Elle s'en explique au PARISIEN... "Fini le jet, dit-elle, je vais prendre le train pour aller faire danser les jeunes !" Le train, c'est très COP21... Et bien sûr, la Grande Zoa sera sur scène avec son boa. Boa en plume, évidemment. Et ça également, c'est très COP21. Dans le journal, vous lirez aussi qu'elle a récemment confié à son chien qu'elle comptait vivre jusqu'à 102 ans. L'article ne dit pas ce que le chien lui a répondu.

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