Bonjour à tous… Et singulièrement aux 500.000 français d’origine arménienne, qui vont suivre attentivement aujourd’hui le lancement de la saison « Arménie mon amie » dont les manifestations, vont se dérouler toute l’année dans notre pays. Du Parisien au Figaro, la presse quotidienne met l’accent ce matin, sur le concert que donnera ce soir, Charles Aznavour, place de la République à Erevan, en présence de Jacques Chirac, premier Président français, à se rendre dans ce petit pays, victime du génocide de 1915. Un génocide que les Turcs, refusent de reconnaître, alors qu’il a fait 1500.000 morts selon les uns, et près de 2 millions selon les autres, et qu’il marque encore, la mémoire des 5 millions d’Arméniens, dispersés à travers le monde. Jacques Chirac rendra ce matin, en présence du président arménien M. Kotcharian, un hommage solennel aux victimes du génocide de l’autre siècle. Il y associera, précise l’envoyé spécial du Parisien à Erevan, les Arméniens de France qui se sont illustrés dans la Résistance lors de l’occupation nazie. - Comment ne pas évoquer à cette occasion d’ailleurs l’un des plus beaux poèmes d’Aragon, consacré au groupe Manouchian, capturé par les allemands et fusillé au Mont Valérien, avec annonce par voie d’affiches rouges, sur les murs de nos villes, afin de déclencher « un effet de peur sur les passants. » « Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L’affiche qui semblait une tache de sang Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles. La suite est magnifique, et mérite un retour en mémoire… avec une pensée pour Aragon, pour Jean Ferrat et Maurice Vandair, qui ont mis l’affiche rouge en musique… Et pour Léo Ferré qui l’a chantée. Nul ne semblait vous voir Français de préférence Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE Et les mornes matins en étaient différents Tout avait la couleur uniforme du givre A la fin février pour vos derniers moments Et c’est alors que l’un de vous dit calmement Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui va demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus tard en Erivan Un grand soleil d’hiver éclaire la colline Missak Que la nature est belle et que le cœur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant Jacques Chirac va inaugurer tout à l’heure une place de France, justement en plein centre de la capitale arménienne. Et cette inauguration, rappellera les très anciennes relations de la France et de l’Arménie, et apparaîtra peut-être comme une compensation aux Français qui reprochent au Président de la République, d’avoir plaidé, pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Outre Charles Aznavour, vos quotidiens soulignent ce matin, la présence aux côtés de Jacques Chirac de personnalités françaises d’origine arménienne. Patrick Devedjian, ex-chiraquien devenu conseiller de Nicolas Sarkozy. Alain Manoukian, dont on connaît la griffe dans le prêt-à-porter. Amen Petrossian, l’importateur-vendeur, du caviar de Russie, et d’Iran, le footballeur Youri Djorkaeff, et notre confrère de France Télévision Daniel Bilalian. Des voix s’élèveront bien sûr, peut-être pour dire que cette liste fait un peu « people », et qu’il ne faudrait pas oublier les arméniens anonymes, dont je disais tout à l’heure qu’ils étaient 500.000, ici d’origine arménienne. D’ailleurs nous sommes tous, arméniens, puisque c’est sur le Mont Ararat , qui culmine à plus de 5000, dans la petite République coincée, entre la Géorgie, la Turquie et l’Iran, que lors du Déluge, 40 jours, 40 nuits nous dit la Bible. L’arche de Noé a protégé nos ascendants, et tous les animaux de la planète. Alors, les anonymes et les people… Voilà les deux termes, du grand débat qui taraude la presse cette semaine et nous obsèdera, j’en suis sûr, jusqu’à l’élection présidentielle et au-delà. C’est Alain Rey qui expliquait mardi dernier dans Libération, que le mot people, très anglais et très à la mode, veut dire le peuple, les gens. Nous sommes tous des people. Et pourtant, soulignait notre ami lexicologue, on a fait d’une catégorie médiatique, une catégorie sociale. Et du coup, on a créé une autre catégorie discriminée et insultée : les anonymes. Or, concluait Alain Rey, qu’on soit connu ou pas, tout le monde a un nom et un prénom. » Le lendemain, c’est-à-dire mercredi dernier Alain Duhamel dans la page « Rebonds » de Libération s’inquiétait, justement de la personnalisation du pouvoir, qui tend à se dégrader « en pipolisation de la politique ». J’ai découpé l’article d’Alain Duhamel et son analyse très fine, très subtile, très utile aussi, car expliquait-il, la Vème République présidentielle est à deux doigts de succomber à l’ultime métamorphose qui va la transformer, en démocratie d’opinion. C’est-à-dire démocratie de l’éphémère, du sentiment, de l’émotion, des passions, des préjugés, des transgressions. Gare, ajoutait le politologue… La Vème République a déjà dévoré les corps intermédiaires, elle a ligoté le Parlement, calomnié les partis, et créée le vide autour de ses présidents. C’est vrai, les présidents, ils sont tous seuls entourés d’une sorte de cordon sanitaire pour respirer tranquille, derrière. Et Duhamel, impressionné lui aussi par une petite phrase de Nicolas Sarkozy, qu’on retrouve curieusement, presque mot pour mot, dans la bouche de Ségolène Royal… Allez contre moi, c’est aller contre l’opinion publique… ça, c’est Nicolas Sarkozy… Et Ségolène Royal : « Les Français eux me comprennent »… Et Duhamel d’écrire… c’est grave… docteur, en direction des deux grands candidats, qu’il appelle les alchimistes de la démocratie d’opinion… Nicolas Sarkozy, écrit-il, et Ségolène Royal tentent de se construire un trône sur les sentiments et les passions, sur la séduction et les emportements. Ils savent pourtant l’un et l’autre à quel point la démocratie d’opinion, si elle peut aider à la conquête du pouvoir, en handicape l’exercice. Si la démocratie n’est pas médiatisée par un système représentatif solide et influent, elle devient prisonnière des fluctuations des sentiments. Et Duhamel concluait : est-ce qu’on doit bâtir un gouvernement sur le sable de l’opinion ? Les Français n’ont-ils pas été pour, puis contre la peine de mort, favorables aux nationalisations puis aux privatisations, violemment hostiles aux libérations conditionnelles et ulcérés par la détention provisoire, allergiques à maintes réformes (retraites, maladies, fiscalité, éducation…) puis soudain décidés à faire mouvement sans attendre ? Ne s’enthousiasment-ils pas pour des personnalités politiques nouvelles, parce que nouvelles, avant de les rejeter férocement pour parfois les ressusciter ? Et il conclut : « doit-on bâtir un gouvernement sur le sable de l’opinion ? Faut-il élire un ou une présidente parce qu’ils savent faire vibrer mieux que d’autres les cordes affectives ? Et il disait aussi : Comment construire un projet rationnel, cohérent durable sur l’évanescence d’une popularité, sur un donjuanisme politique encouragé par les médias qui, pour la plupart, n’ont qu’une idée en tête : surfer sans risque ni gloire sur le sillage de la démocratie d’opinion ? Jean-François Kahn dans Marianne, dénonce lui aussi, les médias, acquis dit-il… à Nicolas Sarkozy, et il écrit « il faut pousser aux fesses, les journalistes. Sans leur résistance nous allons connaître un juin 40 médiatique. Jacques Buob, dans le Monde 2, qui paraît ce samedi, s’interroge sur le populisme, qu’il définit ainsi… Le populisme n’est pas une idéologie, mais c’est un style antipolitique, qui nie la politique, son code normal, et qui fait mine de croire que tout est possible dans l’instant. A part ça… Vous savez tous, comme dans la chanson « J’y va-t-y, j’y va t’y pas… Ségolène y va. DSK y va. Jack Lang, on ne sait pas… Jospin n’y va pas, Hollande n’y va pas… non plus… C’est dans le Dauphiné Libéré d’aujourd’hui. Et c’est dans Le Parisien d’hier que j’ai découpé aussi, comme l’article de Duhamel, je lisais : « Il y a un an tout juste, dans une interview à Paris Match, Royal évoquait pour la première fois l’hypothèse de sa candidature. Le couple alors allait très mal, et l’initiative de « Ségolène », femme blessée à l’époque, véritable tigresse prête à tout pour reconquérir le père de ses enfants, sonnait comme un défi qu’elle lui lançait, une façon de le provoquer. Et je lisais ceci : elle plane, il a le blues… Il se passe chez Ségolène Royal et François Hollande, ce qui se passait dans le couple Hilary et Bill Clinton. Si j’ai bien compris, il y a de l’Hilary Clinton chez Ségolène Royal et il se passe chez Hollande/Royal, ce qui se passait chez Cécilia et Nicolas, il y a quelques mois. »

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