« Mais pourquoi n’avons-nous pas de souvenirs de ce qu’on a vécu avant l’âge de quatre ans ? » C’est une question posée sur le site SLATE ce matin.

Alors, certains penseront peut-être : « Mais si, moi je me souviens très bien d’être tombé d’une balançoire à deux ans ! » ou encore « Moi je me souviens des madeleines trempées dans le thé que je mangeais à trois ans. » Mais ce sont là des exceptions, si l’on en croit le neurologue qui s’exprime sur le site : l’amnésie infantile, dit-il, est un phénomène universel. « Les gens, en général, ne gardent aucun souvenir d’avant l’âge de quatre ans. » Alors pourquoi ? C’est la question. Il y a deux types d’arguments. 

Selon les premiers, les enfants de cet âge-là ne disposent pas encore de la capacité à se souvenir : ce n’est que plus tard qu’on développe la mémoire autobiographique. Second argument : les souvenirs sont bien là, mais on ne peut y accéder car ils ne collent pas avec le système de réminiscence des adultes. Selon le neurologue, les deux hypothèses sont justes, mais insuffisantes, et la réalité se situe vraisemblablement entre les deux… « On ne sait pas encore, dit-il, la mémoire est une chose complexe et, pour les scientifiques, il subsiste des zones d’ombre qui empêchent de définir avec certitude pourquoi nous oublions nos premiers souvenirs. » 

L’analyse est intéressante. Le cerveau reste mystérieux. On s’interroge sur nous-mêmes : de quoi nous souvenons-nous ? Et dans trente ans, dans cinquante ans, est-ce qu’on aura tout oublié ? Et c’est bien le sujet du jour. 

La question de la mémoire se décline ce matin dans les journaux. 

Par exemple, que retenir de Simone Veil ? Il faut lire, à ce propos, les mots d’Annick Cojean, grand reporter au MONDE qui, à l’automne, publiera un livre de photos, « Simone Veil et les siens ». Elle l’avait plusieurs fois rencontrée, et le journal a choisi de publier sa préface. Annick Cojean évoque d’abord les yeux de Simone Veil : _« des yeux d’un vert transparent, si clairs, si vifs, si francs, qui perçaient jusqu’à l’âme et dissuadaient de feindre_, de mentir, de se dérober ou même de prendre la pose… Des yeux exigeants et lucides, qui avaient vu tant de choses, et dans lesquels passaient parfois des nuages et des ombres qu’elle chassait rapidement… » Elle évoque aussi son sourire, « un sourire triste et doux », « un sourire de Joconde, nimbé d’un grand mystère »… Elle évoque une femme « sans minauderie ni fioritures », « forte de son honnêteté, et forte de ses convictions ». Une femme « fidèle à son histoire, à elle-même et aux siens » Et c’est justement sa famille, les siens, qu’est allé rencontrer LE PARISIEN, en ce jour d’hommage officiel au Panthéon.

Le journal a interrogé quelques-uns de ses petits-enfants : Sébastien, Isabelle, Stéphanie, Raphaël, Rebecca. Ils racontent leurs souvenirs, quelle grand-mère était Simone Veil. De touchants témoignages, qui nous font pénétrer dans l’intimité d’une famille. Ils parlent d’une grand-mère aimante, bienveillante, attentionnée, qui leur a appris à rester toujours forts et confiants, y compris dans l’adversité. Souvenir de visites au musée, de séances au cinéma ou de sortie shopping. « Pour elle, c’était important. Elle était très coquette », confie Rebecca, tandis que Stéphanie rapporte l’un de leurs échanges : « Souvent, je lui disais que mes enfants étaient trop gâtés, et elle me répondait toujours : ‘Non, ils ne seront jamais trop gâtés.’ » 

Elle ne leur a parlé des camps qu’assez tard – des choses terribles, mais de façon sereine, comme si elle racontait une histoire. Son histoire, en l’occurrence. Elle leur parlait de la place des femmes, répétant à ses petites-filles de faire des études pour pouvoir travailler. Elle leur parlait de l’Europe : un moyen d’éviter la guerre. Elle leur parlait de la France : une culture, des valeurs. 

« Simone Veil, une grande parmi les grands », titre LE JOURNAL DU DIMANCHE, précisant qu’elle figure déjà depuis longtemps au panthéon intime des Français. D’ailleurs, sur le HUFFINGTON POST, on nous rappelle que, depuis sa mort, Simone Veil est encore un peu plus entrée dans le patrimoine français. Il y a deux mois, pendant les commémorations de 68 et, plus généralement, des causes féministes de cette époque-là, elle avait eu son portrait placardé sur les murs de la capitale : on pouvait lire « Merci Simone ». Ensuite, c’était à la place et au métro Europe du réseau parisien de prendre son nom… Puis, en juin, on a frappé une pièce de deux euros à son effigie. Tout cela avant un ultime hommage, ce matin, avec la descente de son cercueil et celui de son mari Antoine dans un des caveaux du Panthéon. 

L’histoire et les valeurs de la France, il en est aussi question dans les hebdos cette semaine. A propos des migrants. Grand dossier des INROCKUPTIBLES : « Migrants, c’est notre histoire ». Des reportages au Sénégal et en Italie, des rencontres avec les sauveteurs de L’Aquarius. « Les migrants et nous » : ça, c’est la Une de L’OBS, dans lequel François Herran, professeur au Collège de France, explique notamment que « la capacité d’accueil n’est pas une donnée objective ». Et puis il y a SOCIETY : une couverture magnifique : un homme, dans la nuit, sur un canot de sauvetage, il porte un gilet rouge et regarde le ciel… « Humain, comme vous », c’est le titre. Acheter ce numéro. Lisez ce numéro. Lisez l’entretien accordé par le maire de Palerme, Leoluca Orlando et le maire de Grande-Synthe, Damien Carême. Tous les deux ont fait le choix de l’accueil. Tous les deux estiment que c’est un devoir d’accueillir ceux qui fuient la misère ou la guerre. Tous les deux expliquent que c’est une richesse, n’en déplaise aux politiques du moment. 

Damien Carême raconte une rencontre avec le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. « Je l’ai vu trois-quarts d’heure et il ne m’a parlé que de répression, affalé sur sa chaise, en lançant : ‘Je n’en ai rien à foutre des associations, je n’ai rien à prouver et à Lyon, je les ai virées ! » Et Collomb d’ajouter, dixit Damien Carême, que « les musulmans qui arrivent viennent retourner la tête de nos jeunes dans les quartiers ». « Abject », commente-t-il, avant d’expliquer que « Si l’Europe continue de se comporter comme ça, on aura droit à un second procès de Nuremberg. Le premier était contre les nazis pour leur génocide contre les Juifs. Le deuxième sera pour le génocide qui a lieu en Méditerranée. Nos grands-pères et nos grands-mères disaient ‘Je ne savais pas’, mais ce ne sera pas possible pour nous… »

Parfois, les mémoires se rejoignent. 

Parfois, les valeurs de la France s’entrechoquent. 

Dans la presse, on continue par ailleurs d’évoquer la vitesse limitée à 80 km/h sur les routes secondaires. C’est à lire, notamment, dans les pages du MONDE, avec « l’histoire d’une décision impopulaire ». Et pourtant, il est avéré que la réduction de la vitesse réduit la mortalité sur les routes… De surcroît, toutes les mesures prises depuis quinze ans pour la sécurité routière ont eu un impact financier considérable : 420 milliards d’euros économisés ! C’est le résultat d’une étude à lire dans les colonnes du PARISIEN.

LE PARISIEN, qui détaille par ailleurs les exploits de Kylian Mbappé hier, lors du France/Argentine en 8ème de finale de la Coupe du Monde… 37 : Mbappé a été flashé à 37 km/h lors de son sprint qui amené le pénalty français. Pour info, c’est la vitesse moyenne d’Usein Bolt lors de son record du monde du 100 mètres. 2 : Mbappé est devenu le deuxième joueur de moins de 20 ans à marquer deux buts dans un match à élimination directe de Coupe du monde. Le premier, c’était  Pelé en finale du Mondial 1958. 4 : Mbappé a marqué ses deux buts en quatre minutes. C’est le doublé le plus rapide de cette Coupe du monde 2018. Grâce à leur victoire 4 buts à 3 face à l’Argentine hier, les joueurs tricolores accèdent donc aux Quarts de Finale du Mondial… Retour sur cette rencontre dans tous les journaux : on évoque « un match fou », « renversant » - « ça plane pour les Bleus » titre L’UNION. « Avec MBappé en Messie » s’enflamme LA VOIX DU NORD – Mbappé, qui a donc mis deux des quatre buts… « Que la fête continue ! » implore LA DEPECHE DU MIDI, tandis que LE PARISIEN parle d’un match « mémorable »« Mémorable », oui. Même les enfants de quatre ans devraient s’en souvenir. 

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