Ce matin, entre les dossiers sur les Européennes et les Unes sur l'explosion au colis piégé à Lyon, on trouve de nombreux drames familiaux : des pères divorcés privés de leurs enfants, des enfants battus et un retraité qui a tenté de tuer sa femme. La presse nous donne aussi ses pronostics pour le palmarès de Cannes.

Violence domestique
Violence domestique © Getty / funky-data

Parfois, on a du mal à croire ce qu’on lit dans la presse… On se dit : "Non, c’est pas possible…" On se dit : "Non, ceci n’a pas pu arriver…". Et c’est ce que j’ai pensé, ce matin, en découvrant ce titre en Une du Télégramme.

« Bretagne. Il électrifie sa femme pour des mots croisés incomplets »

Première réaction : « électrifier sa femme », comment un homme peut-il faire cela ? Et ne devrait-on pas plutôt dire "électrocuter" ?

Deuxième réaction : comment un homme peut-il faire cela pour une histoire de mots croisés ? 

Troisième réaction : comment un journal peut-il nous raconter l’histoire sans préciser qu’il s’agit ici d’une tentative de meurtre ? 

Sans doute parce que cela est sous-entendu… Certes, mais ça ne coûte pas grand-chose de l’écrire, sachant que, depuis le début de l’année, déjà plus de 50 femmes ont été tuées en France par leur compagnon ou leur ex… Le 12 mai, c’était une jeune femme de 22 ans, battue à mort à Lyon… Le 5 mai, c’était une sexagénaire poignardée en Gironde ; 40 coups de couteau… Début avril, c’était Dalila, 50 ans, abattue par son mari d’un coup de pistolet dans le Var.

Chaque fois, on nous donne les détails. C’est ce qui fait la singularité des faits divers, même si, au fond, toutes les histoires se ressemblent : ce sont des hommes qui tuent leur femme, ou qui tentent de les tuer, comme dans l’affaire dont se fait l’écho Le Télégramme… Il s’agit ici d’un retraité de 79 ans, incarcéré hier à Brest dans l’attente de son procès… Mardi, près de Quimper, à Ergué-Gabéric, il a donc, je cite l’article, "électrifié son épouse avec un câble de 220 volts". Le tort de cette dernière, et je cite toujours : "ne pas avoir réussi les mots croisés du jour"… Il l’aurait également frappée avec une latte en bois. La femme, à cette heure, est toujours hospitalisée… "Et les déclarations de la victime sont effroyables", a assuré le procureur, qui évoque des actes "de torture et de barbarie"… 

Cela étant, elle n’a pour l’instant pas porté plainte. Avec son agresseur, ils sont mariés depuis près de 45 ans… Lors de son audition, l’homme a reconnu qu’il méritait la prison, en ajoutant toutefois cette phrase étrange. 

Je ne suis pas un sauvage... 

Des câbles électriques et une latte en bois : qu’est-ce donc s’il ne s’agit pas de sauvagerie ?

De son côté, L’Express nous parle de violences sur les enfants.

Selon les chiffres officiels, un enfant meurt tous les cinq jours en France des suites de mauvais traitements

L’angle du dossier ne manque pas d’intérêt : "_Comment punir le silence ?"._Punir celles et ceux qui savaient et n’ont pas dénoncé… 

C’est l’histoire de Jonathan qui, souvent, entendait des cris dans l’appartement situé à côté du sien à Reims… Puis des coups, puis les pleurs d’un enfant… Un jour, le garçon de trois ans est mort de ces violences imputées à son beau-père… Jonathan assure qu’il avait voulu alerter la police. Pas de chance, le commissariat était fermé… Il aurait aussi averti le bailleur social, mais sans être pris au sérieux… Malheureusement, relève Thibaut Solano, personne ne se souvient de ses démarches et, en octobre prochain, Jonathan, 34 ans, sera jugé au tribunal correctionnel pour non-dénonciation des mauvais traitements qui ont coûté la vie au petit Tony en 2016… Près de 90 personnes ont été condamnées pour ce motif cette année-là. 

D’autres drames familiaux dans les pages de Paris Match… 

Des pères divorcés privés de leurs enfants emmenés par leur mère au Japon

Ils s’appellent Emmanuel, Stéphane, Vincent, et sont tombés amoureux de femmes japonaises. Mais celles-ci, du jour au lendemain, se sont évaporées emportant avec elles leur progéniture. Une centaine d’autres pères français connaissent le même sort et, depuis, ils se confrontent, au mieux, à l’indifférence et, au pire, à la garde à vue longue durée au Japon… Là-bas, au Japon, quand la mère a décidé que la rupture devait être complète, il est interdit de heurter les usages en réclamant un droit de visite et, dès le divorce prononcé, les pères étrangers sont privés de visa.

De ces drames, on se console à la lecture de Libération et du Parisien, qui reviennent sur les manifestations lycéennes d’hier dans près de 120 pays. Ils étaient 15 000 en France, défilant pour appeler à lutter contre le réchauffement climatique

Une belle énergie qu’on retrouve également dans les pages de We Demain… Portraits de 25 activistes de moins de 18 ans… De jeunes écologistes, mais aussi de jeunes inventeurs ou des battants qui se sont lancés dans l’action humanitaire. Leur monde, notre monde, ne leur convient pas… Ils ont donc décidé d’agir, de se mobiliser.

Tous les journaux reviennent également sur un autre événement d'hier.

Explosion au colis piégé dans une rue du centre de Lyon

L'explosion a fait une douzaine de blessés légers. Un homme est recherché, et le parquet antiterroriste est saisi de l’enquête… Photo de voitures de polices en Une de nombreux titres de la presse régionale... On perçoit l’angoisse dans les titres… "Lyon attaqué", "Panique à Lyon", "La piste terroriste", "L’ombre du terrorisme", "Le spectre du terrorisme"Libération rappelle que cela fait 12 ans que la France n’avait pas connu d’explosion au colis piégé… Un mode opératoire très anxiogène, qui ravive évidemment le souvenir de la vague d’attentats de 1995. 

Les élections européennes font, bien sûr, également la Une. "Abstention : une surprise est-elle encore possible ?" questionne Le Parisien, tandis que Le Figaro et Le Monde détaillent les enjeux de l’élection… Le Monde nous offre en outre une enquête sur les mystères du vote… "Le couple est l’antichambre de l’isoloir"… L’intimité des foyers est le premier lieu d’échanges politiques : on y débat, on s’influence… Des études montrent que les points de vue se rapprochent avec les années – plus ils vieillissent, plus les maris et femmes votent à l’identique… Cela étant, les hommes continuent, nous dit-on, de garder un certain ascendant sur leurs femmes, même si cet ascendant tend à diminuer.

Ici encore, ce sont donc des histoires de couples… Mais il est aussi question d'histoires de cinéma ce matin.

Les pronostics pour le palmarès du festival de Cannes

C'est ce soir que l'on découvrira quels sont les films primés, mais chacun, ce matin, y va de ses prédictions. Pour les critiques du PARISIEN, la Palme d'Or devrait revenir à Pedro Almodovar pour « Douleur et Gloire ».  Mais les critiques du FIGARO misent plutôt sur « Une vie cachée » de Terrence Malick… Meilleur acteur : Antonio Banderas pour les critiques du PARISIEN... Plutôt un double-prix pour Brad Pitt et Leonardo DiCaprio d'après les critiques du FIGARO... En revanche, les deux journaux s'accordent pour le prix d'interprétation féminine : ils votent Virginie Efira, pour son rôle dans « Sibyl ».

LE FIGARO décerne par ailleurs "une palme de plomb" au film d'Abdelattif Kechiche, « Mektoub, my love : intermezzo ».

Le film donne l'impression d'être enfermé dans une boîte de nuit avec une musique que l'on n'aime pas et des gens qui n'ont rien à dire mais qui montrent leurs fesses pendant trois bonnes heures. Faux scandale et vraie imposture... 

Parfois, au cinéma aussi, on a du mal à croire ce que l'on voit.

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