N’oublions jamais que le rire est propre de l’homme…

Saviez-vous que la majorité des kangourous étaient gauchers ? Oui ? Moi, je ne le savais pas. Mais je vous vois venir, vous allez me dire : à quoi bon savoir ça ? A quoi bon savoir ça ? Eh bien à rien, précisément, et c'est le principe de cette page du réjouissant mensuel NEON , page exclusivement consacrée aux « savoirs inutiles, donc parfaitement indispensables » . Où l'on apprend que la tour Eiffel rétrécit en hiver, que les adolescents français envoient en moyenne chaque semaine 381 textos, ou bien encore que la salade pâtes/mozzarella des restaus McDonald's est encore plus grasse qu'un double cheeseburger. On y lit également que l'arôme vanille – celui qui parfume notamment les yaourts – cet arôme est parfois produit avec les glandes anales du castor. Et puis dans la série de ces infos inutiles, donc indispensables : quelle est donc la ville dont le nom se prononce sans bouger ni langue, ni les lèvres ? C'est Hong Kong : dîtes-le, juste pour voir… Voilà, c’est étonnant : vous avez l'air d'un ventriloque.

Infos pour rire dans NEON . Cependant, le magazine ne se contente pas de nous faire rire. Il nous fait également réfléchir sur le rire, avec cet éclairant dossier réfigé par Anne-Laure Pineau : « Pourquoi l'humour nous a sauvés » . En 2015, écrit-elle, il y a eu des bruits d'explosion, de kalachnikovs et de pleurs, mais il y a eu aussi des rires, comme un furieux besoin de rire. Des détournements d'images sur les réseaux sociaux, et ce 'Je suis Charlie' devenu 'Je suis en terrasse'. « C'est une façon de reprendre les rênes sur quelque-chose qui nous dépasse et ça permet de sortir de sa position de victime » , analyse une psychologue spécialisée dans le processus de la résilience. Elle cite les blagues de Desproges sur son cancer ;« Noël au scanner, Pâques au cimetière » ou son fameux « Plus cancéreux que moi, tu meurs » . Et puis elle cite aussi l'humour noir de Julie, jeune bibliothécaire blessée au Bataclan, qui, juste après les attentats, posait cette question sur Twitter :« Est-ce que sur mon CV, dans 'Expériences professionnelles', je peux rajouter la phrase 'reçu une balle dans le cul' ? » Je ris donc je survis, semble ainsi dire Julie, qui confie au mensuel que rire lui a permis de sortir de tous les drames. Notamment la mort de sa mère. « Si on ne rit pas de ce qui nous arrive, on rit de quoi ? » , demande-t-elle, avant de préciser comment le 13 novembre a bouleversé son existence. « Depuis, dit-elle, je me sens terriblement vivante, je suis vivante et c'est beau. Les gens qui sont autour de moi vivent aussi et c'est beau. » Hymne à la vie, hymne à l'amour qui, d'après elle, est « une drogue qui ne fait presque pas mal » . « Mais on manque toujours d'amour, confesse-t-elle. D'ailleurs, les terroristes, on ne devait pas leur dire beaucoup qu'on les aimait, sinon ils ne se seraient pas fait sauter. » Hymne à l'amour, hymne à l'humour, qui, ainsi que le disait le regretté George Wolinski – Wolinski avec un 'i' – l'humour qui, disait-il « est le plus court chemin d'un homme à l'autre » .

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D'ailleurs, quand on feuillette les journaux, on se rend compte que certains déploient des trésors d'imagination pour essayer de nous faire. Parfois, bien sûr, à leurs dépens. C'est le cas de ces deux braqueurs dont le site de L'EXPRESS relaye la mésaventure : « ils ont confondu le Minitel avec un coffre-fort » . C'était mercredi, à Roubaix, dans une maison de la presse. Et ils se sont donc emparés, non pas du coffre-fort, mais du Minitel… Sourire aussi à la lecture de la Une de L'INDEPENDANT , qui donne ce chiffre alarmant de la délinquance dans les Pyrénées-Orientales : « 14.400 crimes élucidés en 2015 » . Je me suis frotté les yeux, mais non, j'ai bien lu : 14.400 crimes élucidés en 2015. A mon avis, il doit y avoir un ou deux zéros de trop. Et puis il y a cette histoire piochée sur le HUFFINGTON POST : celle d'un SDF de Détroit aux Etats-Unis, qui vient de trouver l'astuce pour rembarrer tous ceux qui lui disent qu'ils n'ont pas de monnaie. Désormais, il répond qu'il prend aussi la carte bleue. Il a récupéré un smartphone et l'a transformé en lecteur de carte de crédit. Et il se targue d'accepter à la fois les Visa , les Mastercard et les AmericanExpress

Preuve qu'on sait rire en Amérique. Même du pire et même si c'est un rire jaune et bien gras. Pour preuve, le succès de la campagne de Donald Trump. Sa photo à la Une du FIGARO ce matin : « les candidats 'antisystème' bousculent les primaires » . Et ceci illustre la défiance des Américains vis-à-vis de l'establishment et des discours trop policés. Du côté démocrate, c'est la montée en puissance de Bernie Sanders, socialiste qui draine les foules et dont l'humour et le grand sens de l'autodérision déclenchent des scènes de liesse à chacun de ses meetings. Et côté républicain, il y a donc Donald Trump, « le milliardaire du peuple » , comme l'appelle le journal, qui relève que l'homme d'affaire a toujours été plus en phase avec les classes populaires qu'avec les élites. Et cela grâce une façon de parler singulière, truffée de moqueries et d'insultes… Le NEW YORK TIMES en a d'ailleurs élaboré la liste – c’est à lire sur le site RUE89 . Il insulte ses adversaires, les célébrités, les médias, sans oublier les étrangers…

Mais en France, on n'est pas en reste, ainsi que le raconte Laurie Moniez dans LE MONDE . Titre de son papier : « Le FN perturbe le conseil régional de Nord-Pas-de-Calais-Picardie » . Récit de la première séance plénière de jeudi. Une séance au cours de laquelle les élus du Front National n'ont cessé de polémiquer, et ceci jusqu'au dérapage. Dérapage quand, au milieu d'un débat sur les camps de réfugiés autour de Calais, un conseiller FN lance à l'exécutif : « Vous nous prenez pour des niacoués ?! » On lui demande de répéter. « Vous nous prenez pour des niacoués ?! » Puis ses propos sont consignés et le vice-président de la région promet des suites juridiques.

Quant au président de l'Assemblée, Xavier Bertrand, c'est un pingouin ! C'est en tout cas l'avis de Nicolas Sarkozy qui, si l'on en croit LE POINT , n'en peut plus des leçons de morale de celui qui, depuis sa victoire face au Front National lors des régionales, ne cesse d'appeler à faire de la politique autrement. Commentaire de l'ex-chef de l’État – il parle donc de Xavier Bertrand : « Ce pingouin qui fait un score minable et gagne avec les voix de la gauche va nous expliquer comment faire de la politique ! Laissons-le repeindre les lycées de sa région. Dans trois mois, il revient en rampant ! » J’avoue que je ne savais pas que les pingouins pouvaient ramper, mais pour l'heure, le pingouin n'a pas encore réagi. Pas plus d'ailleurs que les « petits merdeux » que seraient le maire d'Agde et celui de la Grande-Motte, toujours d'après l'ancien président de la République. Vif échange la semaine dernière à l'issue d'un meeting à Nîmes, et c'est LE CANARD ENCHAÎNE qui rapporte la scène. N'ayant pas supporté qu'ils s'opposent à ses directives pendant la campagne dans le Sud-Ouest, Nicolas Sarkozy leur a donc lancé qu'ils n’étaient que des « petits merdeux » , expression suivie d'autres phrases que la décence m'empêche de citer ici. Mais bon, s'amuse le journal : « Tout ça n'est pas bien grave. Dans quatre ans, Sarkozy fera son 'mea culpa' dans un livre ! »

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D'ailleurs, concernant celui sorti lundi dernier, LE POINT nous explique qu'il est bien sûr en très bonne place dans la nouvelle boutique du siège des Républicains. En très bonne place au milieu des stylos et autres mugs avec le logo du parti. Mais on ne trouve sur les étagères ni l'ouvrage d'Alain Juppé, ni celui de François Fillon. Un simple oubli, très certainement.

Du reste, à propos d'objets dérivés, LE PARISIEN nous apprend que ce qui marche très fort en ce moment, ce sont les tee-shirts à l'effigie de Jacques Chirac – les ados les trouvent super cools, assure le jeune fabriquant qui dit avoir tenté aussi d’en commercialiser avec la tête de Giscard et celle de Mitterrand. Mais, dit-il, « on a fait un flop » . Et un tee-shirt avec la tête de François Hollande ? Non, visiblement, ça n'est pas d'actualité.

Le président de la République qui, hier, n'avait pas le cœur à l'humour et au rire. Il a reçu les filles et les avocates de Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent – elles venaient réclamer sa grâce et le chef de l'Etat leur a répondu… qu'il donnerait une réponse dans les prochains jours, mais qu'il devait prendre son temps. Prendre son temps, autrement dit : ne pas agir sous la dictature de l'émotion, et même, pourquoi pas, « laisser cette affaire s'enliser » , ainsi que s'en désole par avance Denis Daumin qui, dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST imagine qu'on va voir surgir, dans les jours qui viennent, « une commission de réflexion, ou une haute autorité chargée d'un grand rapport exploratoire, voire un conseil des Sages, droite et gauche réunies... Bref, des instances provisoires, mais vouées à durer un peu, histoire d'anesthésier l'opinion » .

Prendre son temps, donc, mais après ? Dans LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE , Patrice Chabanet rappelle que François Hollande n'a jamais fait mystère de son opposition de principe à la grâce présidentielle. « Mais ici, dit-il, elle montre son utilité. Car elle permet, non pas de contourner la justice, mais de résoudre un cas d'espèce : celui d'une femme qui a pris 10 ans pour avoir ôté la vie à son bourreau. 10 ans qui s'ajoutent à 47 années de calvaire conjugal. » A ses yeux, « la légalité de la condamnation de Jacqueline Sauvage se fracasse contre la légitimité d'un acte qui était un acte de survie » .

Mais « une grâce totale serait perçue comme un désaveu par les magistrats, le message d'une empathie qui efface la justice » , avance Matthieu Verrier, qui plaide plutôt, dès lors, pour une grâce partielle, qui exempterait la condamnée des deux ans de prison qui lui reste. « Dans un geste partiel, estime l'éditorialiste de LA VOIX DU NORD , l'Elysée trouverait un chemin entre la justice et la compassion » . Et c'est d'ailleurs le chemin qu'il devrait suivre, si l'en croit LE PARISIEN . Il devrait annoncer une grâce partielle dès le début de la semaine prochaine. Le quotidien, d'ailleurs, prend lui également position. Grande photo de Jacqueline Sauvage à la Une et ce titre : « Sa place est-elle vraiment en prison ? » Et pour le journal, la réponse est non.

Pour finir, quelques mots de la Une de LIBERATION : autre photo et des sourires, un grand dossier magnifique d'hommage au cinéaste Jacques Rivette, qui est mort hier à 87 ans. « Jacques Rivette, vague à l'âme » , s'émeut le quotidien. Rivette, grande figure de la Nouvelle Vague, et discret inventeur d'un langage filmique et critique féroce. Rivette l'amoureux, l'affranchi, le magicien, le conteur romanesque… Lire les témoignages des actrices qu'il a fait tourner : Jeanne Balibar, Sandrine Bonnaire, Emmanuelle Béart, Bulle Ogier. Toutes évoquent le souvenir d'un homme d'une infinie délicatesse, et celui également d'un homme qui était plein d'humour. Même si ça ne se voyait pas beaucoup dans ses films, Rivette, il aimait rire.

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