Dans le hall d’un immeuble parisien, un habitant a scotché une affichette au début de la semaine. Juste une phrase à destination de ses voisins : "Après huit semaines de calvaire au cours desquelles nous avons dû subir votre musique tonitruante tous les soirs, maintenant, s’il-vous-plaît, épargnez-nous !"

Les petites mesquineries de la grande pandémie
Les petites mesquineries de la grande pandémie © Getty / RubberBall Productions

Cet appel au silence est rapporté dans Le Monde par Guillemette Faure qui, de sa plume alerte, détaille les petites mesquineries provoquées par la grande pandémie. Car, si la crise sanitaire a su générer chez certains de beaux, très beaux élans de solidarité, elle en a aussi poussé d’autres à grogner toute la sainte journée, en distribuant les mauvais points au nom d’un prétendu civisme. 

C’est ainsi qu’on s’est offusqué de tous les promeneurs inconscients, tout en s’offusquant des très vilains dénonciateurs de promeneurs.  On a également conspué ceux qui faisaient leurs courses trop souvent, au risque de contaminer les caissières, et conspué, dans le même temps, ceux qui choisissaient de se faire livrer à domicile, au risque de contaminer les livreurs. La journaliste résume. 

Pendant 55 jours, on s’est autorisé à juger les autres sur leur manque de respect des règles de confinement, tout en s’autorisant soi-même des dérogations pas toujours justifiées. 

La semaine dernière, sur le site de L’Obs, on lisait d’ailleurs que certains avaient perdu des amis durant la période. A cause de profonds désaccords sur la moralité de tel ou tel comportement. Vous êtes partis vous confiner à la campagne ? Mais, voyons, c’est très mal ! Vous avez fait un apéro dans votre cour ? Et, en plus, deux heures de footing ? Mais, voyons, c’est très mal ! 

Alors, après nous être tellement énervés, "nous reste-t-il encore de la méchanceté à revendre ?" s’interroge l’article du Monde. La réponse est "oui". Désormais, on rouspète contre ceux qui touchent leurs masques, ceux qui les jettent par terre, ou ceux qui se bousculent pour aller acheter des fringues chez Zara. Et on va jusqu’à mettre une affichette dans le hall, pour exiger de ses voisins qu’ils arrêtent avec leur musique. Ce papier, finalement, nous raconte les limites de la fraternité. 

Ce matin, Le Parisien nous parle également de musique. Une musique sous-marine. 

Le chant des cachalots

Ces dernières semaines, on a pu le percevoir assez distinctement, ce chant. Parce qu’avec l’arrêt de la pêche, les plaisanciers à quai, le ralentissement du transport en conteneurs, la mise en sourdine des sonars des bateaux militaires, les mers et les océans ont retrouvé le silence… Le fameux monde du silence. Dans le journal, on lit la joie de plusieurs scientifiques, biologistes marins.

D’habitude, nous captons les chants de cachalots comme au travers d’une radio brouillée par le bruit infernal des navires. Là, on assiste à un concert dans des conditions acoustiques parfaites !

Et pour les animaux marins, ce retour au silence fut par ailleurs, disent-ils, comme une libération. Ils rappellent que la pollution sonore sous-marine provoque un stress terrible, des blessures, des tympans percés, et parfois, même la mort : des échouages de baleines perturbées par des signaux qui les font fuir. 

Avec le déconfinement, réapparaîtra donc le bruit. Sur la terre, comme sous l'eau. 

On parle également du personnel soignant dans la presse. Ce personnel pour qui on a fait du bruit chaque soir à 20 heures aux fenêtres pendant deux mois.

A Paris, une indemnité Covid-19 de 3,09 euros par jour

3,09 euros par jour pour les soignants de l’APHP. C’est Le Journal Du Dimanche qui nous donne ce chiffre. Et au CHU de Poitiers, la prime gouvernementale n’atteindra finalement que 500 euros, au lieu des 1 500 euros attendus par le personnel, sachant que ceux qui ne travaillent pas en service Covid ne toucheront rien du tout, "alors qu’ils ont dû absorber le reste de l’activité", se désole Céline Laville, qui préside la Coordination Nationale des Infirmières. 

L’article évoque donc "le grand malaise des infirmiers". On en compte 700 000 en France, et si la plupart se disent aujourd’hui épuisés, ils sont surtout lassés du manque de considération. Lassitude dont témoigne Virginie Schlier, responsable à l'institut de formation en soins infirmiers de Colmar.

On n’est pas des soldats, je ne fais pas la guerre. Les médailles en chocolat, je n’en ai pas besoin. Je veux juste qu’on reconnaisse mes compétences. 

Une reconnaissance financière. Les infirmiers français gagnent en moyenne 6 000 euros de moins par an que leurs collègues de l’Union Européenne. Le ministre de la Santé promet de s’attaquer au sujet. Il le dit dans l'hebdomadaire. 

Hôpitaux : ce que promet Olivier Véran

D'ici l'été, il veut ainsi présenter un nouveau plan pour l’hôpital, qui permettra notamment d’améliorer les rémunérations des salariés, pour que celles-ci correspondent au moins à la moyenne européenne. 

D’après le syndicat des professionnels infirmiers, 30% des jeunes abandonnent le métier dans les cinq ans suivant l’obtention de leur diplôme. Et bon nombre de ceux qui ont été mobilisés sur la crise sanitaire envisagent déjà de changer de carrière.

On parle aussi de carrière et de crise dans Le Parisien, avec un entretien croisé du patron du Medef et du secrétaire général de la CFDT… Télétravail, chômage, relance, salaires : comment faire face aux périls économiques ? Les deux hommes se rejoignent sur la nécessité d’innover pour préserver l’emploi. En revanche, ils divergent sur la question du partage des richesses. Laurent Berger réclame un effort plus important des plus aisés. Geoffroy Roux de Bézieux rétorque qu’un impôt des riches, comme l’impôt sur la fortune, ne serait qu’un symbole sans effet. 

Ce dimanche, toute la presse revient par ailleurs sur le premier samedi de déconfinement, journée qui a permis à de nombreux Français de prendre enfin "un grand bol d’air", comme le titrent Sud Ouest et La Montagne ce matin. Retourner en forêt, retourner sur les plages... Mais retourner dans les mosquées, les synagogues et les églises, ça ne pourra se faire officiellement qu'à partir du 2 juin. 

La délicate reprise des offices religieux

La date du 2 juin, c'est le gouvernement qui l'a décidée. Mais elle pourrait être avancée selon l’évolution de la situation sanitaire du pays. Du reste, certains, çà et là, ont trouvé la parade, comme le père Stéphane Palaz, le curé de la paroisse de Ménilmontant qu'a rencontré Le Parisien. Les fidèles de son église ont déjà pu retrouver les bancs de Notre-Dame-De-La-Croix.

C’est comme au théâtre. Ceux qui veulent participer doivent réserver via une plate-forme sur internet, et ils se présentent ensuite devant l'église en montrant leur smartphone, c’est assez drôle. 

Depuis lundi dernier, il célèbre plusieurs offices par jour, dans la limite des dix personnes, et ce, malgré la directive du gouvernement. 

On peut se réunir à dix personnes partout, sauf dans les églises, c'est incohérent. Ici, j'ai 500 places et 3 200 m², on fait les choses en toute sécurité, en respectant les gestes barrières.

Ne lui jetons pas la pierre. Réécoutons plutôt le chant des cachalots… 

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