De nouvelles manifestations auront lieu ce samedi pour dénoncer le racisme et les violences policières. Hier, des policiers ont manifesté pour dénoncer les propos de leur ministre. Le climat est à la défiance et la colère. Mais les journaux nous parlent aussi du confinement, sous l'angle de l'entraide et de la fatigue.

Des "proches aidants" racontent leur épuisement après deux mois de confinement
Des "proches aidants" racontent leur épuisement après deux mois de confinement © Getty / Martin Steinthaler

Elle s’appelle Karine – nous n’avons pas son nom de famille – et c’est Le Parisien qui nous raconte son histoire. Célibataire, sans enfant, Karine s’occupe depuis une douzaine d’années de sa mère atteinte de démence vasculaire. Celle-ci a 84 ans. Elle ne sait plus parler, ne comprend plus les mots, et ne reconnaît même plus sa fille, avec qui elle a passé tout le confinement. 55 jours ensemble, 24 heures sur 24, tout en continuant de travailler pour Karine. En travaillant de chez elle, en télé-travaillant. Et le télétravail avec une personne démente à ses côtés, "c’est très dur", confie-t-elle. 

Karine ne pouvait pas s’isoler dans l’appartement. Plus un moment de répit. Plus un moment à elle. 

Je n’ai plus de patience. Je me rends compte que je lui parle de plus en plus mal.

Un constat relevé aussi par un collectif de parents d'enfants handicapés, qui a réalisé une enquête sur le sujet auprès de 500 familles concernées. Près d’un parent sur trois reconnaît, à cause de la fatigue, avoir eu, pendant le confinement, au moins une parole ou un geste envers son enfant handicapé qu’il regrette. 

Parents d’enfants handicapés, enfants de parents dépendants : 8 à 11 millions de Français s’occupent d’un proche malade

Souvent, ils ont été en première ligne durant la crise sanitaire et beaucoup ont eu l’impression d'être abandonnés par les pouvoirs publics. Parce les soignants qui les aidaient au quotidien, ont été réquisitionnés pour renforcer les équipes dans les hôpitaux. 

Dans le journal, certains de ses « proches aidants » racontent qu’ils y ont finalement laissé leur santé. Ils se disent épuisés. Karine est épuisée.   

De son côté, Le Figaro nous parle de Camille. Les journaux ne donnent pas toujours les patronymes des personnes dont ils nous racontent les histoires. Là encore, il est question du confinement, mais sous un angle résolument positif. Camille a 21 ans, elle est étudiante en licence de droit. Avant que surgisse la pandémie, elle avait prévu de partir six mois aux Etats-Unis, pour parfaire son anglais dans un cabinet de conseil en affaires publiques. A la place, elle a décidé de s’investir à l’Ordre de Malte.

Pendant huit semaines, Camille a distribué des colis alimentaires aux sans-abri à Paris

C’est un phénomène qu’ont constaté beaucoup d’association en France : des milliers de jeunes ont choisi de consacrer cette période à aider les autres… Comme si le Covid-19 avait provoqué un déclic, analyse un responsable de l’Ordre de Malte.

Cette jeunesse souvent pressée et dans sa bulle, a vu sa vie brutalement interrompue. Elle a ouvert les yeux sur la misère dans la rue.

Pour certains, c’était aussi l’occasion de sortir des affres de l’ennui. Témoignage de Basile, 18 ans.

Moi, je me suis dit : ‘T’es confiné, tu glandes, tu te lèves à midi et tu prends tu petit-déjeuner à 14 heures. C’est le moment d’agir !

Et donc, il a agi… Reste à savoir combien, parmi ces étudiants, vont continuer ces activités de bénévolat. Ici, donc, de jeunes bénévoles et là, des proches aidants. Un conseil de lecture : le mensuel Sciences Humaine, dont le dernier numéro est consacré au sujet. « S’entraider est-il naturel ? » questionne le magazine. 

Dossier sur l’altruisme et sur la solidarité. Sur l’empathie, la bienveillance. Dire ces mots-là fait déjà du bien. 

C’est encore un prénom qui s’affiche à la Une de L’Est Éclair ce matin. Le prénom Zakaria, qu’on peut lire sur une banderole.

« Justice pour Zakaria, justice pour tous, pas de paix sans justice »

Zakaria Touré est décédé le 21 février 2019 au service de réanimation de l’hôpital de Troyes. Il avait 21 ans. Le quotidien nous raconte les faits. 

Depuis quelques jours, il était incarcéré à la maison d’arrêt de la ville. Là, il a été pris d’une crise convulsive majeure. Puis il en a fait une deuxième à l’hôpital où l'ont conduit les agents de l’administration pénitentiaire. Il se débattait, comme dans un état second. Alors, il on l'a entravé aux poignets, et ses menottes ont été fixées à une ceinture. Pour le calmer, on lui a administré un traitement de cheval à base de neuroleptiques et de benzodiazépine. Mais comme il ne se calmait pas, on a alerté des fonctionnaires de police, qui, par trois fois, ont alors fait usage de leur Taser.  

C’est le lendemain que Zakaria est décédé et, depuis, sa famille réclame que toute la lumière soit faite sur sa mort. Hier soir, à Troyes, quelque 500 personnes ont arpenté les rues pour lui rendre hommage et réclamer la vérité, rapporte L’Est Éclair, précisant que cette manifestation survient dans "un contexte mondial de défiance face aux forces de l’ordre".

Cette défiance, on la retrouve à la une de nombreux les journaux. D’un côté, la colère des manifestants qui défileront de nouveau ce samedi pour dénoncer les violences policières. De l’autre, la colère des policiers qui ont manifesté hier afin de dénoncer ce climat de défiance, et dénoncer les propos de leur ministre. Avec un geste symbolique lors des rassemblements.

« La police jette les menottes »

C'est le titre de La République du Centre. De son côté, Midi Libre évoque "la colère bleue des policiers""Colère contre Castaner", précise Nord Littoral… "Les policiers prennent leur ministre en grippe" confirme Le Progrès… D’où ce titre à la Une du Télégramme : "Castaner sous pression"… Pour Le Parisien, il est "plus fragilisé que jamais"… Pour Libération, il est devenu "le premier flip de France".

Libération, qui propose un entretien croisé de deux actrices, Aïssa Maïga et Adèle Haennel. Engagées contre les discriminations raciales, sexistes et sociales, toutes deux marcheront aujourd’hui, aux côtés du comité Adama. Adama Traoré, dont le nom est aujourd’hui scandé dans les manifestations contre les violences policières et le racisme.

Dans Le Monde à paraître cet après-midi – mais l’article est déjà en ligne, vous découvrirez "les zones d’ombre de cette affaire devenue un symbole". Le récit de l’interpellation du jeune homme à Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016. Les experts médicaux se contredisent sur les causes de sa mort et le journal met au jour les incohérences d’un témoigne-clé pour l’enquête.

Sur Mediapart, autre enquête : une "plongée dans la fabrique de l’impunité" - c’est le titre de l’article, dont les premières phrases résument le contenu. Pendant six mois, deux journalistes ont épluché des milliers de pages et analysé, un par un, 65 dossiers de l’IGPN : "Une analyse qui met au jour des techniques récurrentes permettant à la police des polices de blanchir massivement les forces de l’ordre."

Pour finir, un dernier prénom.

Djalega, agent d'entretien et demandeur d'asile ivoirien, a sauvé une vieille dame d'un incendie à Paris

Cette fois, on a son patronyme : l'homme de 31 ans s'appelle Djalega Léon Gnahore. L'incendie s'est déclaré jeudi matin dans le 14ème arrondissement de Paris, il a ravagé 16 appartements et c'est Le Parisien qui raconte. Djalega sortait les poubelles quand il a aperçu de la fumée s'échappant du 2ème étage. Il a foncé dans le bâtiment pour prévenir les habitants, puis il a grimpé au 2ème où vit une vieille dame.

Elle avait le feu sur sa tête ! J'ai retiré mon tee-shirt pour éteindre les flammes et je l'ai portée pour sortir en catastrophe. C'est important de s'entraider et d'être solidaire.

Entraide et solidarité. Aujourd'hui, les habitants de l'immeuble réclament que la demande d'asile de Djalega soit acceptée.

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