Bonjour à tous… « Les dictatures, disait Clémenceau, sont comme le supplice du pal : elles commencent bien… et finissent mal ». La formule vaut pour le Raïs égyptien, Hosni Moubarak et son régime « autoritaire », comme l’a qualifié récemment Alain Juppé. Jeannette Bougrab, la secrétaire d’Etat à la jeunesse du gouvernement Fillon, allant plus loin hier, en réclamant comme les manifestants du Caire, le départ d’un chef d’Etat usé par trente ans de pouvoir. Y-a-t-il partage des rôles au gouvernement français ? Allez savoir ! Vous lirez dans le PARISIEN aujourd’hui, qu’en fin de journée hier, Nicolas Sarkozy a décroché son téléphone pour s’entretenir avec le Raïs, qui fut si longtemps son interlocuteur privilégié dans la région. Mais hier, commente le PARISIEN, changement de ton du président français, sous prétexte que l’Elysée ne veut pas être accusé, cette fois-ci, de passivité, comme ce fut le cas, lors des événements de Tunisie. Un changement de ton, qui toutefois n’apparaît pas dans la déclaration commune adressée à Moubarak, par Angela Merkel, David Cameron et Nicolas Sarkozy. Les trois dirigeants européens se contentant de demander à Moubarak – je cite – d’engager un processus de changement face aux revendications légitimes de son peuple et d’éviter à tout prix l’usage de la violence contre les civils. Dans le même texte, Paris, Londres et Berlin soulignent leurs préoccupations communes avant de reconnaître que le président Moubarak a joué longtemps un rôle modérateur au Proche-Orient… Et ils concluent : « Nous vous demandons de faire preuve de la même modération pour traiter la situation actuelle en Egypte. Les droits de l’homme doivent être respectés, y compris la liberté d’expression et de communication ». Attitude semblable à la Maison Blanche, où Barack Obama réclamait hier des réformes concrètes au président égyptien sans remettre directement en cause, note la presse, le pouvoir de cet allié précieux des Etats-Unis. Cela n’empêche pas le JOURNAL du DIMANCHE de poser la question : « Après Moubarak qui pour gouverner l’Egypte ? ». Avant de détailler : « L’armée ? », « Les partis d’opposition ? », « Les frères musulmans ? ». Mais que Moubarak parte, comme le souhaite Madame Bougrab, ou qu’il reste, le JOURNAL du DIMANCHE constate qu’il a nommé hier, un vice-président et un premier ministre, en même temps qu’il faisait violemment réprimer les manifestants. Dernier bilan hier soir : près de cent morts et des milliers de blessés. C’est, commente Olivier Jay, le bilan sanglant de ce qu’il faut bien appeler « un coup de sirocco démocratique », qui marque, en Egypte comme en Tunisie, un tournant historique, que l’Occident doit appuyer. Avec retenue et modestie, comme le fait le président des Etats-Unis. En post-scriptum, Olivier Jay remarque que ce dimanche « nos amis tunisiens » peuvent lire, à nouveau le JOURNAL du DIMANCHE, absent depuis cinq ans des kiosques de Tunis. J’ajoute que s’ils lient l’ensemble des journaux dominicaux en langue française, ils verront que de la PROVENCE, à NICE-MATIN, et du DAUPHINE à OUEST-FRANCE, et de SUD-OUEST à MIDI-LIBRE, « la révolution arabe » l’emporte sur tous les autres sujets. Comme l’écrit Georges-Marc Benamou dans sa chronique de NICE-MATIN, cette révolution est à la mode, ces temps-ci, dans les médias. Mais gare à la suite, poursuit le chroniqueur abasourdi, par ce qu’il appelle « le romantisme révolutionnaire des commentaires ». Je cite mon confrère niçois, échaudé sans doute par les révolutions d’autrefois, dont certaines ont mal tourné. « Un Rousseauisme fait florès chez les commentateurs ou les blogueurs. Mais si l’on garde la tête froide, on peut redouter le pire, pour l’Egypte, pays central, à haute culture, mais dont le maître, aveuglément soutenu par l’Occident, a laminé toutes les élites, et empêché toute alternance. Car la seule question qui vaille est : qui après Moubarak ? Quel lendemain politique à cette supposée « Révolution du papyrus » ? A n’en pas douter, deux voies vont se proposer. La voie islamiste, la prise de pouvoir par ces fameux « Frères musulmans » puissants, historiquement implantés, structurés depuis des décennies, infiltrés dans un appareil d’état qui les tolérait. Ce serait alors la solution « iranienne » pour l’Egypte, un cauchemar. L’autre voie, ce sera l’armée, seule institution encore crédible au pays de Nasser. Autant choisir entre Charybde et Sylla… De quoi doucher le joli « romantisme révolutionnaire » de certains de nos myopes professionnels. « N’ayez pas peur, quand la muraille cède »… Réplique le MONDE, daté dimanche-lundi. « N’oubliez pas ce que fut la peur, face à la violence d’état, en Tunisie, comme en Egypte. Aujourd’hui, de Tunis au Caire, ce sont des peuples humiliés, qui défient le mur de la peur, qui les avait si longtemps condamnés à la passivité ». Et l’éditorialiste du MONDE de conclure, à notre intention, d’Européens privilégiés. « Les démocraties occidentales ont beau garder un souvenir cuisant du basculement iranien, qui transforma en 1979 un allié en ennemi, elles doivent reconnaître qu’il ne sert plus à rien de couvrir les turpitudes de ces régimes qui s’avèrent incapables, au final, d’empêcher l’histoire de s’écrire. En quelques heures, vendredi 28 janvier, des Egyptiens ont répondu par la négative à la question d’une exception tunisienne. Il est désormais plausible qu’ils ne seront pas les seuls ». En dernière page du MONDE, le billetiste Robert Solé suggère à chacun de nous de calmer nos impatiences démocratiques en ironisant : « Mais que se passe-t-il donc en Egypte ? Il est curieux que personne n’ait songé à interviewer le plus vieux sage égyptien : ce colosse à tête humaine et corps de lion qui veille sur les pyramides depuis 4.500 ans »… Pierre Loti, lui, avait pris la peine de le faire au tournant de l’autre siècle. « Je me souviens, écrivait-il, d’être allé, une nuit d’hiver, demander audience, sous la pleine lune au Grand Sphinx d’Egypte… » Mais où sont les sables et les neiges d’antan, où sont passés chez Robert Solé, nos grands sages, Napoléon et nos pharaons. Peut-être faut-il les chercher dans le nouveau magazine de Jean-Louis Servan-Schreiber, la revue « Clés », celle qui donne du temps au temps. Cette revue, chercheuse de sens et de sagesse s’intéresse dans son numéro de février à ces octogénaires qui entrent allègrement dans leur quatrième âge ! Interview dynamique de Michel Rocard, Christiane Collange, Jeanne Moreau, Edgar Morin. Et référence à Guy Béart, 82 ans et plus… « Suppose qu’on ait de l’argent Et qu’on soit intelligent Pour pas faire les imbéciles On s’achèterait une ville On l’appellerait Suez Ca je peux te l’assurer Et là bougre d’animal On se creuserait un canal. »

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