Bonjour à tous… Pas de larmes pour Saddam Hussein pendu à Bagdad, au petit matin, mais un certain malaise. Une gêne, qu’exprimaient fort bien, avant l’annonce de l’exécution de l’ex-dictateur irakien, deux chefs de gouvernement européen : l’italien Romano Prodi, et l’espagnol José Luis Zapatero. « L’Italie, rappelait le premier cité, est contre la peine de mort, et même dans une affaire aussi dramatique que celle de Saddam Hussein, nous continuons de penser que la peine de mort ne doit pas être appliquée ». - Attitude identique du Premier Ministre espagnol déclarant comme on peut le lire dans Le Monde daté d’aujourd’hui : « Tous les dictateurs doivent répondre de leur crimes devant la justice, mais je ne défendrai jamais le principe de la peine de mort, même pour le pire des politiciens ! » Le ministre danois des Affaires étrangères et le Cardinal Martino, chargé des questions de justice au Vatican, s’appuient sur les mêmes principes, qui fondent désormais vous le savez, le droit européen. « Le Danemark, explique le premier cité par Le Parisien, ce matin, le Danemark soutient la mise en place d’une démocratie en Irak et d’une justice indépendante mais nous sommes contre la peine de mort. » Quant au second, il constate au nom du Vatican que l’exécution de Saddam punit un crime par un autre crime. Or, personne insiste le Cardinal Martino ne doit donner la mort, pas même l’Etat. » La réaction du Quai d’Orsay, rappelée par la presse ce samedi, a précédé elle aussi, l’annonce de l’exécution de Saddam Hussein. Elle est plus balancée, puisque Monsieur Douste-Blazy après avoir pris acte de la sentence prononcée par les autorités souveraines de l’Irak, rappelait la position constante de la France, en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort. » L’éditorialiste Georges Latil apparaît moins embarrassé, quand il écrit, en première page du journal La Provence aujourd’hui : la mort et après ? Que les choses soient claires, explique mon confrère… on ne va pas pleurer sur l’un des pires tyrans de ces dernières années ! Qu’il soit pendu à l’aube, aujourd’hui, demain ou un autre jour nous indiffère parfaitement. Ce qui nous importe en revanche, tient en trois traits. Le premier, c’est qu’on le condamne à la peine capitale pour avoir exécuté 148 chiites coupables d’avoir attenté à sa vie… Mais les milliers de kurdes gazés et les exécutions sauvages, qui ont émaillé son règne sanglant, qui en a jugé ? En second lieu, poursuit l’éditorialiste marseillais qui sait si cette sentence téléguidée malgré tout par George Bush et les Etats-Unis ne risque pas d’être un bien pour un mal ? Car la mort d’un homme ne résout rien aussi abject, soit-il, écrit Georges Latil, sinon à souffler dangereusement sur des braises brûlantes. Et l’éditorialiste de La Provence, de conclure : Reste un dernier point : les autorités irakiennes auraient tort de monter une mise en scène trop spectaculaire, trop sensationnaliste, allant de la sortie de sa cellule jusqu’à la scène finale morbide. En effet, où que l’on soit, on ne doit pas jouer avec la mort, avec les extrémismes et les fanatismes. Au nom de la dignité et du droit. Même pour un salaud. » Fin de citation. Le Guardian britannique donne lui aussi la nouvelle de la pendaison de Saddam Hussein en première page, et cite le commentaire de George Bush, s’exprimant de son ranch texan. Cette exécution a dit le Président américain, marque la fin d’une année difficile en Irak. Difficile pour les Irakiens, comme pour nos troupes. C’est le moins qu’on puisse dire en effet. Au passage, le Guardian souligne que Londres respecte la décision de l’Irak souverain, mais est contre la peine de mort en Irak et partout ailleurs. Une attitude à rapprocher de celle des gouvernements européens, que je citais tout à l’heure, en commençant. Le courant abolitionniste est fort sur notre continent, et se nourrit aujourd’hui encore, de relation comme celle que signait hier à la page 5 du journal Le Monde, Patrice Claude, dans un article intitulé « Comment meurent à Bagdad les condamnés à la pendaison », article dont je voudrais vous donner quelques extraits… « Suspendue par les Américains, faut le rappeler, dès la chute du régime au mois d’avril 2003 à la demande expresse des Britanniques, la peine de mort a été rétablie en Irak par le premier gouvernement mis en place à Bagdad par Washington au mois d’août 2004. Depuis, selon le ministre de la justice irakien, au moins 51 personnes dont plusieurs femmes ont été pendues. A ce jour, ajoute le même ministre de la justice, 170 condamnés à mort attendent d’être exécutés. Effectuées « en série » par des fonctionnaires volontaires du ministère de la justice – jamais les mêmes -, les pendaisons ont lieu souvent dans un complexe pénitentiaire à l’est de Bagdad, non loin de la fameuse « zone verte » où siègent, sous protection américaine, les corps constitués du « nouvel Irak ». Les condamnés sont avertis le matin de leur mort et emmenés dans une salle qui jouxte celle de la potence. Là, ils peuvent écrire d’ultimes lettres, rédiger leur testament, fumer une cigarette, se faire servir un repas et prier. Vêtus d’une combinaison orange, pieds et mains entravés de chaînes, ils sont conduits deux par deux, la tête encagoulée, jusqu’au gibet. Selon un connaisseur des lieux, un escalier mène à une plate-forme qui est située à 5 mètres du sol. Deux trappes de métal s’ouvrent au moment idoine sous les pieds des suppliciés. Les exécutions sont filmées et photographiées. Qu’en sera-t-il pour Saddam Hussein ? demande mon confrère du Monde. Un porte-parole du ministère de la justice irakien a refusé de répondre, mercredi dernier, 27 décembre à cette question. Selon certains hauts fonctionnaires, toutefois, il avait été envisagé d’exécuter l’ex-dictateur irakien en public dans l’immense stade Al-Chaab de Bagdad. Idée abandonnée en raison de l’insécurité. L’ex-dictateur, officiellement sous responsabilité irakienne, est détenu, a été détenu jusqu’à ce matin par des soldats américains au « Camp Victory » le périmètre qu’ils occupent près de l’aéroport de Bagdad. Sera-t-il exécuté sur place, demande Patrice Claude avant de citer une fois encore Monsieur Rhida, le ministre de la justice irakien à propos de l’évènement qui doit être filmé et en partie diffusé à la télévision parce que, a dit le porte-parole « les Irakiens voudront voir ça ». Patrice Claude a adressé cette correspondance à son journal Le Monde avant l’annonce de l’exécution de Saddam Hussein, ce matin. On ne sait pas, à l’heure où nous parlons, si des images seront diffusées par les télévisions du Proche-Orient, pour édifier les foules. Si je puis dire, on peut espérer que non… parce que depuis la fin des années 30, les exécutions n’ont plus lieu en public en France. Je parle de mémoire, il me semble. Sachez aussi, auditeurs de France Inter, que les kiosques de l’Hexagone aujourd’hui, ne présentent pas tous le même visage… il y a des pages, des premières pages annonciateurs de fêtes ici, de rétrospectives et de bilans de fin d’années là, de personnages remarquables et choisis par différentes rédactions. Je pense à la Dépêche du Midi et d’événements remarqués. Nombre de quotidiens ce matin, c’est vrai, ont oublié Saddam Hussein, et d’autres ont anticipé sur une exécution annoncée ou l’ont évoquée, avec un point d’interrogation en première page. Je ne veux pas dresser ici la liste exhaustive des quotidiens qui ont vu juste… notez cependant, que le Figaro, Libération, l’Est Républicain de Nancy, le Journal de la Haute Marne, avec l’éditorial de Patrick Chabanais, la Provence dont j’ai cité l’éditorial de Georges Latil tout à l’heure, Nice-Matin, Var-Matin et la Montagne de Clermont-Ferrand ont tous évoqué avec sa biographie, le rappel des crimes de Saddam Hussein et des photos choisies, de la vie et de la mort du tyran irakien. Mention spéciale, pour le journal La Montagne qui avec trois colonnes à la une, un titre manchette, et une double photo de Saddam Hussein, la première prise au temps de sa splendeur, quand il avait beaucoup d’amis dans les chancelleries, et une photo du même Saddam prisonnier démontre, ben oui, le journal La Montagne démontre qu’il a été bien inspiré de faire ainsi sa première page. Bien inspiré aussi, l’éditorial de Jean-Marie Colombani en première page du Monde daté de ce samedi 30 décembre, et intitulé « une nouvelle donne » dont je veux citer les six premières lignes : Au moment, écrit Jean-Marie Colombani, de vous présenter nos meilleurs vœux et de vous remercier pour votre fidélité retrouvée, que retenir de l’année 2006 au-delà du flot continu de l’actualité immédiate, poursuit-il, et de l’espoir toujours repoussé d’une paix au Proche-Orient, à la promesse d’un renouveau de notre vie publique, en passant par les doutes bienvenus des Etats-Unis sur leur stratégie en Irak, cette année 2006 fut une année de transition, de gestation d’un monde nouveau et à bien des égards méconnaissables, une tendance lourde en effet est apparue, de celle qui bouleverse notre avenir, l’organisation géopolitique de la planète non plus selon le traditionnel rapport de force nord-sud, mais cette fois bel et bien sud-sud. Ce sont des pays dits émergeants qui sont les puissances de demain, la Chine, l’Inde, le Brésil, qui ayant pris le chemin de la croissance et du développement ont commencé de s’organiser hors des directives et des impulsions venues du Nord, c’est-à-dire de nos pays.

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