Il est question de parfum ce matin dans la presse. Des parfums qui sentent bon l'été, l'air iodé du bord du plage, les champs de lavande, et toutes ces autres odeurs que l'on ne soupçonne pas.

Il règne l'été, un parfum de liberté. Celle de faire ce qu'on veut. De chanter, de danser, encore et encore, sans se soucier du lendemain. C'est ça l'été. "Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse", disait Alfred de Musset. L'ivresse jusqu'au bout de la nuit dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, au milieu des teufeurs, dans les rave parties nantaises, ces soirées tenues secrètes jusqu'au dernier moment. La plupart du temps, elles ne sont pas déclarées. Ça sent la sueur et l'alcool à plein nez. Oui, c'est aussi ça l'été. 

Mais depuis quelques jours, ça n'a plus la même saveur. Steve Caniço est mort. "Depuis un mois, les DJ font une minute de silence à chaque teuf", raconte Caro, sa pote, qui passe "tous les week-ends" à pleurer.  Avant d'aller danser, elle se rend, comme d'autres, sur les quais de Loire. Là où son ami est tombé le premier soir de l'été. "Une sorte de communion cathartique" pour tout un groupe qui s'en retrouve plus soudé encore qu'avant. Dans les teufs, personne ne se juge. "Pharmaciens, banquiers, maçons, juristes", chacun prend sa dose, de drogue parfois, de liberté surtout. "Si notre moment de décompression, c'est de se foutre la tête de le caisson, où le problème ?" s'interroge l'un d'eux. Un état d'esprit qui a permis à Steve "de se libérer, de se sentir bien", raconte Vivan, l'un de ses amis.

Il attend maintenant des réponses. "Pas dans la violence" mais "dans la danse". Alors, il continuera à danser. Ce soir, demain et les jours d'après. "Pour que justice soit fête".    

À des milliers de kilomètres de là, l'État du Texas promet, lui, "que justice sera faite".

Nouvelle tragédie la nuit dernière aux États-Unis 

Au moins 20 morts dans une fusillade, dans un centre commercial d'El Paso. "Les lieux changent, les chiffres changent mais le choix de l'arme reste le même" écrit LE WASHINGTON POST. La police texane cherche des raisons. L'enquête commence. Mais faut-il réellement y trouver une quelconque explication dans ce pays qui vient de vivre sa 250e fusillade, avec au moins 4 morts depuis le 1er janvier, selon Le Gun Violence Archive ? Autrement dit, plus d'une fusillade par jour. LE WASHINGTON POST dit avoir arrêter de comprendre. "La plupart des victimes sont choisies, non pour celles qu'elles ont fait, mais simplement pour l'endroit où elles se trouvent". Pour LE TEXAS MONTHLY, cette nouvelle tuerie établit une fatalité : "Que tout groupe de personnes, où que ce soit, peut être tué au hasard par un inconnu"

Une fatalité qui questionne. "Reste-t-il une indignation dans le puits épuisé sur lequel s'appuyer ?", s'interroge LE NEW YORK TIMES. Non. "Cela passe pour la normale". Aux États-Unis, les morts n'ont plus d'odeur. Depuis bien longtemps déjà. Ils font partie intégrante de la vie, du quotidien. "Et en temps que nation, nous l'acceptons", conclut LE NEW YORK TIMES.

La fatalité, on la refuse dans SLATE ce matin. Le site nous emmène au Salvador, où les meurtres sont quotidiens. Enfin, pas tout à fait quotidiens.  Le 31 juillet, n'y en a eu aucun dans ce pays d'Amérique centrale. Une première depuis plus de 2 ans, depuis le 13 janvier 2017. Et pour aller encore plus le détail. Ce 31 juillet fait partie des huit journées à ne pas avoir été marquées par un meurtre au XXIe siècle. C'est dire, si c'est rare. Serait-ce donc le parfum de la victoire sur la criminalité ? Ou du tout moins les premiers effluves ? Au Salvador, le nouveau président, Nayib Bukele, aime à le penser, lui qui a lancé un vaste plan pour améliorer la sécurité dans ce pays où l'on compte 60.000 gangs pour un peu plus de 6 millions d'habitants.

Aux urgences, non plus, il n'y a pas de petites victoires

Dans celles de l'hôpital de Delafontaine à Saint-Denis, le miracle est permanent. LES JOURS nous y emmènent le temps d'une nuit. N'y voyez pas là un oxymore. Je vous parle de l'excellent site LES JOURS, composés d'anciens de LIBERATION. Il est 21h.  Au milieu des "patients anxieux, des sans-abri cabossés et des familles roms venus chercher l'asile dans une enceinte hospitalière", ambulanciers, médecins et brancardiers de nuit s'activent. On est aux côtés de Rachid, Rief, Edouard, Laure, Dorlanne et Audrey. Ils ont choisi, par défaut ou par envie, la nuit. "Ses imprévus et ses coups de chance". Quand il arrive parfois, qu'ils soient assez tranquilles. Mais en général, ils n'ont pas le temps de se poser.

La vague peut arriver à tout moment. Celle de malades poussant la porte, les uns après les autres. Et la nuit ne pardonne pas. Rien n'est bénin, la nuit. Tout est amplifié. Les urgences, plus urgentes. Et les violences, plus violentes, face à "des personnels moins nombreux, plus isolés". Laure ne compte plus "les accidents de la route, les gars bourrés, les agressions, les gardes à vue, les règlements de compte". Pas étonnant que les personnels des urgences se mettent en grève. Pas étonnant non plus que "des collègues démissionnent", reconnait Rachid, quand d'autres, comme Dorlanne, s'accrochent. Une fois sa nuit terminée, elle peut mettre enfin le nez dehors et sentir les doux parfums matinaux de l'été, avec le sentiment du devoir accompli. 

En parlant d'odeur, vous ne sentez pas ? 

Quelle est cette odeur, dans la piscine ? Non, ce n'est pas du chlore. Ça sent beaucoup plus fort. Ça pue, on peut le dire. Ça sent le caca ! LA VOIX DU NORD nous parle de cette histoire pas banale, révélée par la presse espagnole. Du caca dans la piscine. 

Nous sommes à Segorbe, à une vingtaine de kilomètres au Nord de Valence, dans un parc aquatique. C'est l'été, il fait chaud. C'est rempli de familles et de bandes d'adolescents qui ont en vite marre de faire du toboggan. Alors, ils défèquent dans la piscine. Se photographient, se filment, postent leurs "exploits" sur les réseaux sociaux, et attendent le moment où quelqu'un va se rendre compte que, non, ce n'est pas une bouée qui flotte juste à côté.

C'est arrivé mercredi dernier. Le parc est obligé d'évacuer tout le monde. Il ferme pendant deux jours pour enlever toutes les matières fécales. Car cela peut être mortel. Du caca dans l'eau, 'est le paradis des bactéries. "En 19 ans, on n'a jamais vu ça", racontent les employés du parc de Segorbe. Mais c'est déjà arrivé ailleurs, en Espagne, cet été, poursuit LA VOIX DU NORD, dans au moins trois autres villes.  

Ce défi débile n'a pas encore de nom. Mais il en aura un, comme ceux avant lui, tout aussi débiles, voire très dangereux, à l'image du "Ice and Salt Challenge" qui consiste à s'appliquer un glaçon sur les veines pour faire descendre la température du corps. 

Pour quoi au final ? Pour un peu de notoriété sur les réseaux sociaux. Il parait que les modes traversent les frontières. Espérons cette fois-ci, pour le bien de tout le monde, que la France ne soit pas mise au parfum.

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