Pourra-t-on bientôt retourner dans les salles de cinéma, de concert, de théâtre ? Et, quand on le pourra, comment cela se passera-t-il pour les artistes ? Et pour les spectateurs ? Quelles règles devra-t-on respecter ? Un rapport remis au gouvernement dresse les pistes d'un déconfinement qui s'annonce compliqué.

"Propositions d'un processus de réouverture des lieux de spectacle, de tournage et de répétition" : tel est l'intitulé du rapport de 29 pages, remis au chef de l'Etat et au gouvernement vendredi dernier. Un rapport qui précise que les activités de spectacle sont "un bien essentiel", "font vivre des territoires et sont nécessaire à la joie de vivre et au lien social". Son auteur s'appelle François Bricaire. Infectiologue et membre de l’Académie de Médecine, il a longtemps été le médecin de garde de la Comédie-Française et c’est un fidèle abonné de l’Opéra de Paris. 

Depuis la mi-avril, le professeur a auditionné une trentaine de personnes du milieu du spectacle, et son rapport, comme le dit son intitulé, est donc constitué de recommandations en vue du déconfinement des lieux de spectacle, de tournage et de répétition. Le Journal du Dimanche nous donne un aperçu de ces prescriptions sanitaires. 

Prescriptions sanitaires pour le public et les artistes

Tout d’abord, pour les spectateurs : le lavage des mains au gel hydroalcoolique, le port du masque et un mètre 50 ou deux sièges d’écart, en quinconce. Dans les salles, ensuite : suppression des vestiaires, des espaces de restauration, éventuellement des entractes et, bien sûr, nettoyage décontaminant. Quant aux artistes, il leur faudra respecter les règles de distanciation sociale et, dès lors, adapter en conséquence les mises en scène. 

Dans les mois qui viennent, Roméo et Juliette pourraient donc ne plus s’embrasser… Certains ont déjà fait savoir leurs objections. Des comédiens refusent de jouer devant un public masqué, d’autres refusent l’idée de supprimer les entractes, nécessaires en raison des changements de décors. 

Et pour la danse, ça donnera quoi ? Et dans un orchestre symphonique, comment respecter les distances entre les musiciens ? En particulier les instruments à vent, susceptibles de projeter des gouttelettes d’eau. Sur ce point, le rapport évoque l’installation de panneaux transparents.

Pour l'heure, ce ne sont, bien sûr, que des recommandations. Mais, en les lisant, on comprend qu’avant de retourner au spectacle, nous devrons être patients. Et, surtout, tout ceci témoigne des difficultés, immenses, du déconfinement.     

Cela dit, pour le cinéma, certains imaginent d’autres solutions.

Le retour en grâce des drive-in 

Ces désuets cinémas en plein air et en voiture, peut-on lire dans M, Le Magazine du Monde, retrouvent des couleurs grâce au coronavirus. Des lieux alternatifs, qui avaient connu leur âge d’or dans les années 50 ou 60, principalement aux Etats-Unis, leur pays d’origine, où l’on en dénombrait alors près de 5 000. Eh bien, ils sont réapparus, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Allemagne, en Corée du Sud, et en France également, comme l’expliquait hier Le Monde. A Caen, le Lux, un cinéma Art et Essai, a prévu d’investir plusieurs fois par semaine le vaste parking du parc des expositions. Avec "un tarif de 20 à 25 euros par véhicule", précise son patron.  Le son des films sera répercuté dans les autoradios.

Ici, la pandémie nous ramène donc des dizaines d’années en arrière. Un saut dans le temps qu’on perçoit aussi à la lecture du Télégramme : avec le confinement, les ventes de poules pondeuses sont en forte hausse, et les acquéreurs n’y voient que des avantages : avoir de meilleurs œufs, occuper les enfants, limiter les déchets – les poules, ça mange tout – et gagner en autonomie alimentaire. 

Un autre aliment dans L’Express. Ici, il est question du lait. Au Royaume-Uni, le coronavirus a remis les livreurs de lait sur le devant de la scène. Phénomène également raconté par Le New York Times… Ces dernières semaines, la principale société de livraison de lait à domicile a vu affluer plus de 25 000 nouveaux clients

Cela dit, d’autres évocations du passé sont moins réjouissantes, comme le raconte La Dépêche du Dimanche.

Les corbeaux et les délateurs

Des lettres anonymes et coups de fil de délations. Un peu partout en France, les forces de l’ordre reçoivent de nombreux appels de riverains dénonçant leurs voisins pour non-respect, réel ou supposé, du confinement. 

Ici, c’est : "Allô, mon voisin est parti faire du sport deux fois dans la journée !" 

Là, c’est : "Allô, y a des gens qui font un barbecue dans leur jardin sans respecter les règles de distance !"

Et parfois, ce sont des courriers de menaces scotchés sur les portes. Alors, il arrive que ces délateurs soient motivés par le civisme, mais il arrive aussi, bien souvent, qu’ils animés d’intentions nettement plus malsaine : "enquiquiner" les autres, et ce n’est évidemment pas le verbe enquiquiner que j’aimerais dire ici. 

Alors, heureusement, notre pays, ce n’est pas que cela ce matin. C’est aussi ce village breton qui achète 1000 fromages de Münster pour soutenir l’économie alsacienne. C'est à lire dans L’Alsace… C’est également Zinedine Zidane qui vend l’une de ses paires de crampons au profit des soignants. A lire dans La Provence…  

C’est aussi Andrée, dont le visage s’affiche à la Une de L’Est Eclair

Andrée, 100 ans, guérie du coronavirus

Autre miraculé dans Le Républicain Lorrain : Bruno Valdevit, le maire d’Ars-en-Moselle, guéri après deux semaines en réanimation. 

La lumière blanche, je l'ai vue. 

Dans le journal, le maire raconte son hospitalisation, et précise qu'il n'a pas l'intention de rouvrir les écoles d’Ars-en-Moselle la semaine du 11 mai.

Mais le déconfinement commencera-t-il réellement le 11 mai ? 

Le Parisien a posé la question à Olivier Véran, le ministre de la Santé, qui fait cette mise en garde. 

Si le confinement bien respecté jusqu’au bout, nous pourrons déconfiner progressivement dans les meilleures conditions. Dans le cas contraire, et si le nombre de nouveaux malades devait être trop élevés, la date de levée du confinement pourrait être remise en cause et sera appréciée selon les départements.

C'est la phrase que le quotidien a choisi de mettre à sa Une. 

« La date de levée du confinement pourrait être remise en cause »

Un avertissement qu’on retrouve également à la Une du Journal du Dimanche : "Menaces sur le 11 mai", titre l’hebdomadaire, précisant que c’est jeudi que le gouvernement décidera de lever les restrictions... ou pas. Sachant que, d’ici là, de très nombreux obstacles restent encore à lever, notamment dans les écoles et les transports.

Il y a même de l’ubuesque en certains endroits, ainsi qu’on le découvre en Une de Courrier Picard : dans la Somme, l’une des rues de la ville de Mers-les-Bains se termine en Normandie. La partie de la rue située dans la Somme figure donc en zone rouge, et la partie normande en zone verte. 

Pour le journal, ceci illustre les incertitudes entourant le déconfinement. On pourrait même croire que c'est le scénario d'un film. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.