Bonjour à tous… De la musique avant toute chose, chantait Verlaine en se jouant des assonances et des allitérations qui font aussi la poésie d’aujourd’hui. « De la musique avant toute chose. Et pour cela préfère l’impair. Plus vague et plus soluble dans l’air. Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ». Verlaine aurait aimé les folles journées de Nantes, et peut-être aussi, cette soirée-poésie, l’autre jour à Paris, où Bernard Guetta de France Inter croisait Michèle Cotta, Michel Albert, Mona Ozouf, Luc Ferry, Jacques Julliard du NOUVEL OBSERVATEUR et son épouse Suzanne, merveilleuse diseuse de vers. L’un des participants à cette soirée, où l’on mêlait Rimbaud, Hugo, Claudel et Valéry, proposa un poème anonyme très court cité par Jünger et d’une incroyable actualité comme vous allez en juger. « J’aime les raisins glacés, parce qu’ils n’ont pas de goût. J’aime les camélias, car ils n’ont pas d’odeur. J’aime les hommes riches, parce qu’ils n’ont pas de cœur ». Cette antiphrase traverse toute la presse aujourd’hui, du FIGARO à l’HUMANITE et du MIDI-LIBRE de Montpellier, au journal NORD-ECLAIR de Roubaix. Les hommes riches n’ont pas de cœur ? Les responsables de la crise, c’est eux souligne Patrick Apel Muller dans l’HUMANITE. La solution, c’est nous. Et tandis que NORD-ECLIR fait sa manchette sur des Madoff Lillois qui ont escroqué près d’un million d’euros à des Tourquennois, le FIGARO consacre sa une à la violente colère d’Obama contre l’irresponsabilité des banquiers américains. C’est une honte, a-t-il dit hier en découvrant que les banques de Wall Street avaient versé 18 milliards, quatre cents millions de bonus à leurs employés en 2008. C’est le summum de l’irresponsabilité alors que 300 milliards de dollars ont été versés pour sauver les banques victimes de leur laxisme et que le Congrès, va devoir consacrer, mille milliards de dollars supplémentaires à un nouveau plan de soutien. Selon le FIGARO, cette colère médiatisée d’Obama vise à préparer l’opinion américaine à de nouveaux sacrifices. Car l’Amérique est dans le rouge, comme le constate la TRIBUNE ce samedi, en expliquant qu’avec un PIB qui recule de 3,8 % au dernier trimestre, le scandale du bonus des banquiers devient un scandale mondial. Et Sophie Gherardi d’éditorialiser ironiquement sur le malus des banquiers de la planète, en évoquant le cas de l’ancien PDG de Merril Lynch, qui a versé 4 milliards de dollars de prime à ses employés. Et devinez quand ? Juste avant de vendre sa banque en faillite à Bank of America. Jeudi, tout de même, on a viré le PDG, qui était aussi responsable mondial des investissements chez Bofa. Idem en Suisse, où la banque UBS a du réduire les bonus 2008 de ses employés, de 80% sur ordre du gouvernement. Du coup, écrit ma consoeur de La TRIBUNE, les salariés d’UBS se partagent seulement 1,300.000.000 de bonus. Et elle conclut : « Attention à l’opinion et à la détestation qui monte contre les dirigeants de la finance ». Le désastre est venu des banques, elles feraient bien d’en prendre conscience. Le MONDE daté samedi-dimanche, constate lui aussi que malgré la crise, les opérateurs de marché vont toucher cette année, des primes très confortables. Et Sylvain Cypel, le correspondant du MONDE à New-York, se demande si l’on ne va pas vers une nationalisation des banques américaines, car selon lui, le secteur est à la limite de l’insolvabilité. C’est ce que dit l’économiste Nouriel Roubini. La nationalisation en question serait temporaire, comme le souhaite aussi Paul Kruqman, prix Nobel d’Economie. D’autres experts, préfèreraient voir créer un organisme public, une Bad Bank qui recueillerait tous les titres pourris des marchés. Tous les produits toxiques qui ont empoisonnés l’économie mondiale. L’ennui, c’est qu’il y en aurait pour plusieurs milliers de milliards de dollars. Et pendant ce temps-là à Davos, comme le souligne Plantu de son crayon facétieux, les riches débattent de l’après-crise. Plantu les représente dans le costume caricatural traditionnel. Smoking, nœud pap et gros cigare, avec une femme qui ne fume pas, mais doit être Laurence Parisot du Medef. Les uns et les autres, regardent un skieur, tout nu, bonnet sur la tête et skis aux pieds qui déclare : « Quand je pense que j’ai perdu 15 milliards de dollars ! J’aurais du faire la grève générale ! » « Très drôle, Robert, lâche un banquier du forum économique mondial. Prends un cigare et viens t’asseoir ». Le FIGARO, sur Davos, ne sourit guère, en citant Bill Gates qui promet d’aller en Chine chercher du secours. Et en citant aussi Ban Ki Moon, le secrétaire général des Nations Unies : « Les pays riches investissent des centaines de milliards de dollars dans leurs plans de relance. Aujourd’hui, plus que jamais, les pays pauvres ont besoin d’aide. La crise détourne l’attention des autres problèmes du monde : l’eau, le changement climatique, l’environnement, le développement. » Dans le MONDE, Bill Gates, encore lui, demande à cet égard que les gouvernements malgré la crise tiennent leurs engagements vis-à-vis des plus pauvres. Ce sera dur pour le Japon comme pour l’Allemagne et pour toute l’Europe, France comprise. On verra ce qu’en dira Nicolas Sarkozy jeudi prochain, puisque selon le FIGARO le Président de la République, après la manifestation puissante du 29, interviendra à la Télévision. Sur l’autre scandale, du négationniste Williamson, dont Bruno Frappat, dit dans La CROIX, que son retour fait tache, dans le giron de l’Eglise. Je vous propose deux lectures, celle du magazine la VIE, qui dit non, non et non. Et celle de Marceline Loridan-Ivens, qui écrit dans Libération sous le titre « L’homme, un loup pour l’homme ». La voix d’un juste. J’entends à la radio le père Patrick Desbois, conseiller au Vatican pour la religion juive, qui revient d’Ukraine horrifié par les déclarations de l’évêque britannique Richard Williamson, suivi par un évêque italien, niant une fois de plus l’existence des chambres à gaz et réduisant à 200.000 ou « tout au plus » 300.000, le nombre de Juifs morts dans les camps durant la Seconde Guerre mondiale. Nous nous disions que le vent de l’histoire nous avait souvent jeté contres des murs. Aujourd’hui, pour continuer à vivre et à créer sans lui, je me répète ce qu’il disait : « Dans la vie, il ne faut jamais oublier l’émerveillement de la première fois. La première fois que tu as vu la neige, la première fois que tu es passé sur un pont et que tu as senti la pluie sur tes bras. C’est avec cet émerveillement que tu fais les choses. « De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l’Impair Plus vague et plus soluble dans l’air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose »

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