Ce samedi, les journaux évoquent le second tour des municipales. Dans Elle : un reportage sur la Commanderie, à Marseille, qui a accueilli des femmes battues pendant le confinement. Dans L'Express : un dossier sur les nouveaux mots des dictionnaires. Dans Le Progrès : le portrait d'un généraliste mort du coronavirus...

Chaque année, quelque 150 mots font leur entrée dans le Petit Larousse illustré, et quasiment autant dans le Petit Robert, ce dernier intégrant aussi plusieurs dizaines de noms propres, des noms de personnalités. Cette semaine, L’Express a justement interrogé des personnalités pour savoir ce que leur inspirent ces nouveaux entrants de nos chers dictionnaires. Quels sont ceux qu’ils aiment ? Quels sont ceux qu’ils détestent ? 

Des amoureux de la langue française jugent les nouveaux mots des dicos

Pierre Perret, par exemple, aime beaucoup le mot "cododo", "quand un nourrisson dort avec ses vieux", précise-t-il.

Je subodore que les bébés veinards qui ont eu la chance de pratiquer le cododo à la maison sont aussi épanouis dans la vie qu’un chaton dans une corbeille de pelote de laine. 

En revanche, il déteste le mot "frugalisme".

Ce mode de vie barbare qui permettrait de prendre sa retraite à 35 ans ; les bras m’en tombent comme ceux de la Vénus de Milo.

Sentiment contraire pour l’écrivain Philippe Delerm. Lui, il l’aime beaucoup, ce mot-là, "frugalisme", notamment parce que l’adjectif "frugal" lui rappelle ses bonheurs de lecture d’enfant. 

Les héros faisaient toujours un repas frugal, souvent en plein air, parfois un simple croûton de pain frotté d’ail, et buvaient de l’eau à la source, avant de repartir frais et dispos pour l’aventure.

Pour lui, le "frugalisme", "mode de vie consistant à vivre au-dessous de ses moyens et à épargner afin de quitter la vie active bien avant l'âge de la retraite", est comme "un humanisme basé sur une rébellion" : se soustraire à la société de consommation.

Quant à Amélie Nothomb, elle trouve très sympathique le mot "remontada". 

Pour une fois qu’un nouveau mot ne doit rien à l’anglais.

Et puis elle applaudit l’arrivée dans les dicos de Virginie Despentes, Guillaume Gallienne, Dora Maar… Et comme on y trouve aussi Beyoncé, elle plaide pour l’entrée de Rihanna. Elle n’a rien contre Beyoncé, mais elle est fan de Rihanna. 

Alors, peut-être qu’un jour, Rihanna fera son entrée dans nos dicos. Mais ce matin, à la lecture des journaux, on se dit que d’autres noms mériteraient également d’y figurer. Par exemple, celui de Remy Bojaruniec.

Médecin lyonnais mort du Covid-19 : "Il est parti à la guerre sans rien"

C’est dans Le Progrès qu’on trouve son portrait. Rémy Bojaruniec était généraliste à Lyon. Il avait 65 ans et, mi-mai, il mort du coronavirus, après avoir passé six semaines en réanimation. 

Dans le journal, ses enfants racontent son histoire, et d’abord cette patiente reçue début mars, avec des problèmes respiratoires atypiques. Au téléphone, Rémy Bojaruniec lui avait conseillé de se rendre au Samu, mais comme elle ne revenait ni de Chine, ni d’Italie, le Samu l’avait invitée à aller chez son médecin traitant. Lequel, à son tour, une quinzaine de jours plus tard, a développé des symptômes désormais connus : grosse fièvre, écoulement nasal, maux de ventre et fatigue intense

Il s’est placé de lui-même en quarantaine, mais son état s’est dégradé et il a été hospitalisé le 3 avril. Le 7, il a été placé en coma artificiel et intubé. L’équipe médicale qui s’occupait de lui était alors assez confiante. Mais la maladie a attaqué d’autres organes, et le 16, il est décédé d’un choc septique peu avant 15 heures, et peu avant que n’arrivent ses enfants. 

Ces derniers expliquent donc qui il était : sa passion pour les voitures, pour les balades dans la nature, et les nombreux cadeaux qu’il recevait de ses patients. Et, surtout, cette phrase qu’il disait : "On n’a pas été protégés ." Rémy Bojaruniec a obtenu des masques uniquement deux jours avant de tomber malade. Selon les estimations – il n’y a de chiffres officiels, plus de 50 médecins seraient décédés en France du Covid-19. 

Un de ses patients, très affecté par son décès, répète qu'il n'avait pas à "mourir de ça"

Il aurait pu fermer son cabinet. Il est parti à la guerre sans rien. Quand on pense que la vie tient à un bout de tissu.

Ophélie, 31 ans, la fille du docteur , se dit "triste, déçue et en colère"

Comme d’autres, la famille du docteur Bojaruniec envisage une action en justice, pour dénoncer l’absence de moyens de protection donnés aux médecins. La procédure est lourde et Louis, son fils, 28 ans, s’interroge.

Je me demande si j’ai envie de vivre ça. Mais, d’un autre côté, je me dis : est-ce qu’il ne faut pas le faire pour papa ? 

Et pour "faire son deuil", comme on dit. 

La pandémie occupe toujours une large place dans les journaux

A côté du second tour des élections municipales – "second tour si particulier" nous explique Le Monde, "second tour inédit" commente Le Figaro… Et un second tour sur lequel nous ne pouvons pas nous étendre. 

Photo de Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique, en une de L’Echo Républicain. Selon lui, une deuxième vague est « extrêmement probable » à l’automne.

Dans Le Berry Républicain, on parle de la prime versée hier au personnel de l’hôpital de Bourges : la fameuse "prime Covid", qui provoque la colère et l’incompréhension, car le montant n’est pas le même pour tous les agents.

Dans Elle, il est question du bruit : après le silence du confinement, de nombreux citadins ne supportent plus le vacarme de la ville. Un "vacarme" qu’ils supportaient très bien pourtant il y a six mois, mais qui leur est maintenant devenu intolérable, les empêchant de se concentrer, voire de travailler. 

Toujours dans Elle, je vous conseille un très beau reportage. 

Violences conjugales : un calme olympien

Un formidable reportage sur les mesures mises à place pour aider les femmes violentées par leur conjoint lors du confinement à Marseille. De mi-avril à fin juin, des dizaines de femmes battues ont pu trouver refuge, parfois avec leurs enfants, à la mythique Commanderie, le centre d’entraînement de l’OM. 

Très étrange, pour elles, de se retrouver là, dans un lieu qui fait fantasmer leurs bourreaux. On applaudit l'énergie de celles et ceux qui ont réussi à monter cette opération, et nos yeux s'arrêtent sur une phrase d'un éducateur. 

Tous les Marseillais savent que les violences conjugales augmentent chaque fois que leur équipe perd un match.

Propos confirmé par le président du club, et il cite ici les mots d’un urgentiste qu'il a rencontré.

Il y a une nette corrélation entre les défaites de l’OM et les visites à l’hôpital la nuit suivante

Enfin, autre conseil de lecture. C’est dans Le Parisien, qui nous emmène visiter la clouterie Rivierre à Creil. 

Une fabrique de clous du XIXe toujours à la pointe

Cette fabrique est la seule fabrique au monde à concevoir encore des clous sur mesure, avec de grosses machines vieilles de 150 ans, toutes baptisées d’un prénom féminin : Blanche-Neige, Bichette, Germaine, Daniella, Judith, Delphine ou encore Folledingue… Et le journal rend hommage à celle qui a dirigé l’entreprise familiale de 1900 à 1935. Elle, elle s'appelait Marie.

"Marie Rivierre, patronne modèle", explique le quotidien. Elle a pris les commandes de la clouterie après le décès de son mari. Elle avait alors 27 ans, n'a jamais connu une seule grève, était très appréciée des 400 salariés, pour lesquels elle avait créé une caisse de retraite et d'assurance maladie. A sa mort, en 1937, son entreprise était prospère et fournissait 85% du marché français du clou. Comme Rihanna, Marie Rivierre mériterait peut-être d’entrer dans les dictionnaires. 

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