Il s’appelle Daniel Cordier, il est né en 1920, il a donc 96 ans, et pendant plusieurs décennies, il a travaillé dans les arts. Critique, collectionneur, galeriste et marchand ...

Daniel Cordier

Je suis parti à Londres en 1940, je n’avais pas 20 ans », explique-t-il dans les pages du JOURNAL DU DIMANCHE. « Quand j’imagine Marine Le Pen représenter la France, quand je réalise le risque qu’elle soit élue, je trouve cela monstrueux. Le Pen, dans la vie politique française, représente la négation de tout ce pourquoi nous nous sommes battus. Le Pen, c’est la France de la réaction. C’est la France de Maurras qui continue. Ce retour est effrayant.

Puis, donc, questionné sur les nombreuses références au gaullisme entendues à la fois chez Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, le grand officier dans l’ordre national de la Légion d’Honneur rétorque : « Quand je les entends revendiquer cet héritage gaulliste, je le ressens comme une imposture. » A ses yeux, la candidate du Front National et celui qu’elle a présenté comme son futur Premier ministre seraient ainsi des imposteurs.

Vous appelez à voter Macron ? », l’interroge alors le journal. « Sans hésitation, et sans aucune réserve », répond Daniel Cordier, avant de préciser qu’il a toujours voté à gauche – et même communiste, mais une seule fois, précise-t-il…

Dans l’hebdomadaire, d’ailleurs, on découvre d’autres soutiens au candidat d’‘En Marche !’... Le soutien, notamment, de Robert Badinter, ancien ministre de la Justice, figure morale de la gauche.

a découvert des artistes et organisé par ailleurs de grandes expositions. Mais, à dire vrai, ce ne sont pas ces activités qui l’ont rendu célèbre, non. Si Daniel Cordier est entré dans l’Histoire – l’Histoire avec un grand ‘H’, c’est parce qu’il fut le secrétaire de Jean Moulin pendant la second guerre mondiale. Et parce qu’il fut l’un des tout premiers à rejoindre de Gaulle. L’un des tout premiers compagnons de la Libération – l’ordre créé par le général le 16 novembre 1940, en tant que « chef des Français libres »… Ils étaient 1038 : 1038 compagnons de la Libération. Désormais, les années passant, ils ne sont plus que 11. Et jamais, jusque-là, Daniel Cordier ne s’était engagé dans le débat public. Jamais il n’était intervenu pour faire part de la moindre idée politique. Mais à huit jours du second tour de l’élection présidentielle, il sort aujourd’hui de son silence. Parce qu’il ne supporte pas l’idée que la fille de Jean-Marie Le Pen puisse un jour diriger le pays, ni que certains de ses amis – de ses nouveaux amis – puissent se dire les héritiers de De Gaulle…

A ses yeux, « Le Front National n’a pas changé de nature en changeant de génération. Il a simplement changé de look. » Et non, assure-t-il, « l’élection présidentielle n’est pas pliée et la défaite de madame Le Pen n’est pas acquise. » Raison pour laquelle il estime que s’abstenir, c’est, d’une certaine manière, favoriser son élection.

Un appel également à voter Emmanuel Macron dans la voix de Jean-Louis Borloo, toujours dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Depuis plus de trois ans, l’ex-ministre centriste avait pourtant choisi de se mettre en retrait de la vie politique, mais d’après lui, la situation est aujourd’hui beaucoup trop grave pour qu’il continue à se taire. Non au FN : c’est son crédo, et il fait donc, dit-il, « le pari d’Emmanuel Macron : le pari de l’audace, de la modernité, de l’action positive ». Il prône la formation de ce qu’il appelle une « coalition des progressistes », se disant prêt à se « retrousser les manches 2 ou 3 ans ». Une offre de service, en somme…

Soutien de Nicolas Hulot également dans LE MONDE : « Un vote de raison, mais pas d’adhésion », précise-t-il. Et soutien, en creux, de Philippe Martinez dans LE PARISIEN : « Le ni-ni n’est pas la position de la CGT », dit-il, invitant à faire barrage à Marine Le Pen.

Laquelle Marine Le Pen donne d’ailleurs une interview au journal : « Oui, assure-t-elle, je peux battre Emmanuel Macron. » Elle revient également sur l’accord annoncé hier : ses fiançailles avec l’ancien candidat de Debout La République. « Nicolas Dupont-Aignan ne se rallie pas, il s’allie », explique-t-il, précisant qu’elle partage avec lui « la même vision de l’indépendance de la France est de la défense du peuple français ». Raison pour laquelle elle lui a donc promis de devenir son Premier ministre. Cela dit, du côté du programme, son projet d’une sortie de l’euro semble de plus en plus confus. C’était pourtant, jusqu’alors, un point crucial – et même la donnée sur laquelle reposent toutes ses idées en matière d’économie. Et pourtant désormais, il apparait que cette sortie ne soit plus du tout essentielle. Commentaire de Frédéric Vizard dans son édito : « La matrone du populisme est assurément un redoutable animal politique, mais cela ne suffit pas toujours à masquer les incohérences de son projet. »

Des incohérences sur lesquelles devrait insister son adversaire lors du débat qui se déroulera mercredi : le fameux débat de l’entre-deux-tours. Ce sera à 21 heures sur France 2 et sur TF1 – une soirée animée par les chefs des services politiques des deux chaînes. Décision prise mardi dernier, lors d’une réunion à laquelle participaient les représentants des deux candidats.

C’est à cette occasion qu’a aussi été validé le choix du réalisateur. En l’occurrence : Tristan Carné, qui avait déjà mis en image le grand débat du 20 mars, et qu’on connaît aussi pour être celui qui réalise l’émission The Voice – un télé-crochet où des chanteurs s’affrontent à travers des ‘battles’ ; c’est à qui aura la voix la plus puissante ou la plus singulière – la plus belle « signature vocale », selon l’expression consacrée. Désormais, l’important, ce n’est pas de chanter bien, mais c’est donc d’avoir une « signature vocale »…

Les participants de la réunion de cette semaine ont aussi validé la place des candidats – ça s’est fait par tirage au sort, de même que pour l’ordre de prise de parole. Et c’est Marine Le Pen qui commencera le débat – elle sera à gauche de l’écran, tandis qu’Emmanuel Macron sera placé à droite et aura le privilège d’avoir le dernier mot.

Reste encore à entériner la qualité des sièges, le décor gris bleuté, la taille de la table blanche à laquelle ils seront assis, sans oublier, bien sûr, la température du studio. Important, la température. Surtout quand on prévoit des échanges plutôt chauds… Reste aussi à s’entendre sur les conditions de la réalisation : y aura-t-il des plans de coupe au cours de la battle ? Des plans sur l’opposant pendant que l’autre parle ? Tout cela sera décidé mardi prochain lors d’une ultime réunion.

Cela dit, ce rendez-vous, qu’on présente comme ‘le’ rendez-vous, ‘the’ rendez-vous de l’entre-deux-tours, a-t-il vraiment une influence sur le résultat final ? « Mis à part si l’un des candidats vient à s’effondrer, un tel débat ne fait que renforcer les tendances », répond Serge Moati dans les colonnes de SOCIETY… Moati, qui a conseillé Mitterrand en 81 comme en 88, puis Jospin en 95 et Hollande il y a cinq ans. Pour lui, ce débat n’a donc rien de décisif – ce n’est pas là que se joue l’élection mais, tout de même, « il vaut mieux le gagner ». D’autant que les téléspectateurs se comptent par millions – ces dernières décennies, ils étaient entre 17 et 30 millions ce soir-là devant leur écran…

De gros succès d’audience et de vrais moments de télé : le fameux « monopole du cœur » de Giscard face à Mitterrand, le fameux « l’homme du passif » de Mitterrand face à Giscard et, plus récemment, l’anaphore de Hollande face à Sarkozy : « Moi, président de la République… Moi, président de la République… »

Et si l’on en croit Serge Moati, il était d’ailleurs déjà président quand il est entré dans le studio – en somme, Hollande habitait le costume, ce que son adversaire avait sous-estimé. Et d’ailleurs, Emmanuelle Mignon qui, à l’époque, conseillait Nicolas Sarkozy, n’a toujours pas compris comment son champion avait pu se laisser alors « corneriser » sur à peu près tous les sujets. « L’après-midi, se souvient-elle, en réunion, il avait fait un véritable one-man-show, disant exactement ce qu’il aurait dû dire le soir. Et puis sur le plateau, il en a été incapable. »

Jackpot à la Fnac – c’est le salaire qui fait rêver : près de 14 millions d’euros, l’an dernier, pour son PDG Alexandre Bompard. En 2015, c’était déjà 11 millions 500.000 euros et la somme, à l’époque, avait fait polémique… C’est à lire dans LIBERATION, qui estime qu’à ce niveau-là, ça relève moins du salaire d’un manager que du gain à l’Euro Million.

Un anniversaire dans la presse également. Demain, l’actrice Danielle Darrieux va fêter ses 100 ans. Son secret de longévité : un verre de whisky tous les soirs. Dans le JDD, jolie phrase de Catherine Deneuve : « C’est la seule femme qui m’empêche d’avoir peur de vieillir ».

Et puis dans LE PARISIEN, retour sur la soirée d’hier sur TF1 – c’était l’émission THE VOICE et voilà ce qu’on nous en dit : « Pas de performance mémorable lors de ces dernières ‘battles’. Mais tout de même, pendant les répétitions, la pétillante Nathalia a fait preuve d’un enthousiasme peu commun en écoutant Valentin et sa voix grave : ‘Tu sens le sexe quand tu chantes, c’est dingue !’ a-t-elle lancé. »

Je doute très franchement qu’on entende de pareilles choses lors de la grande ‘battle’ politique mercredi prochain.

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