Elections aux accents très nationalistes en Pologne, politique néo-ottomane en Turquie, déni de l'Histoire dans les Balkans... Mais aussi conflits inter-ethniques aux Etats-Unis ou en France. A deux jours de notre fête nationale, les journaux montrent ce dimanche la difficulté de "faire nation" de manière apaisée.

Un drapeau turc brandi devant la basilique Sainte Sophie en Une du Monde... Pardon la mosquée Sainte Sophie, puisqu'elle redevient officiellement un lieu de culte musulman. Le quotidien du soir revient sur les raisons de ce basculement : principalement le projet néo-ottoman du président Erdogan, qui flatte sa frange la plus religieuse et nationaliste. Bref, comment le chef du parti islamo-conservateur utilise la religion pour "faire nation" et comment il revendique une revanche sur l'histoire, 86 ans après qu'Atatürk ait versé Sainte Sophie dans le pot commun de l'humanité. 

Cet article résonne de manière assez inquiétante avec un autre, à l'intérieur du quotidien, sur le poison du déni dans les Balkans. Hier on commémorait le 25e anniversaire du massacre de Srebrenica, dans un contexte de négationnisme. Le reporter du Monde, Rémy Ourdan nous emmène en Serbie et en Borsnie-Herzégovine et nous montre comment "le poison du déni permet de poursuivre dans la paix les objectifs de guerre - la séparation entre les communautés".  En Serbie, mais aussi en Croatie ou en Bosnie, le déni est dans tous les camps. Le pire étant peut-être à Visegrad, en Bosnie, la cité d'Andricgrad, bâti sur un lieu de crime mais où tout est fait pour l'oublier et promouvoir une vision serbe de l'Histoire.

"On se promène sur le pont Sokolovic, enjambant la Drina, en faisant semblant d'oublier que c'est là que les miliciens du chef de guerre Milan Lukic plantaient leurs couteaux dans le dos des prisonniers bosniaques et les jetaient dans la rivière".

L'article montre comment les passions pour des nations "ethniquement pures" regagnent du terrain.  Sauf que les groupes discriminés ne restent pas immobiles. C'est ce que montre le Journal du Dimanche, qui nous emmène aux Etats-Unis.  Vous connaissez peut-être la NRA, le lobby des armes. Et bien depuis 2015, il y a une NRA pour les Noirs, la National African American Gun Association. "A l'époque, nous étions trois", raconte le fondateur. Cinq ans plus tard, ils sont 35 000 ! Et à chaque fois qu'un Noir américain est tué par la police, l'association engrange de nouveaux adhérents.  "Après la mort de George Floyd, nous avons eu 2 000 nouvelles inscriptions en 48h" raconte-t-il. Avec un constat glaçant :

Etre armé des deux côté est une sorte de dissuasion nucléaire. Personne n'osera appuyer sur le bouton.

Étrange façon en tout cas de "faire nation"... Mais les problèmes de cohabitation entre communautés, ce n'est pas que chez les autres, nous dit aussi la presse...  Pas dans les même proportions évidemment. Mais le magazine Society montre une situation sensible à Beaucaire, dans le Gard, ville conquise par le Front national en 2014 et où le maire Julien Sanchez a été réélu au 1er tour avec plus de 60% des voix. Une ville où, ces dernières années, de nombreux sud-américains sont arrivés. Des équatoriens notamment, fuyant la crise au début des années 2000, arrivant en Espagne puis travaillant six à huit mois de l'année chez les producteurs de fruits et légumes. Certains se sont installés. Ils travaillent, consomment, redonnent du souffle à une ville vieillissante... Mais pour les habitants déjà présents, ils sont tantôt "trop catholiques", "ne veulent pas s’intégrer" et restent entre eux. Alors on les ignore. "C'est la stratégie adoptée par le maire" écrit le magazine, "qui a exigé à tous ses services de ne pas parler en espagnol avec ces nouveaux venus". Dans le même temps, les cours de Français de la mission locale ont été drastiquement diminués. Un couple d'origine équatorienne témoigne par exemple : "En quatre ans à Beaucaire, on a été convié à une seule manifestation traditionnelle". Cette manifestation, c'était un concours de soupes. "On l'a gagné" rétorque fièrement le couple...

La presse nous montre aussi des raisons d'espérer, comme dans cet entretien dans le Journal du dimanche avec le premier officier noir à commander l'école de guerre, l'école des cadres l'armée, le général Jean-Marc Vigileant, fils de parents martiniquais. Lucide, il constate le faible ratio de Noirs dans l'encadrement de l'armée par rapport à leur place dans les hommes du rang. Mais il montre de l'envie, du panache aussi. "Le mot "impossible", je l'ai rayé de mon vocabulaire" dit-il.

"Il faut susciter chez les enfants de la diversité l'envie de passer des concours, de ne pas se mettre de barrière". 

La jeunesse, ambitieuse et investie pour un avenir commun, c'est aussi ce que montre magnifiquement le magazine L'Obs.  Il refait, 55 ans après le cliché des yé-yé dans "Salut les Copains", une "photo du siècle". 47 jeunes militants associatifs, entrepreneurs, qui se veulent symboles d'une nouvelle génération engagée. Deux exemples : Lauren Bastide, animatrice du podcast féministe "La Poudre" ou encore Sarah Durieux, directrice de la branche française de Change.org, la plate-forme de pétition. L'obs fait le constat :

"55 ans plus tard, le besoin de sérieux s'est substitué à la futilité, les yé-yé ont perdu leur "é" : place à la génération Y engagée". 

Une "communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérance" : c'est la définition de la patrie par Fustel de Coulanges. On peut rajouter un élément : le territoire. Et c'est Le Parisien qui nous emmène dans une balade étrange sur les chemins de notre pays. Avec un cartographe 2.0 : Christophe Coulaud. Il cartographie pour Google Maps les sites et chemins touristiques uniquement accessibles à pied, à vélo ou canoë. Il se balade avec une longue perche d'un mètre 50 avec une caméra à 360 degrés. On le suit le long de la plage de Cayeux-sur-Mer dans la baie de Somme et sur le sentier du littoral. "Ils ne sont qu'une poignée comme lui dans le monde", explique le quotidien : un italien, un sud-africain spécialiste des parcs nationaux et un Ukrainien qui a photographié la zone de Tchernobyl.  Christophe Coulaud lui, a cartographié notamment Tahiti et une grande partie de la polynésie française. Désormais, dans la Somme, l'office de tourisme veut lui faire numériser les pistes cyclables du département.

Et puis la Nation, c'est aussi de grandes figures, des héros.  Le Républicain Lorrain nous fait rencontrer l'un des héros qu'Emmanuel Macron veut mettre à l'honneur après-demain, pour le 14 juillet. Une famille de Saint-Avold, en Moselle, dont le père aide-soignant est décédé du Covid. Roland Nassoy avait 61 ans. 42 ans de carrière dans l'hôpital public. Et 3 enfants, dont Vincent.

"Mon père était très présent pour les autres", raconte-t-il. "Il avait plusieurs projets, notamment de remettre en valeur les calvaires de villages mosellan. Il laisse un vide immense derrière lui". 

Un vide aussi, au Royaume-Uni, nous raconte le quotidien L'Equipe, après la mort d'un héros national, l'ex-défenseur de l'équipe d'Angleterre, aussi ex-sélectionneur de l'équipe d'Irlande. Un héros pour deux nations : Jacky Charlton, mort vendredi à 85 ans. Il avait mené le trèfle irlandais en 1/4 de finale de la coupe du monde 1990. Citoyen d'honneur de Dublin, il reste le héros national qui a battu l'Italie en 1994. 

"L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours" disait Ernest Renan. Par la religion, l'histoire, les grandes figures et le partage d'idées communes, une nation apaisée est un savant mélange, et la presse nous le montre.

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