« Je parle beaucoup au hasard. C’est mon plus cher confident. » C’est Fantasio qui dit cela. Acte II, scène 5 dans la pièce éponyme d’Alfred de Musset.

Fantasio, le héros cynique, blasé, qui s’ennuie malgré sa jeunesse et se désole de la médiocrité de la société. Fantasio dit donc qu’il se confie « au hasard ». La formule est jolie. Mais il en est aussi qui choisissent de se confier à des journalistes, ainsi qu’on le constate ce matin en feuilletant les journaux.

Une comédienne se confie au JOURNAL DU DIMANCHE. Il s’agit de Judith Godrèche, l’une des toutes premières à avoir dénoncé les agissements du producteur Harvey Weinstein. C’était au mois d’octobre, dans LE NEW YORK TIMES. Elle avait révélé qu’il l’avait agressée lors du festival de Cannes en 1996, alors qu’elle était âgée de 24 ans. Depuis, l’actrice ne s’était plus exprimée publiquement sur le sujet. Mais aujourd’hui, dans LE JDD, elle explique comment se sont déroulés pour elle les huit derniers mois. « Le plus difficile, dit-elle, a été de devoir raconter à mes enfants ce qui s’est passé. Partager ça avec eux, et avec ceux qui m’aiment, a ranimé la blessure, réactivé les émotions. Mon fils était inquiet, mais il a saisi l’importance de la démarche. » Une démarche que Judith Godrèche ne regrette pas. Même si c’était difficile. « Se confier à une journaliste qui ne pouvait rien me dire – à savoir : ni le nom, ni le nombre des autres femmes qui témoignaient dans le même article – me paraissait impensable. C’est vertigineux de se livrer comme ça. Un saut dans le vide, mais aussi un soulagement, après des années de silence. »

Et quand, il y a deux jours, elle a appris l’inculpation de Weinstein pour viol et agression sexuelle, Judith Godrèche a d’abord eu du mal à y croire. Et puis elle y a vu « comme un souffle d’espoir de changement, une nouvelle qui doit semer le doute chez ceux qui se croient protégés ». « Que cet homme se retrouve devant la justice sonne, dit-elle, c’est comme une petite révolution. » Harvey Weinstein encourt jusqu’à 25 ans de prison. Oui, comme les autres, toutes les autres, Judith Godrèche a donc bien fait de se confier.

Un philosophe se confie dans le mensuel PSYCHOLOGIE. Il s’agit d’Alexandre Jollien. Un dossier sur « le lâcher prise », dans lequel il raconte qu’il a bien failli « se perdre ». A 42 ans, né handicapé, formé à la philosophie occidentale, puis sculpté par la méditation, marié, père de famille, il s’est aujourd’hui imposé comme l’un des auteurs et conférenciers les plus influents auprès des personnes en quête de sens et de sagesse. Lui-même est donc considéré comme un sage, mais il raconte au magazine les pulsions qui l’ont violemment ébranlé pendant plusieurs mois : il s’est épris d’un homme. « Chose banale, somme toute », dit-il. « Sauf que _cette passion a viré à la fascination, à l’obsession, à la jalousie et à l’addiction vécues dans la peur du rejet et la clandestinité_. Bref : dans la honte. » La honte d’aimer un homme. La honte de désirer son corps « qui semblait tout puissant ». La honte d’un désir qu’il décrit comme « quasi animal, un désir insatiable ». Après des semaines de silence, Alexandre Jollien s’est finalement confié à ses amis, ses proches, sa femme, ses enfants. « Si tu idéalises le corps de cet homme, c’est parce que tu n’aimes pas le tien », lui a dit sa fille de 13 ans.

Evidemment, c’est un peu plus compliqué. « Mais pourquoi révéler aujourd’hui cet épisode de votre vie ? », lui demande Anne-Laure Gannac, qui signe l’entretien. « D’abord pour montrer l’envers du décor, oser la transparence », répond-il. « Il faut faire œuvre de vérité et je veux montrer aux personnes qui vivent l’addiction (amoureuse ou sexuelle) que ce n’est pas une tare honteuse ni une fatalité. » Alexandre Jollien assure qu’il s’en est sorti, puis il cite cette phrase de Nietzche : « Il faut porter du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse. » C’est une phrase merveilleuse.

On remercie le philosophe de s’être confié.

Un homme politique se confie également. Pas publiquement, cette fois. Ce sont ses proches qui rapportent ce qu’il dit en privé. C’est à lire dans LE PARISIEN : « Borloo l’incompréhension ». Si, en public, Jean-Louis Borloo s’est dit satisfait après le discours d’Emmanuel Macron sur les banlieues la semaine dernière, en privé, l’ancien ministre de la ville fait part de sa stupéfaction. Toutes ses préconisations sur le sujet, le fameux « plan Borloo », ont été enterrées par le chef de l’Etat. A l’un de ceux auxquels il s’est confié, il a lâché : « J’ai passé sept mois à ne faire que ça, j’aurais peut-être dû les passer à autre chose… » Il aurait donc pris un coup sur la tête et vécu la séquence comme une humiliation.

Les journaux reviennent par ailleurs sur une autre séquence : la « marée populaire » à laquelle appelait une soixantaine d’organisations politiques et syndicales. Comme toujours, il y a bataille sur les chiffres, entre ceux de la police et ceux des organisateurs. Mais le fait est, selon LE PARISIEN, qu’on était « loin était loin des deux millions de participants » qu’espéraient certains… Moins de monde que prévu : c’est ce qui ressort dans les titres. « Manif anti-Macron : une mobilisation en demi-teinte », commente CENTRE PRESSE. PRESSE OCEAN évoque « des vagues », tandis que LA NOUVELLE REPUBLIQUE parle d’un « faible coefficient pour la marée populaire »… Une expression qu’on retrouve dans la bouche d’Edouard Philippe, le Premier ministre : « Comme on dit chez moi, la mobilisation d’hier, c’était un petit coefficient de marée ». Il le dit dans les colonnes du JOURNAL DU DIMANCHE, auquel il a accordé une longue interview. Sa photo à la Une, et cette question de l’hebdomadaire : « Peut-il faire plier les grévistes ? » Car dans cet entretien, il est avant tout question de la grève et la réforme de la SNCF… Même s’il avoue que le climat social est parfois « difficile, tendu », et qu’ignorer les frustrations et les colères serait méconnaître le pays, Edouard Philippe assure qu’il reste « parfaitement déterminé », et qu’une fois que la loi aura été votée, la réforme du rail s’appliquera à tous.

De son côté, LE MONDE revient sur « le plébiscite historique des Irlandais en faveur de l’avortement ». C’est le titre à la Une. Lors du référendum de vendredi, plus des deux tiers des électeurs ont approuvé la légalisation de l’IVG… Une ample victoire du « oui », dans toutes les couches de la société, qui témoigne de la perte d’influence de l’Eglise catholique. Une Eglise qui, à l’inverse, continue d’être extrêmement puissante à Malte. A Malte « avorter reste encore un crime »… Cas unique en Europe. C’est à lire dans LE PARISIEN. Le Planning familial espère qu’après l’Irlande, l’île méditerranéenne va autoriser l’avortement, totalement interdit aujourd’hui, même s’il y a un risque vital pour la mère.

Dans la presse, il est aussi beaucoup question d’accidents mortels ce matin. Sur le site du DAUPHINE : un dramatique accident de car qui a fait 3 morts, 11 blessés graves et 17 blessés légers… C’était hier soir vers 23H15, sur l'autoroute A7 dans la Drôme près de Tain-l'Hermitage. Le car transportait des supporters du club de rugby de Beaucaire, qui  rentraient du match de demi-finale de Top 14 entre Castres et le Racing 92 à Lyon. Les premières constatations de l’enquête indiquent qu'un problème de pneumatiques pourrait avoir déséquilibré le véhicule. Le car s’est renversé sur la route.

Autre accident à la Une de L’INDEPENDANT CATALAN : « A Gruissan,  un enfant écrasé par un manège ». Le garçonnet avait 2 ans. Il est tombé du « petit train », qui lui a ensuite roulé dessus… Et puis il y a cette fillette – à lire sur le site de OUEST FRANCE, une fillette de six ans décédée après la chute d’une branche d’arbre provoquée par les orages. Elle se promenait avec sa mère dans un parc.

On parle ici d’une mère. On parle évidemment des mères dans les journaux ce matin… Plus joyeux : c’est leur fête, ce dimanche. Elles auront des cadeaux.

Enfin, autre cadeau : cette fois, c’est un chanteur qui se confie dans un hebdomadaire. Trois ans après avoir frôlé la mort, William Sheller sort du silence et se raconte donc dans PARIS MATCH. Il parle évidemment de musique, mais aussi de son addiction à la drogue. « Avec la cocaïne, dit-il, j’étais réellement meilleur musicien. » Puis il a arrêté, et il est quand même resté excellent musicien.

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