Julie était une élève brillante. Elle aimait les piercings – elle en avait un dans le nez. Elle aimait également se teindre les cheveux en rouge… Mais à l'âge de 20 ans, alors qu’elle était en deuxième année de prépa littéraire à Lille, elle a progressivement changé d’accoutrement. Des vêtements de plus en plus amples.

Julie s’est convertie à l’islam, et elle s’inscrit alors dans une université de Leipzig en Allemagne, pour suivre une double licence… Là-bas, elle fait la connaissance d’un jeune Allemand, Martin, récemment converti lui aussi… Ils se marient. Elle tombe enceinte et la suite, c’est Lydie, sa mère, qui la raconte.

A partir de ce moment-là, elle n’avait plus le droit de sortir, ni d’aller à la fac, ni de rencontrer d’autres hommes. Elle portait le niqab.

Lydie et Patrice Maninchedda habitent Libercourt dans le Pas-de-Calais. C’est dans les colonnes de LIBÉRATION qu’ils racontent le triste parcours de leur fille unique… Le signalement à la police quand ils découvrent que Julie vit désormais cloîtrée. La police, qui leur apprend que leur gendre appartient à une mouvance radicale et que, de ce fait, il a été placé sous surveillance… Surveillance bien fragile : en novembre 2014, il part, avec Julie et leurs fils pour Raqqa, le fief du groupe Etat Islamique en Syrie… 

En novembre 2014, Julie et son mari partent avec leur fils pour Raqqa, le fief du groupe Etat Islamique en Syrie.

Lydie, par téléphone et par mail, tente de convaincre Julie de rentrer en France. En vain. Julie rétorque qu’elle a peur de son mari, lequel ne cesse de grimper dans la hiérarchie de l’organisation terroriste… Un deuxième garçon naît, Amar, en 2016… Puis un troisième, Obeïda, en février 2018… Après quoi le couple se sépare. A Libercourt, on ne reçoit plus aucune nouvelles… Et puis, il y a deux semaines, Lydie Maninchedda reçoit un coup de fil qui lui apprend que sa fille a été retrouvée morte aux côtés de son nouveau mari et d’un nourrisson enroulé dans un tapis… Elle avait 26 ans. Et ses parents nourrissent des regrets éternels.

Mais ils ont décidé de mener un nouveau combat.

Retrouver leur fille, c’est trop tard, mais Lydie et Patrice Maninchedda veulent faire rapatrier leurs trois petits-enfants.

L’ainé, on ne sait pas où il est, mais les deux autres vivent aujourd’hui dans un camp du Kurdistan syrien, où sont entassés près de 1500 femmes et enfants étrangers… Luc Mathieu, le reporter de LIBÉRATION, nous explique qu’ils sont dans un état de santé très préoccupant… Leur père, lui, est emprisonné, après s’être rendu aux forces kurdes et arabes, et ce sont deux femmes djihadistes qui s’occupent d’Amar et Obeïda, orphelins français de DAECH… 

Le couple nordiste a l’intention de se battre pour les faire venir en France… 

Notre fille est morte. Ils sont tout ce qui nous reste…

Ils en appellent donc au président de la République, lui demandent de faire preuve de courage et d’humanité… Selon le Quai d’Orsay, 71 mineurs français sont actuellement en zone irako-syrienne. Si l'on en croit le journal, ces deux frères, les fils de Julie, seraient en danger de mort. Dans le même temps, l'heure est à la bataille décisive...

DAECH serait proche de la fin.

Du moins, d’un point de vue, disons, militaire… Un kilomètre carré : voilà désormais la surface du territoire du groupe Etat Islamique en Syrie… Quelques rues, quelques bâtiments du village d’Al-Baghouz, entre l’Euphrate et la frontière irakienne… A son apogée, le califat auto-proclamé faisait la taille du Royaume-Uni… Les derniers djihadistes sont encerclés, et la victoire des forces kurdo-arabes et des forces alliées serait imminente… « DAECH, les dernières heures du califat » titre à sa Une LIBÉRATION.

Curieux contraste avec la couverture du PARISIEN… Les richesses de la presse. 

Là, il est question de cinéma : un dossier sur la comédie _« Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? »_Les critiques ne sont pas toutes extraordinaires, c’est le moins qu’on puisse dire, et pourtant, le film cumule déjà 3 millions 600 000 spectateurs en deux semaines… Un succès révélateur de l’état d’esprit des Français, souligne le quotidien ; état d’esprit morose, un besoin de légèreté… 

« Dieu qu’il est bon de rire ! » 

C’est le titre à la Une, et le journal a questionné certains de ses lecteurs pour savoir ce qui les faisait rire actuellement… « Les pièces de Goldoni », répond une étudiante, qui a adoré la version de La Locandiera donnée à la Comédie Française… « Gad Elmaleh », répond de son côté Ahmed, tandis qu’Antoine, un étudiant de 19 ans, répond : « les Gilets jaunes »… 

A la télé, on nous les présente un jour comme des gentils et comme des méchants le lendemain… C’est très drôle à regarder… C’est un peu « Les feux de l’amour » à la française… 

Dessin de Rançon pour illustrer : dialogue entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe. « Nous avons grandement besoin de rire », souffle le premier. « J’en ai une excellente ! » lance le second : « Qu’est-ce qui est jaune et qui attend le weekend prochain ? »

Cela dit, il y en a que les Gilets jaune ne font plus rire du tout… 

Pour preuve, la Une de PARIS NORMANDIE… _« Mais où est l’issue ? »_se demande le journal, tandis que L’ARDENNAIS explique que les trois derniers mois ont pesé lourd, très lourd, notamment pour les commerçants… Un chiffre d’affaire en baisse de 40% dans les magasins de Charleville-Mézières… Même tonalité à la Une du FIGARO.

« Violences et blocages, cette France qui en a assez… » 

Avec la photo d’une voiture de police incendiée devant la Tour Eiffel… Après 14 semaines de manifestations, petits patrons et artisans expriment leur ras-le-bol face au jusqu’au-boutisme de certains Gilets jaune… Ras-le-bol également du journal, comme en témoigne l’édito d’Yves Thréard : « Maintenant, ça suffit ! » écrit-il…

Toujours sur le sujet, le HUFFINGTON POST nous rapporte des propos que certains trouveront sans doute doucereux, les propos de Brigitte Macron, hier, lors d’un déplacement avec Stéphane Bern dans la Meuse… 

Il faut que l’on se parle, qu’on se réconcilie, qu’on soit tous ensemble… On a un pays qui est beau, qui a une culture incroyable, une humanité incroyable et qui sait être généreux… Je voyage beaucoup et, chaque fois que je rentre, je me dis : le bonheur est là où je suis...

Soit, mais il y a quand même de nombreuses tensions çà et là… 

Dans LA DÉPÊCHE DU MIDI, on nous raconte les menaces reçues par Carole Delga, la présidente de la région Occitanie… Des menaces de mort, doublées de propos antisémites…

Dans INDÉPENDANT, une affaire de harcèlement sexuel à l’université de Perpignan… Un professeur est mis en cause dans une vidéo publiée par un responsable étudiant…

Autre violences dans LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES… A Tarbes, on s’inquiète des agressions sur les livreurs de pizzas. Menace à l’arme blanche pour quelques euros… 

Terriblement triste et magnifiquement joyeux...

Et puis j’en termine avec une note à la fois terriblement triste et magnifiquement joyeuse… C’est à la page 13 du MONDE… La rubrique "carnet"… Les annonces de naissances ou de décès… Là, ce sont des remerciements… 

Macha Méril et la famille de Michel Legrand vous remercient des nombreux messages de sympathie et de condoléances. La musique de Michel vivra éternellement. 

Oui, c’est vrai : regrets éternels… Mais la musique de Michel Legrand est, elle aussi, éternelle !

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