Les animaux, depuis longtemps, ont investi notre langage. On dit « avoir une faim de loup », « être connu comme le loup blanc »… On dit « avoir une vie de chien » ou « être malade comme un chien ». Donner sa langue au chat, faire une queue de poisson, avoir la chair de poule, dormir comme une marmotte...

On saute du coq à l’âne, on parle comme une vache espagnole… On dit « courir comme un lapin », « être un canard boiteux »… Peut-on courir comme un lapin quand on est un canard boiteux ? On dit « manger comme un cochon », « avaler une couleuvre », « être une langue de vipère »... Les langues de vipères peuvent-elles avaler des couleuvres ? 

Les animaux nourrissent notre langue et nos expressions. Mais ils nourrissent aussi les journaux ce matin. Des histoires, çà et là, qui racontent le monde et racontent les hommes.

La naissance d’un bébé orang-outan dans LE PARISIEN.

La petite Java, qui a vu le jour la semaine dernière au Jardin des Plantes. Mercredi à 16 heures 35. Le vétérinaire de la ménagerie ne cache pas son enthousiasme. 

C'est une naissance exceptionnelle !

Première naissance depuis 13 ans, et depuis deux jours, les visiteurs peuvent venir admirer le nourrisson. Théodora, la mère de Java, la protège en permanence de ses grands bas et ne la lâcherait pour rien au monde. Son père, Banggi, en revanche, ne peut s’en approcher. Chez les orangs-outans de Bornéo, les mâles ne s’occupent pas de leur progéniture. 

On lit cela; on se dit que les hommes, en matière d’éducation parentale, sont peut-être plus évolués que les primates.

La naissance d’un bébé pingouin sur le HUFFINGTON POST.

Lui aussi, il a vu le jour la semaine dernière. Si les journaux nous parlent de lui, c’est parce qu’il vit dans une famille homoparentale. Ça se passe à l’aquarium marin de Sydney où, il y a quelques mois, Sphen et Magic, deux pingouins mâles, fous d’amour, se sont mis en couple. Ensemble, ils ont alors commencé à préparer un petit nid, à l’aide de galets. Intrigués par leur comportement, les gardiens de l’aquarium leur ont confié un faux œuf, que Sphen et Magic ont tous les deux couvé. Puis on a remplacé ce faux œuf par un vrai, abandonné par une femelle qui en couvait déjà un autre. L’oisillon est né il y a maintenant huit jours et depuis, Sphen et Magic, ses deux pères d’adoption, s’en occupent comme n’importe quel autre couple de pingouins. Personne ne se moque d’eux. Le petit va très bien. 

On lit ça ; on se dit que les hommes, parfois, devraient peut-être prendre exemple sur les pingouins.

Une histoire de chevaux maltraités dans LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE.

Avec une pétition contre un atelier d’engraissement, pétition qui affole la toile depuis quelques jours. 

Un hangar de la honte.

Voilà comment cette pétition désigne l'atelier situé à Marcilly-en-Gault. Les équidés y sont destinés à la boucherie et à l’exportation, mais une association dénonce les conditions dans lesquelles on les traite. 

Les bêtes arrivent par camion en pleine nuit, et dans un état pitoyable. Beaucoup des chevaux sont malades, atteints de la gale…

Alertés, les services sanitaires ne trouvent rien à redire à cet atelier d’engraissement. Les militants de la cause animale évoquent « une omerta sur cette affaire »… 

On lit ça ; on se dit que les hommes ont tout de même une curieuse façon de considérer les animaux.

Et si j’arrêtais la viande ?

C’est la question que pose cette semaine LE UN, dans lequel le romancier Vincent Message raconte comment son regard a évolué sur la question. Une corrida en Camargue, puis des buffles sacrifiés en Indonésie à l’occasion d’un enterrement… Soudain, l’appétit qui s’en va. 

La violence faite aux animaux se retourne inévitablement contre l’homme.

Dans LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES, il est cette fois question de caprins.

Une année meurtrière pour les brebis dans le Béarn.

On accuse le loup… 

Dans LE COURRIER PICARD, on nous parle de vaches qui, chaque année, sont très perturbées par le changement d’heure. Parce qu’on change l’heure de la traite. 

Dans OUEST FRANCE : les abeilles... Un tiers des ruches françaises décimées l’hiver dernier. Là, c’est en premier lieu à cause des produits phytosanitaires. Autrement dit : la faute des hommes. Les hommes sont des fauves.

L’un d’eux, ce matin, inquiète d'ailleurs la planète entière. Son visage s’affiche à la Une du MONDE : Jair Bolsonaro, candidat d’extrême-droite grand favori du second tour de la présidentielle qui aura lieu demain au Brésil. Bolsonaro, un nostalgique de la dictature… « Bolsonaro, aux portes du pouvoir », s’alarme le quotidien. MEDIAPART renchérit.

Le Brésil face au risque fasciste.

Même inquiétude à la Une de LIBERATION qui, ce matin, fait le point sur les démocraties désormais sous l’emprise des partis d’extrême-droite… « National-populisme : la contagion mondiale »… 

Il y a donc le Brésil, mais aussi la Turquie : pouvoir autocratique du président Erdogan… Aux Philippines, c’est Rodrigo Dutertre, dont la politique sanglante aurait déjà coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et même en Europe, émergent de nombreux régimes démagogues. En Pologne, en Hongrie, plus récemment en Italie… Des vagues populistes qui sont, avant tout, le symptôme d’un malaise démocratique, estime le journal… 

Dans les journaux en ligne, on nous parle des ados. 

Sur SLATE, une enquête sur le succès des sites de vidéos qui proposent des tutoriels pour connaître les rouge à lèvres, fard à paupière et autre fonds de teint… Dès l’âge de 9 ans, les fillettes connaissent maintenant mieux que leurs mères les marques de cosmétique et les techniques de maquillage les plus sophistiquées.

Autre question de notre époque, à lire cette fois sur le site USBEC & RICA :_« La génération iPhone est-elle si différente des précédentes ? »_Une psychologue américaine s’est penchée sur le sujet dans un essai qui vient d’être traduit en français. Sa thèse peut se résumer en une phrase : les smartphones ont détruit les adolescents, en les rendant à la fois immatures et déprimés.  

Mais on peut se consoler à la lecture du PARISIEN et du FIGARO qui, tous deux, reviennent ce matin sur l’ouverture, hier, d’un nouveau commerce à Paris.

Une grande librairie indépendante sur les grands boulevards.

Une librairie en lieu et place d’un magasin de fringue ; ça n’arrive jamais… Ce lieu s’appelle « ici »… C'est un lieu chaleureux, comme en témoigne un éditeur dans les colonnes du PARISIEN.

Une librairie, c'est vital, comme un point d'eau dans la jungle pour les grands fauves...

A bien y réfléchir, les livres sont sans doute finalement l'une des seules choses qui peuvent distinguer les hommes des animaux.

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