Il peut arriver que certaines personnes nous cassent les oreilles… Ou qu’elles nous cassent les pieds. On dit ça : "Tu me casses les pieds !" Voire "Tu me casses les roubignoles !", mais c’est bien moins élégant… Il peut également arriver qu’on se casse la voix. Ce qui, pour autant, n’empêche pas de casser la croûte...

De ceux qui médisent, on dit qu’ils cassent du sucre sur le dos des gens. Des commerçants qui soldent, on dit qu’ils cassent les prix. Et, depuis quelques temps, une nouvelle expression semble s’être installée dans notre langage médiatique : la formule « casser les codes »… « Une tarte à la crème supposée faire son petit effet », souligne Jean-Michel Normand dans M, LE MAGAZINE DU MONDE… 

Pour donner du lustre à une initiative, voilà le moyen imparable : expliquer que l’on casse les codes ! C’est un signe de modernité qui ne saurait tromper.

Marlène Shiappa qui se rend chez Cyril Hanouna ? Non, ce n’est pas un coup de communication : elle veut « casser les codes ». 

Les partis qui choisissent de parfaits inconnus comme têtes de liste pour les élections européennes ? Non, ce n’est pas parce que personne d’autre ne veut y aller : c’est, dit-on, pour « casser les codes »… 

Cela étant, note le chroniqueur, « lorsque défier la norme devient progressivement la norme, on n’est pas loin de l’entourloupe » ... A bien y réfléchir, on ne peut que lui donner raison.

Et c’est d’ailleurs une femme dont on dit qu’elle « casse les codes » qui fait la Une du supplément des ECHOS.

Qui est vraiment Lady Gaga ?

C’est précisément parce qu’elle a « cassé les codes » qu’elle s’est imposée dans un milieu pourtant toujours dominé par les hommes… Lady Gaga, chanteuse et actrice qui a déjà vendu plus de 30 millions d’albums, et chez elle, c’est le style qui a d’abord fait la star. Surprendre, choquer avec des accoutrements très carnavalesques… Faire dans l’extravagance, c’était cela son credo, mais dorénavant, comme l’écrit Henri Gibier dans son édito, « son talent n’a plus besoin de s’effacer au profit de l’originalité à tout prix »

Avec sa performance dans le film A Star is Born, Lady Gaga a finalement réussi à revenir dans les codes, à se « standardiser »… Au point qu’elle est nommée aux Oscars dans la catégorie des meilleures actrices.

Le film est lui-même nommé dans 7 catégories. Si vous ne l’avez pas vu, c’est l’histoire de la descente aux enfers d’un chanteur de country oublié, amoureux, alcoolique, qui finit par se suicider… Film encensé par la critique, mais qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur certains spectateurs. C’est ce que l’on peut lire sur le HUFFINGTON POST.

A star is born peut-il vraiment déclencher des suicides ? 

On découvre plusieurs témoignages qui vont dans ce sens… Voir à l’écran un homme qui se suicide aurait incité des spectateurs dépressifs à suivre son exemple ou, du moins, ça leur a mis l’idée du suicide dans la tête. Un effet de contagion qu’en psychologie, on nomme "l’effet Werther". Quand les images font l’effet d’un détonateur. 

Le film casse le moral de ceux qui ne l’avaient déjà plus.

Mais un long-métrage peut avoir aussi des conséquences moins dramatiques, et encore plus inattendues, ainsi qu'on peut le lire sur le site BRAIN. Si vous voulez rire franchement, je vous conseille ce papier signé Félix Lemaître. Il raconte une projection d’Alien Crystal Palace, de la toujours très déjantée Arielle Dombasle. Une avant-première dans un cinéma du VIème arrondissement de Paris, avec une foule de gens hyper snobes dans la salle… Des acteurs, des actrices et des journalistes. Et voilà, en résumé, le propos de mon confrère : il a trouvé le film affreusement mauvais, il l’écrit de façon très drôle, un navet affligeant, et ce qu’il a trouvé bien plus insupportable encore, c’est le comportement emprunté de cette faune bourgeoise hautaine et méprisante. Tout cela a réveillé sa conscience de classe, l’envie de promener la tête de ces people au bout d’une pique… Le titre dit tout. 

« Comment le film d’Arielle Dombasle m’a transformé… en Gilet jaune. »

Et il en est encore question, ce matin, des Gilets jaunes dans la presse. Comme tous les dimanches depuis maintenant 15 semaines. « Une marée jaune à Épinal », commente VOSGES MATIN… Ils étaient « 1500 à Lille », commente LA VOIX DU NORD, tandis que PRESSE OCÉAN se félicite qu’à Nantes, il n’y a, cette fois, pas eu de "casse". 

Les journaux évoquent également le salon de l’agriculture. Honneur aux femmes ce matin : un tiers des agriculteurs sont des agricultrices. Et elles en sont fières, nous explique L’UNION, LA DÉPÊCHE DU DIMANCHE racontant de son côté la visite du président de la République… Plus de 14 heures au salon. On le voit une biquette dans les bras. « Macron trace son sillon », commente le quotidien…

Deux de ses ministres font d'ailleurs la Une ce matin.

Jean-Michel Blanquer à la Une du PARISIEN.

Dans LE PARISIEN, vous lirez une interview du ministre celui de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, sur à peu près tous les sujets : la crise qui secoue le pays, ses projets pour la maternelle et ceux pour le lycée, ce qu’il pense du chef de l’Etat – évidemment du bien, et ses ambitions politiques – il est très heureux à son poste… Il explique notamment sa décision de faire entrer dans les classes la Marseillaise et le drapeau tricolores. « Non, ce n’est pas réac », dit-il, précisant que la présence des grands symboles de la République permettra de renforcer le civisme des élèves. 

Il assure également que l’Education nationale n’est plus « un mammouth », comme l’avait qualifiée Claude Allègre ; plutôt, je cite, « un être agile d’un million de personnes qui fait preuve de souplesse dès que cela a du sens »… C’est ce qui s’appelle brosser les enseignants dans le sens du poil. Et puis on apprend par ailleurs que sur la table basse de son bureau au ministère trône un exemplaire de la revue PICSOU MAGAZINE. Je ne sais qu'en penser...

Jacqueline Gourault à la Une du JOURNAL DU DIMANCHE.

L’autre ministre à la Une, c’est celle de la Cohésion des territoires. Sa photo pleine page en couverture du JDD, avec cette fois, une interview un peu plus détonante. « Impôts sur le revenu : et si on faisait payer tout le monde ? » C’est ce que suggère Jacqueline Gourault : que les 53% de Français qui, pour l’heure, ne paient pas l’impôt sur le revenu, y soient assujettis à la hauteur de leurs moyens, « même de manière très symbolique – un euro », précise-t-elle, en indiquant que cela permettrait de recréer le lien entre citoyen et impôt… On imagine que ces propos provoqueront quelques réactions. Sans doute expliquera-t-elle alors qu’elle avait pour projet de « casser les codes »…

Pour le reste, on notera l’émotion de LA PROVENCE : envie palpable de casser la gueule des organisateurs des prochains Jeux Olympiques… La pétanque a encore été retoquée… Elle ne deviendra pas discipline olympique… Une offense faite au Sud, selon le journal.

« Les JO perdent la boule ! »

Les rugbymen français, eux, n’ont pas cassé la baraque, mais se sont tout de même imposés, hier, face à l’Ecosse… Victoire 27 à 10. Ils sont montrés moins mauvais que lors de leurs précédentes rencontres. « Un coin de ciel bleu », se réjouit ce matin L’Equipe.

Enfin, LE JDD rend hommage à un homme qui vient de casser… sa pipe : le réalisateur américain Stanley Donen… Il avait 94 ans, et il était l’un des maîtres de la comédie musicale : Fred Astaire sur les murs et au plafond d’une chambre d’hôtel dans Mariage Royal, ou encore son chef d’œuvre, Chantons sous la pluie… 

Pleurons sous la pluie...

C'est le titre du journal... Pleurer sous la pluie, c'est très conventionnel. Chanter sous la pluie, c'est bien plus insolite... Là encore, c'est une jolie manière de « casser les codes ». 

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