Quand on fait de la radio, il y a une chose que l’on redoute et que l’on évite à tout prix: cette chose, c’est le silence. Bien sûr, il y en est de très beaux, des silences, dans les interviews. Silences de réflexion, silences d’émotion. Et des silences gênés, en famille, quand l'enfant demande si le Père Noël existe !

Mais au beau milieu d’une chronique, un journaliste qui s’arrête sans même finir sa… phrase. L’auditeur s’agace, tape sur son transistor, vérifie qu’il est bien branché. Le silence, c’est inquiétant. D’où l’expression "réduire quelqu’un au silence" : l’empêcher de parler et d’exprimer ses opinions. 

Exemple en Iran. Pendant plusieurs jours, les autorités iraniennes ont coupé les connexions Internet ; façon d’isoler le peuple pour mater, dans le silence, la révolte en cours. Révolte déclenchée par une hausse de 50% des prix des carburants. Mais, plus largement, c’est à la République islamique dans son entier que les manifestants souhaitaient dire leur opposition. Le sujet fait la Une du MONDE.

Iran : le régime se maintient au prix d’un bain de sang

Bain de sang qu’on a découvert une fois qu’Internet a été rétabli dans une partie du pays. Une répression inédite par sa violence : au moins 150 morts, selon un bilan provisoire d’Amnesty International. Et 4000 arrestations, peut-on lire sur MEDIAPART.  

Trois mots.

Nous sommes vivants.

C’est le premier message que les Iraniens envoient habituellement à leurs proches après un tremblement de terre, note Jean-Pierre Perrin. Or, ce "Je suis vivant" est devenu le message de la plupart des internautes iraniens à l’instant où ils retrouvent une connexion. Des vidéos ont commencé à circuler. Et ce qu’elles montrent ressemble à un état de siège : les "Gardiens de la révolution", l’armée du régime, ont pris le contrôle des carrefours des grandes villes

Les images montrent également ce que furent les derniers jours. Des snipers tirant sur les manifestants depuis les toits. Les autorités ne font pas mystère de leur intention de châtier durement les contestataires. Des juges "spéciaux" vont venir renforcer ceux des tribunaux. Répression féroce en vue. Les leaders de cette révolte populaire seront punis par pendaison.   

Il y a d’ailleurs d’autres silences inquiétants dans la presse. Le silence d’un homme, qui vivait avec sa mère à Mont-Saint-Aignan près de Rouen. Histoire sidérante dans PARIS NORMANDIE.

Il était mort dans sa baignoire depuis six ans

Six années que ses voisins ne le voyaient plus. Ils pensaient qu’il s’était installé ailleurs. Il n’avait pas l’air très normal. Sa mère non plus d’ailleurs. Plus toute sa tête, la vieille dame. Une femme dont le centre communal d’action sociale n’avait plus de nouvelle non plus depuis quelque temps. Maison fermée, volets fermés. 

Vendredi, les sapeurs-pompiers sont allés voir. L’octogénaire était tombée. Au sol, dans l’entrée. Et à l’étage, ils ont découvert le corps d’un homme momifié dans la baignoire. L’homme dont on pensait qu’il était parti vivre ailleurs. Depuis six ans, la vieille dame conservait ainsi le corps de son fils ans la salle de bain. 

Autre affaire à la Une du JOURNAL DU DIMANCHE. 

Et là encore, des silences qui interrogent.

Chirurgien pédophile : révélations sur un scandale

C’est « l’affaire Joël Le Scouarnec », ce chirurgien suspecté d’avoir agressé au moins 250 jeunes patients. Et le scandale que révèle l’hebdomadaire tient au fait qu’il a profité du silence de certains de ses collègues et de ses proches. Le silence de certains collègues, le silence de certains proches qui étaient au courant de sa condamnation en 2015. Condamnation pour visionnage d’images pédophiles. Quatre mois de prison avec sursis, 90 euros d’amende. Sans obligation de soin. 

Dans les carnets intimes du chirurgien, on découvre qu’il aurait pu faire des victimes dans une vingtaine d’hôpitaux. Hôpitaux où certains avaient eu vent de ses penchants. Et il écrit que sa femme savait qu’il était pédophile. 

Sa sœur également. Depuis l’année 1999, quand l’une de ses filles lui a confié que son oncle avait abusé d’elle. Désormais, elle s’en veut de ne pas avoir parlé.

C’est une erreur énorme. J’aurais dû porter plainte et je me sens coupable de toutes les victimes après 1999. A l’époque, la parole n’avait pas encore été libérée.

Elle a 66 ans et sanglote. 

Sur les violences faites aux femmes, en revanche, la parole s’est maintenant libérée. Et toute la presse revient sur les manifestations d’hier. Au moins 49 000 personnes à Paris, mais également plus de 2 000 à Strasbourg, comme le relève L’ALSACE, et plus de 2 000 aussi à Lille, relève NORD ÉCLAIR.

Contre les violences faites aux femmes, une déferlante violette

C’est le titre du COURRIER PICARD. Ce qui donne une "une marée violette" dans L’EST ÉCLAIR. Des rassemblements à l’avant-veille de la clôture du Grenelle organisé sur le sujet. Demain, on attend des annonces du gouvernement. Sachant que dans ces histoires, il y en a souvent auxquels on ne fait pas assez attention. "Féminicides, les enfants victimes oubliés des homicides conjugaux." 

Des témoignages, poignants, à lire ce dimanche dans LE MONDE. En 2018, 82 enfants sont devenus orphelins à la suite d’un homicide conjugal. Près de 60 étaient présents lors du meurtre. La plupart ne sont pas suivis. On ne s’occupe pas de leur traumatisme. Dans le passé, il en est même auxquels on a conseillé de se taire. Silence sur le drame. Dire, par exemple, que leur mère est morte dans un accident de voiture....

Enfin, c’est toujours dans LE MONDE : un passionnant entretien avec Pierre Soulages, peintre connu pour son usage des reflets de la couleur noire, ce "noir-lumière", cet "outrenoir" singulier. 

A bientôt 100 ans, Pierre Soulages a toujours autant de plaisir à peindre

Il sera centenaire en décembre et évoque justement sa mère et l’étonnement de celle-ci la première fois qu’elle l’a vu peindre uniquement à l’encre noire. 

Que dessines-tu ?

Réponse de l'enfant.

Je dessine de la neige.

C’est silencieux, la neige… Espérons, pour les enfants, qu’il y en aura à Noël.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.