Bonjour à tous… Il y a vingt ans, à Paris, trois cent mille personnes se rassemblèrent pour manifester leur colère contre les policiers de la brigade des voltigeurs motoportés, qui avaient frappé à mort l’étudiant Malik Oussekine. Combien sommes-nous ce matin d’avant-veille de Toussaint, pour considérer que le jeu cruel des autobus incendiés devrait être stoppé par des manifestations parallèles. Entendez, le refus affirmé de tout un pays, toute une société, qui s’écrierait : « cette fois-ci, ça suffit ! » La presse qui n’est pas sans responsabilité, dans cette affaire d’anniversaire des émeutes de l’automne 2005 commence à balayer devant sa porte, bouleversée par ce qui est arrivé cette nuit à Marseille à la malheureuse passagère du bus 32, incendiée par quatre ou cinq adolescents. « Oui ou non ? interroge ainsi Jacques Espérandieu… Les émeutes de l’année dernière ont-elles constitué un événement important ? Et l’éditorialiste du Journal du Dimanche répond : « Oui, dix fois oui ! » Avant de poser une seconde question, essentielle celle-ci : « Le tintamarre médiatico-politique auquel a donné lieu la semaine de leur « anniversaire » (entre guillemets), est-il justifié ? Et là, Espérandieu répond : « Non, mille fois non ! » Et mon confrère de soupirer, « 50.000 cas déjà, de violences urbaines et le tabou des violences contre les personnes, qui est tombé et monopolise l’actualité des banlieues au grand dam de leurs habitants. Voici, des jeunes de plus en plus jeunes, minoritaires mais de mieux en mieux organisés, de plus en plus déterminés, qui n’hésitent pas à blesser. Voire, à provoquer la bavure qui favoriserait l’embrasement général. » Cet éditorial du Journal du Dimanche, figure sous la photo immense de l’autobus 32, de la Régie des Transports marseillais, calciné cette nuit à Saint-Jérôme… avec sa passagère de 26 ans, brûlée au 2ème et au 3ème degré, et hospitalisée à l’hôpital de la Conception où l’on tente de la sauver. « Une jeune femme très gravement brûlée, titre aussi en manchette le Parisien-Aujourd’hui, avant de noter qu’un bus a été également incendié à trappes dans les Yvelines, et que plus tôt hier dans la journée des incidents avaient éclaté à Grigny dans l’Essonne. Le journal « La Provence » de Marseille en dit un peu plus, sur les quatre jeunes gens, qui ont mis le feu au bus 32, et sur sa conductrice Danielle. Choqué par ce qui est arrivé, dans un quartier plutôt calme. Et sur une ligne qui va du centre-ville au Merlan, au Nord de la cité phocéenne. L’article de La Provence commence par cette relation… « J’ai encore sous les yeux l’image de ce monsieur, avec son blouson, en train d’éteindre les flammes qui brûlaient la jeune femme », dit la conductrice de la RTM, si choquée qu’il a fallu l’assister avant de lui permettre de témoigner. Sur l’enchaînement des circonstances qui ont abouti au drame, voici ce qu’on lit aussi aujourd’hui, à la rubrique faits-divers… de La Provence. « Quatre jeunes gens, que la conductrice avait refusé d’embarquer, lors d’un premier passage, au niveau de la cité des Lilas, ont attendu que le bus repasse devant eux, quelques minutes plus tard. Au moment où il s’est immobilisé, pour laisser monter un passager, deux individus ont déverrouillé la porte arrière, ont aspergé l’intérieur avec du liquide inflammable, vraisemblablement de l’essence, avant de craquer une allumette. La jeune femme se trouvait à proximité et a été touchée par les flammes immédiatement. Un homme, passager du bus a enlevé son blouson et a tenté d’éteindre le feu. La conductrice a arrêté son véhicule quelques mètres plus loin. Trois autres passagers incommodés par la fumés se sont alors précipité vers les sorties. Dans les minutes qui ont suivi, les marins-pompiers de Marseille dépêchés, ont apporté les premiers soins aux blessés. Anniversaire… du latin anniversarius… le mot sonne désagréablement, comme le souligne enfin quelques éditorialistes ce matin. J’ai cité Jacques Espérandieu, mais Pascal Barrand du Journal de la Haute-Marne, a la même attitude. Tout le monde espère que ça ne va pas se généraliser, souligne de son côté Le Parisien avant de recenser, les incidents des deux derniers nuits dans la périphérie. Marjorie Corcier, est allée en Seine-Saint-Denis et décrit : Hier matin, le Blanc-Mesnil inaugurait un nouveau gymnase provisoire, une structure de 2 millions d’euros construite en un an pour remplacer celle du quartier des Tilleuls qui avait brûlé durant les émeutes de l’an dernier. L’événement devait être synonyme de renouveau dans cette ville frappée de plein fouet par les violences urbaines en novembre 2005. Il a été terni par l’incendie de deux bus, la veille. Les yeux rougis par une nuit sans sommeil. Daniel Feurtet, le maire (PC), veut croire à un « acte de gangsters qui n’est pas comparable avec ce qui s’est passé l’an dernier ». Mais ses administrés redoutent de revivre les scènes terribles d’il y a un an. « C’était l’horreur. Depuis hier soir, je suis plongée dans une angoisse terrible. Je voyais les hélicoptères tourner, j’en avais les larmes aux yeux. Le pire, c’et mon fils de 19 ans qui regarde tout ça avec excitation. J’ai peur pour lui aussi », soupire Mariline. Cette mère de deux enfants a décidé de partir « quelques jours dans la Nièvre, le temps que ça se calme ». J’ai passé ma soirée à scruter l’agitation, j’ai si peur que tout recommence », renchérit Nadia, maman de trois bambins. Dans le même quotidien, Jean-Louis Borloo considère, qu’il faudra entre 3 et 5 ans pour régler le problème de l’emploi des cités… Et qu’il y faudrait la mobilisation de tous… Seine-Saint-Denis, c’est le chaudron de la France… titre Marianne… chômage paupérisation, communautarisme, économie souterraine… Mais… ajoutent Jean-Claude Jaillette et Frédéric Ploquin… c’est aussi un esprit de solidarité grâce à la richesse du tissu associatif. Bref, selon Marianne, le 9-3, comme on dit c’est tout ça à la fois. Le meilleur et le pire, et peut-être bien la France de demain. Et moi qui voulais, vous offrir ce matin, de l’herbe d’amour, de l’oreille de souris… entendez des petites fleurs de myosotis… des forget-me not des vergiss mein nicht… ne m’oublie pas, pour célébrer avec les journaux Georges Brassens disparu, il y a vingt-cinq ans… et Montand, mort il y a 15 ans… Le Figaro, Le Monde, Paris-Match, s’en souviennent, et s’efforcent de chanter, contre le camarde qui ne m’a jamais pardonné, d’avoir planté des fleurs dans les trous de son nez, et me poursuit d’un zèle imbécile. Elle nous poursuit tous, et nous ne serons pas tous, inhumés, comme Brassens et Valéry, au cimetière marin de Sète. Ni comme Yves Montand au Père Lachaise. Mais nous serons à côté, des vivants, tant que les vivants, penseront à nous… Un myosotis, donc, et mieux pour tous ceux qui ne veulent pas oublier… ce poème des Fleurs du Mal de Baudelaire. « La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse, Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse, Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs. Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs, Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres, Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres, Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats, A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps, Tandis que, dévorés de noires songeries, Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries, Vieux squelettes gelés travaillés par le ver, Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille. » (…)

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