Les enfants sont formidables. C’est ce qu’on se dit à la lecture de Libération ce matin. Le journal leur consacre son dossier et sa Une, sous deux mots formant une question : "Libérés, délivrés ?" C’est un souffle d’optimisme qui se dégage de ces pages.

Les enfants face  la panémie de coronavirus
Les enfants face la panémie de coronavirus © Getty / Images By Tang Ming Tung

Certes, les enfants garderont peut-être des séquelles psychologiques des deux mois que nous venons de passer confinés. Et, bien sûr, tous n’ont pas vécu, et tous ne vivent pas les choses de la même façon. Les environnements, les logements, les climats divergent selon les familles. Climat plus ou moins anxiogène, plus ou moins rassurant. Mais globalement, qu’ils aient ou non repris le chemin de l’école, les petits semblent mieux supporter la crise sanitaire que leurs parents. Dans son éditorial, Christophe Israël apporte une première explication. 

Ce sont des spécialistes de l’adaptation. 

"Leur sociabilité est plus spontanée", écrit-il également. Et ils savent intégrer les nouvelles normes en en faisant parfois des jeux. Marion, une instit parisienne, dit avoir été bluffée par les élèves de sa classe.

Ils ont été au top pour respecter les gestes barrière. Ils ont des idées pour que ce soit plus rigolo, comme marcher dans les couloirs en tendant les bras comme des zombies, et ils sont hyper attentifs. 

Les plus jeunes savent développer comme une insouciance protectrice

C’est ce dont témoigne également Léa, enseignante en REP dans la région lyonnaise. Elle s’inquiétait pourtant du protocole très contraignant, mais aucun de ses CP ne s’en est plaint. Ils n’étaient que six cette semaine dans la classe, et une petite lui a même dit, à la fin de la première journée : "Le corona, c’est trop cool, parce qu’on a deux récré quand il est là !"

Même enthousiasme chez David, 10 ans, en CM2 à Lanester dans le Morbihan.

Rien ne m’a gêné quand je suis revenu à l’école, sauf qu’il faut tout le temps se laver les mains. Oui, ça, c’est un peu énervant. Mais, sinon, on a mangé un pique-nique en classe. Les sandwichs étaient super bons.

Les sandwichs, qui, pendant le confinement, ont été fortement délaissés par les Français.

Les achats du confinement à la loupe

Pour les sandwichs, une baisse des ventes de près de 70%, nous explique Le Parisien. Énorme chute aussi des ventes de maquillage, de produits coiffants, de chewing-gums, de bonbons, de champagne. A l’inverse, sans surprise, on a observé une explosion des ventes de gants de ménage, de savon, d’accessoires de parapharmacie, de sachets de levure et de paquets de farine. 

La farine, bien sûr, car, comme on peut le lire sur Slate, la réclusion à domicile et la peur du virus ont évidemment modifié nos façons de faire les courses et de faire la cuisine. Aux fourneaux, pendant huit semaines, on va vu naître des vocations, et selon Daphnée Leportois, qui signe l’article, il est probable qu’il n’y aura pas de « retour à la normale » en masse. Autrement dit, il est probable que les confinés qui se sont mis à cuisiner continuent de le faire même déconfinés.  

Sur le site, lisez également le savoureux billet de Laurent Sagalovitsch, qui raconte sa découverte de la vie masquée.

Non mais franchement, est-ce que j'ai une tête à porter un masque ?

En tout cas, il a bien du mal à supporter ce tout nouvel accessoire. 

Moi, au bout de deux minutes, j’ai déjà envie de m’étrangler. Au bout de cinq, je suis blanc comme un cierge de Pâques, et dix minutes plus tard, me voilà titubant au milieu du trottoir le regard hagard, la bouche sèche, les joues blêmes.

Dès lors, pour lui, la seule méthode à adopter, c’est celle du fameux psychologue Emile Coué : se persuader qu’avec un masque, on est irrésistible. Et voilà ce que ça donne : 

Je me trouve un charme fou avec ces yeux mystérieux qui émergent de mon visage camouflé. L’arête prononcée de mon nez lui confère une apparence d’autorité. J’ai l’air martial, presque bestial, infiniment animal. On dirait Delon dans ‘Le Samouraï’.

Voilà, si vous rechignez à porter un masque, vous savez ce qui vous reste à faire : persuadez-vous qu’avec, vous êtes magnifique.

Et c’est donc masqués que certains profiteront du weekend. 

« Un weekend tant attendu »

C’est le titre en une de Ouest France. Un "premier weekend de liberté", titre de son côté L’Est Éclair, tandis La Charente Libre tempère, en évoquant un "premier weekend de semi-liberté". Partout, vous trouverez des appels à la prudence et, dans Le Parisien, un appel au respect, car il va maintenant falloir apprendre à vivre ou revivre avec la nature. Beaucoup de citadins vont redécouvrir les forêts, la campagne et les plages. Des lieux où faune et flore ont reconquis de l’espace. N’effrayez pas les animaux. Restez sur les sentiers et ne vous enfoncez pas trop dans les sous-bois. Bref, comportez-vous bien. 

Mais, comme le relève l'édito du Figaro, les Français, globalement, se sont bien comportés pendant le confinement, et bien comportés aussi durant cette première semaine de déconfinement.

Les procureurs numériques tenaient pourtant leur smartphone en joue : ils allaient souligner l’inconséquence du peuple ! Raté ! Nous vîmes des saluts distanciés, des mains régulièrement nettoyées. Et quelques grappes de jeunes gens le long du canal Saint-Martin n’aboliront pas cette impression favorable d’un pays qui se maîtrise. 

Et un pays qui reprend vie, qui "redémarre lentement mais sereinement", dans les transports et au travail. Prudence et optimisme, donc, ici encore.  Cela dit, tout n’est pas rose dans la presse ce matin. On perçoit toujours çà et là de réelles inquiétudes.  

La crainte d'une deuxième vague de contamination

Sur le site Les Jours, le chef des urgences de Colmar redoute ainsi les premiers effets du déconfinement.

Ce weekend va être décisif. S’il y a une recrudescence qui doit apparaître, c’est là que ça va commencer, entre le 4e et le 9e jour.

Dans la presse alsacienne, on nous parle d’ailleurs de plusieurs patients de Colmar qui ont guéri du coronavirus après avoir été transportés dans des hôpitaux à des centaines de kilomètres. "Survivants : quand le cauchemar continue" titre L’Alsace. Ce qui donne, dans Les DNA : "Ces rêves noirs qui hantent les survivants". Récits de trois d’entre eux, qui racontent donc leurs nuits tourmentées de cauchemars morbides. Un groupe de parole a été créé pour les malades évacués de la région. 

Autre crainte dans L’Express où, cette fois, on nous explique que la deuxième vague pourrait surtout survenir dans les cabinets d’addictologie : à la faveur du confinement, de nombreuses personnes pourraient avoir sombré dans l’alcoolisme… 

Ceci, bien sûr, ne concerne pas les enfants. On revient à Libération, avec le témoignage de Janna, 10 ans, en CM2 à Paris, qui nous raconte donc son retour en classe cette semaine. 

Je n'aurais jamais imaginé l'école comme ça. J'étais déçue de ne pas pouvoir faire de câlins à mes amis et de ne pas pouvoir jouer à chat. Mais c'est un peu drôle parce que c'est un peu comme un défi. Moi, quand on me donne un défi, je le relève. 

Les enfants sont vraiment formidables. 

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