Quel est le point commun entre Ashley, étudiante galloise de 21 ans, Kjell, vendeur norvégien de 42 ans, et Alexandra, météorologue russe de 51 ans ?

Eh bien ce sont tous les trois des bagarreurs anonymes sur internet, des trolls comme on les appelle.

Du genre à poster des messages tels que "Voter pour Hillary Clinton, c'est tuer ses propres enfants, je suis prêt à la guerre civile si cette hmmmhmmmhmmm remporte l'élection" - remplacez hmmmhmmmhmmm par l'insulte de votre choix - ou encore "Cette hmmmhmmmhmmm m'a vraiment énervée, va te faire hmmmhmmmhmmm, espèce de grosse hmmmhmmmhmmm". Bref, des partisans d'un langage fleuri, des provocations et des insultes.

Et qui s'affichent, une fois n'est pas coutume, visage découvert en une de Society. Le bimensuel fait état du travail d'un photographe norvégien, Kyrre Lien, qui a parcouru le monde pendant trois ans pour aller à la rencontre de ces trolls, il en tire une dizaine de portraits de ces internautes qui passent plusieurs heures par jour sur internet, prêts à toutes les outrances pour attirer l'attention sur des causes qui leur sont chères, sur un spectre allant de la défense des animaux et de l'environnement à la lutte contre l'immigration et la défense du port d'arme. Des portraits suivis par un entretien avec un journaliste gallois, Jon Ronson, qui vient de publier un livre relatant les expériences traumatisantes vécues par les victimes d'humiliations publiques, et bien sûr anonymes, sur les réseaux sociaux, une violence dont il est parfois lui-même victime, et à la question. 

"Pensez-vous que les humains sont plus sympas dans la vraie vie que sur internet ?", il répond : "La plupart du temps, quand je rencontre des personnes qui sont très dures avec moi sur Twitter, elles commencent par s'excuser. Je compare cela aux pilotes de drones, ces soldats américains assis au Texas qui appuient sur un bouton, pour faire exploser un village en Afghanistan. On peut commettre des actes de cruauté sur internet que l'on ne ferait pas dans la vraie vie, parce qu'on se sent comme ces pilotes de drones, on ne regarde pas les visages de ceux que l'on détruit".

En Europe centrale, plus besoin d'anonymat : l'antisémitisme se vit à visage découvert.

C'est le dossier en une du monde ce week-end. L'Autriche, où des membres du FPÖ, parti de la coalition au pouvoir, portent des tee-shirts nazis et se plaisent à citer Hitler ; l'Allemagne, où les incidents contre les juifs se multiplient, 947 en 2017, presque deux fois plus que l'année précédente ; où la Pologne, avec ces deux scènes sidérantes, rapportées par le correspondant du journal du soir à Varsovie. 

Celle de ce moment de malaise, sur le plateau de la chaîne publique d'info continue, quand la présentatrice se rend compte que le bandeau défilant à l'écran, qui retranscrit des messages des téléspectateurs, affiche des mots tels que "Pourquoi personne ne veut contrôler l’afflux de juifs ? C’est une pire plaie que les islamistes et les communistes réunis", ou encore "Les juifs ont montré leur vrai visage : l’industrie de l’Holocauste leur sert à extorquer des millions de créances imaginaires à la Pologne". L'oeuvre, probablement, de ces fameux trolls, mais validée par une personne en régie. Des messages immédiatement condamnés par les présentateurs, mais le mal était fait, en pleine journée mondiale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. 

Et puis ces plaisanteries, si l'on peut dire, échangées en direct par le directeur de la deuxième chaîne publique et un publiciste vedette de la presse ultraconservatrice, des plaisanteries sur les chambres à gaz et sur ces juifs qui ont "assisté" les nazis autour des fours crématoires. L’affaire a fait scandale. Le directeur s’est excusé. Pas le journaliste.

A la une encore ce matin, les sorts différents réservés aux Macronistes qui se mettent en lumière.

Avec ce long portrait de Marlène Schiappa, la secrétaire d'état à l'Egalité, c'est dans Challenges, une trentenaire pleine d'aplomb, décrit la journaliste Anne-Marie Rocco, omniprésente dans les médias depuis le début du quinquennat, clivante, elle agace ou séduit, et s'exprime dès qu'on parle de droit des femmes, parfois au prix de grosses bourdes, mais qui est récompensée de son exposition médiatique, puisque le portefeuille dont elle a la charge, l'égalité hommes femmes, est devenu grande cause du quinquennat Macron. A l'inverse, il ne fait pas bon être une tête qui dépasse chez les députés de la République en Marche : l'élu de la Vienne, Jean-Michel Clément, est sous le coup d'une exclusion du groupe parlementaire, apprend-on en page 5 du Parisien, menacé d'exclusion après avoir annoncé qu'il voterait contre la loi "Asile et immigration" du gouvernement. D'autres députés potentiellement frondeurs pourraient subir le même sort.

Même chose pour la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, à qui la mise en lumière de son travail a été fatale, elle qui enquêtait sur la corruption au sein du pouvoir politique sur l'île a été tuée dans l'explosion de sa voiture, en octobre dernier. Mais depuis, relève Pascal Coquis dans les Dernières Nouvelles d'Alsace, 45 journalistes, issus de 18 médias européens, ont repris les dossiers de la reporter maltaise, avec des premiers résultats dévastateurs, y compris pour le pouvoir en place. Le message est clair, lit-on dans les DNA, assassinez un journaliste et deux, dix, cinquante autres prendront le relais.

Pourtant, il fait parfois bon sortir du placard !

C'est ce qui transparaît à la une de Libération et de La Croix ce matin, les deux quotidiens célèbrent, à leur manière, les cinq ans de la loi Taubira sur le mariage pour tous. "Vive les marié(e)s" titre le quotidien de gauche, qui estime que l'union homosexuelle s'est installée dans le paysage français et ne choque plus grand monde. "Personne", écrit laurent joffrin dans son édito, "ne songe à revenir en arrière, aucun élu, aucun leader ne le demande. Cette évolution réconfortante porte un nom désuet : le progrès".

Le quotidien catholique s'orne en une d'un immense drapeau arc en ciel, et consacre un dossier de six pages à la place que l'église veut réserver aux homosexuels. Dossier qui commence par cet article, "La porte s'entrouvre", où l'on relate ces témoignages venus de Lille, de Nantes et de Saint-Etienne, témoignages de laïcs, solidement engagés dans la vie de leur paroisse, et déchargés du jour au lendemain de leurs responsabilités, ostracisés par d'autres paroissiens, ou assassinés en règle par le curé après avoir révélé leur homosexualité, mais où l'on apprend que depuis cinq ans, de nombreux diocèses, comme celui de Créteil, ont créé, face aux divisions nées dans les paroisses lors du débat parlementaire, des groupes de paroles pour témoigner "d'une présence fraternelle de l'Eglise". 

"La première année", raconte celui qui en est chargé à Créteil, "nous l'avons passée à nous découvrir, à écouter les blessures de chacun, et à panser nos plaies. Cette année s'est terminée par une marche au cours de laquelle l'évêque a dit aux participants qu'ils font partie du corps du Christ. Certains, qui n'avaient pas entendu cette parole depuis longtemps, en ont pleuré..."

Que la lumière soit !

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