Bonjour à tous. Trois grands titres développés dans l’actualité-papier du week-end. Le temps suspendu en Birmanie, Dominique Strauss-Kahn élu à la tête du FMI, et le sacre des Anglais dans la Coupe du Monde de Rugby. A côté de ces thèmes majeurs, les petites choses de la vie en société qui donnent aussi à penser. Par exemple, dans LE PARISIEN ce matin, des nouvelles de Denise, la SDF découverte en juillet dernier, sur un bout de trottoir à Paris, avec 70.000 euros en coupures mêlées au fatras de ses bagages. Denise a été prise en charge par le centre d’hébergement des sans-abris de Nanterre. Elle dort dans un lit, recommence à marcher. Elle a repris confiance en elle, ne boit plus. Bref, elle est resocialisée. Sur la page d’à côté, du PARISIEN, face à cette nouvelle réconfortante, quatre colonnes sur les huit années de prison infligées aux adolescents incendiaires de Marseille. Et dix petites lignes qui font sursauter, avec ce titre : « Benjamin de Rothschild en garde à vue, pour avoir blessé une policière. » "Vers 6 heures vendredi, relatent mes confrères du PARISIEN, pour des raisons qui restent à déterminer, le baron a visé, avec un fusil de chasse, une gardienne en faction, non loin de chez lui, près de l’Elysée." Benjamin de Rothschild, 44 ans, est le fils de Nadine de Rothschild, et le président de la Compagnie financière Rothschild. Interpellé, il a été placé en garde à vue, au commissariat du VIIIème. On tourne la page, et on découvre un fait divers d’une autre dimension, mettant en scène une famille anonyme du Pas-de-Calais : les Demeester. Un couple de quinquagénaires retrouvés pendus avec leurs deux enfants âgés de 30 et 28 ans. A la lecture de l’enquête de l’envoyé spécial du PARISIEN, Jean-Marc Ducos, il apparaît que le geste inexplicable des quatre suicidés, traduit une grande détresse cachée. Famille unie, autour d’un pater-familia retraité qui attachait beaucoup de valeur à la notion du travail. M. Demeester, autrefois parent d’élève actif, et très impliqué dans la gestion de l’école catholique Sainte-Anne, avait pris une retraite anticipée d’une entreprise chimique calaisienne, car il avait été dans le passé, exposé à l’amiante. Selon le maire de Coulogne, ami du suicidé, la préretraite, le chômage de son fils, les petits boulots de sa fille Angélique, employée de ménage dans un centre commercial, étaient vécus comme une injustice, et comme une absence de statut social. Désormais, conclut LE PARISIEN, il va falloir comprendre ce que veut dire le billet laissé par les pendus de Calais : « On a trop déconné ». Il y a sûrement un motif très grave à l’origine de ce suicide collectif, qui émeut ce matin, et LA VOIX DU NORD, et le journal NORD ECLAIR. Fait divers… heureux celui-là, et médiatisé par la Française des Jeux. Quatorze joueurs européens, dont deux Français, vont empocher chacun 9 839 000 euros, à l’issue du tirage du super Euromillions, retransmis vendredi par la télévision. Il y avait simplement des petites étoiles à trouver… et le coup de dés pour abolir le hasard. Ce qui n’est pas sans rappeler la question d’un minot de Marseille, interrogeant autrefois l’excellent footballeur Marius Trésor, dans un film de François Reichenbach… « Dis donc toi, disait le gosse, tu gagnes combien à taper dans un ballon ? » Tête de Trésor, face à la question, inimaginable dans la bouche d’un journaliste professionnel ! Bref, il y a aujourd’hui, deux Français euromillionnaires qui n’ont même pas eu à taper dans un ballon, pour gagner à quelques kopecks près… dix millions d’euros. Et DSK direz-vous ? On gagne combien au terme d’une élection à la direction du Fonds Monétaire International ? La presse ne cache pas, au contraire, que le job est rémunéré 495 000 dollars… soit 347 000 euros net d’impôts. C’est, soulignent les journaux (et la Ligue Communiste Révolutionnaire, dans un communiqué scandalisé), la fonction internationale la mieux payée de Washington. Avec en sus, la garantie d’une retraite à hauteur de 80 000 euros annuels. Toutefois, précisent les quotidiens, DSK ne disposera pas d’un logement de fonction, et son cabinet sera très restreint. J’en aurai terminé avec l’actualité du petit bout de la lorgnette, quand je vous aurai dit que dans LE FIGARO, Michel Schiffre s’étonne, à raison, de la photo volée d’une lettre de Madame Balkany, à Cécilia Sarkozy. Une lettre marquée de cette conclusion inouïe d’Isabelle à son amie… « Reçois des millions de Besitos. » Du foin pour rien ? demande le billettiste du FIGARO… Mais non, conclut-il, on oublie cette stupéfiante révélation : « A l’heure du SMS et du e-mail, quelques personnes s’écrivent encore ! » Mieux que cela, cher Michel Schiffre…. Il y en a même qui ont de l’humour. Ainsi Didier Pobel dans LE DAUPHINE d’aujourd’hui, quand il résume ainsi le succès de DSK au FMI. Extraits : « Lorsque Jospin choisit l’impasse, DSK opte pour la voix royale, la vraie cette fois. » Ou encore… « Au temps des élans du jogging, la seule appartenance au PS, mène à tout, à condition d’en sortir. » Et enfin… "Sarcelles, Bercy, Washington, le parcours du chantre de la social-démocratie a de la gueule, en dépit de quelques faux-pas assumés au nom de la morale." "Sans parler, complète mon confrère du DAUPHINE, des trois initiales qui sonnent bien sur les grilles convoitées du scrabble de la gloire : DSK, comme JFK ou PMF." Oserai-je ajouter… VGE… et même, ce slogan publicitaire d’avant-guerre, pour une boisson chocolatée : « LSK, c’est exquis ? » Exquise, cette manchette de LIBERATION… « Strauss-Kahn à la tête du FMI… enfin un socialiste élu ! » Doublé en page intérieure par cet autre trait : « le PS donne au monde un grand argentier », avec en page 3, ce commentaire de Didier Pourquery, titré « Réalismes au pluriel… » « Pendant sa campagne, écrit l’éditorialiste, l’ex-ministre de l’Economie de Lionel Jospin a tenté de dessiner une autre façon de diriger le FMI. En refusant d’apparaître comme le candidat du Nord contre celui du Sud ; en voulant donner plus de poids aux pays émergents comme la Chine, la Corée du Sud, le Mexique ou la Turquie ; en redéfinissant les missions mêmes du Fonds. Tiendra-t-il toutes ses promesses de campagne ? Ce sera dur. Il sera aussi jugé sur la marge d’indépendance qu’il saura préserver vis-à-vis des Etats-Unis. Un vrai défi. Mais si finalement c’était là une autre façon, de gauche, de vouloir faire de la politique à haut niveau ? En tout cas, cette élection montre qu’il y a une vie après les primaires du PS… Laurent Fabius appréciera. » J’ajoute les bravos de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC… « Bienvenue au club, Dominique. » A signaler enfin, le papier peut-être le plus complet, sur ce succès de la France à l’international, bien relayé et souligné par Nicolas Sarkozy… Voyez à cet égard l’article de Claude Askolovitch, d’où je détache une phrase… « Dans cette histoire, il y a une morale. D’un hasard, Strauss-Kahn a fait un destin. » Une morale… en Birmanie… Oui, pour quelques éditorialistes, à lire absolument ce samedi… François Régis Hutin, dans OUEST France : « Ce n’est pas la première fois qu’en Asie, les bonzes entrent en lutte politique. Déjà en Birmanie, ils s’étaient engagés pour l’indépendance, en 1948, puis en 1988, pour la démocratie. Cette année-là, la dictature militaire les avait durement réprimés. » Et Bruno Frappat dans LA CROIX : « Les dictatures et les régimes d’oppression ont un mérite : ils s’affichent avec un cynisme tranquille. C’est leur manière d’être transparents. Ils ne cachent ni leur brutalité, ni leur essence, ni leurs méthodes. Au total, les régimes durs n’ont pas peur d’apparaître, même, dans leur stupidité la plus nue. Violence et sottise ne leur font pas peur. En tout cas, pas honte. Les bastonnades et les tirs de Rangoun contre les manifestations, les élucubrations, devant une université américaine, du président iranien, la même semaine, auront relevé d’une logique identique, d’une semblable manière d’être inspirée par cette bonne conscience qui caractérise toujours la « bêtise au front de taureau. » « Ce qui rassure toutefois, c’est que les mensonges, s’ils ont parfois la vie dure (trois quarts de siècle de soviétisme…) ne sont jamais éternels. Toujours vient le moment où la bulle du mensonge crève sous les orages. La liberté, la dignité, la vérité couvent durant des décennies jusqu’au jour où elles balaient, comme un tsunami moral, les remparts fragiles de la fausseté. Tout, nos actes et nos regards, doit tendre à les y aider. Et, par exemple, à ne jamais perdre de vue ces zones de la planète où des hommes assoiffés de pouvoir (et d’argent) prospèrent sur l’ignominie. »

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