« C’est l’autre fait divers qui a rouvert les plaies américaines. » Voilà comment François Oulac débute son article sur Slate. « Alors que le 25 mai dernier à Minneapolis, George Floyd mourrait sous le genou du policier Derek Chauvin, à l’autre bout du pays le même jour, se jouait un drame racial de nature différente.»

C’était dans les allées de Central Park, à New York. Une discussion entre un homme noir de 57 ans et une femme blanche de 41 ans. Il s’appelle Christian Cooper. Elle, Amy Cooper. Même patronyme, mais aucun lien familial.

Ce matin-là, Christian Cooper se promène sous les arbres pour observer les oiseaux. Dans cette partie boisée du parc, les animaux de compagnie doivent obligatoirement être tenus en laisse. Or, le chien d’Amy Cooper gambade sans laisse.

Christian Cooper le lui signale, mais Amy Cooper refuse de l’écouter. Le ton monte et il sort alors son téléphone pour filmer leur échange. Elle lui ordonne d’arrêter. Et puis, tandis qu’il lui répète d’attacher son chien, la femme se fend d'un méchant avertissement. 

J’appelle la police, je vais leur dire qu’un homme africain-américain menace ma vie. 

Après quoi, elle-même met sa menace à exécution. Elle appelle la police et simule la panique. Comme si, effectivement, Christian Cooper était en train de l’agresser. Avant d'arrêter de filmer, Christian Cooper la remercie : il tient ici la preuve irréfutable d’un mensonge raciste éhonté. Dans la foulée, sa sœur poste la vidéo sur les réseaux sociaux, ce qui provoque, bien sûr, des réactions ulcérées. Amy Cooper est conspuée par les internautes, puis virée par son employeur.

Les observateurs ne manquent pas de relever la façon dont elle appuie sur l’expression "homme africain-américain", comme si elle savait ce qui allait se passer pour Christian Cooper en cas d’intervention de la police. "Une histoire tristement banale", commente mon confrère de Slate. 

Les femmes blanches autrices de bad buzz racistes sont, ces derniers temps, devenues la risée du pays.

Leur point commun ? Reprocher à personnes noires d’exister.

Une certaine Jennifer a appelé la police parce que deux hommes noirs faisaient un barbecue dans un parc… Une certaine Teresa a accusé un enfant noir de 9 ans d’attouchement sexuel… Une certaine Alison a pour sa part dénoncé une fillette noire qui vendait de l’eau devant sa maison… Et la première d’entre elles s’appelait Carolyn Bryant.

C’était en 1955, dans le Mississipi. Elle avait accusé un adolescent de 15 ans de l’avoir sifflée, touchée, et de lui avoir tenu des propos déplacés. Après cette dénonciation, le garçon, Emmett Till, avait été kidnappé, torturé puis tué d’une balle dans la tête par le mari de son accusatrice et son beau-frère. Jugés, les deux hommes ont été acquittés. Ce n’est que 62 ans plus tard que Carolyn Bryant reconnaîtra avoir menti. 

Ce weekend, Le Monde nous plonge également dans l’Histoire, avec la reproduction d’un article datant de 1937. Une pleine page publiée alors dans Paris-soir. C’était une enquête du correspondant du journal aux Etats-Unis dont le titre fait froid dans le dos.

« En 55 ans, 4 674 nègres ont été brûlés »

"Nègre" est le mot qu’on employait à l’époque. Dans cet article, le journaliste décrivait en détail les atrocités commises : meurtres par balle, flagellations, amputations, pendaisons… Des atrocités recensées par un dentiste noir rencontré dans l'Alabama. Il avait toutes les preuves, documents et archives 

Ces choses ne sont pas de la littérature : ces choses sont la réalité… Vous avez ici la preuve de l’incroyable sauvagerie des soi-disant civilisés. Quand je sors le matin, je ne sais jamais si je reviendrai le soir. 

Aujourd’hui encore, c’est ce que se disent de nombreux Américains. 

Le sujet continue de nourrir les journaux ce matin, notamment car environ 25 000 personnes ont défilé hier à travers l’Hexagone. C'est la une de Ouest France

« Dans la rue contre le racisme et les violences »

"Toujours du monde contre les violences policières", commente L’Echo Républicain. "Des manifs pour que ça change", précise La Provence. Mais que faire pour que ça change ? 

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Sibeth N’Diaye, porte-parole du gouvernement, préconise de "relancer de manière apaisée et constructive le débat sur les statistiques ethniques". Dans Le Parisien, son collègue Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement,  lui répond. 

Je pense que meilleure piste, ce sont les statistiques en fonction du lieu de l’habitation. C'est moins stigmatisant et c'est très performant.

Il appelle par ailleurs à "enlever le mot race de la Constitution", ainsi que le prévoit la réforme institutionnelle examinée l'an dernier. "Ce serait un signe symboliquement très fort."

De quelle manière le président de la République parlera-t-il de ce sujet-là ce soir ? Son visage s’affiche à la une du Parisien comme du Journal du Dimanche. "Macron à la relance", annonce le premier, tandis que le second titre : "Macron, le nouvel agenda". De l’avis des deux journaux, il ne se contentera pas de confirmer la fin du déconfinement dans le pays le 22 juin, mais devrait exposer également les grandes lignes des deux dernières années de son quinquennat. Unité de la Nation, crise économique… 

"Peut-on éviter une explosion du chômage des jeunes ?" s’interroge le Parisien. Des éléments de réponse dans l’édition du Monde. 

« La jeunesse victime de la crise économique »

Une jeunesse que le quotidien appelle "la génération Covid"… Des jeunes, précise le journal, qui arrivent sur le marché du travail alors que l’épidémie a provoqué une grave récession et une envolée du chômage, faisant voler leurs projets en éclats.

D’autres conséquences de cette pandémie sont à lire dans la presse. 

Conséquences psychologiques pour les parents contraints de télé-travailler tout en s’occupant de la scolarité de leurs enfants. Bon nombre d’entre eux seraient au bord du burnout, peut-on lire dans le Monde… Conséquences sentimentales : dans La Dépêche, on nous explique qu’à Toulouse, le nombre de divorces est en forte augmentation depuis le début du déconfinement… 

Ici et là, plus réjouissant, on nous raconte la réouverture des parcs d’attraction et puis, dans La République du Centre, on lit que les librairies, désormais, ne désemplissent pas… 

En fin, dans Le Parisien, il est question de cinéma : une nouvelle plongée dans l’histoire.

29 février 1940 : pour la première fois, la cérémonie des Oscars offre une récompense à une actrice noire

Hattie McDaniel, oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, le rôle de la nounou de Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent A cause des lois raciales en vigueur, le patron de l'hôtel qui accueille la cérémonie ne voulait pas d'elle dans la salle. Finalement, il accepte de faire une exception, mais la comédienne doit se mettre à l'écart, isolée à une table. Il en va de la réputation de l'établissement. 

Quand elle reçoit la statuette, Hattie McDaniel est évidemment très émue. 

C'est l'un des moments les plus heureux de ma vie. [...] J'espère que je serais toujours digne et ferai honneur à ma race et à l'industrie du cinéma. Mon cœur est trop plein pour vous dire ce que je ressens, sinon que je vous remercie. 

Durant sa carrière, Hattie McDaniel a interprété 95 personnages. Sur ces 95 rôles, 74 étaient des rôles domestiques... 

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