Des visages inconnus s'affichent ce matin en Une du Parisien : deux femmes, deux hommes et une adolescente de 16 ans au sourire rayonnant. Ce sont cinq des victimes françaises du coronavirus. Une épidémie qui, de façon plus anecdotique, a, en outre, pour conséquence de paralyser le trafic de drogue dans le pays.

Je reste confiné, tu restes confiné, nous restons confinés… Et au moins jusqu’à la mi-avril, a donc annoncé, sans surprise, le Premier ministre hier. La décision fait la Une de nombreux journaux. "15 jours de plus… pour commencer", précise Centre Presse, tandis que Libération Champagne invite ses lecteurs à respecter le mot d’ordre : "Restez encore chez vous !" Et ce, même si, comme le reconnaît Var-Matin, deux semaines de plus, c’est sûr "ça va être long"

Parmi ceux qui trouvent ce temps particulièrement long, il y a notamment les dealers et les consommateurs de drogue. J’avoue que c’est un sujet auquel je n’avais pas du tout songé avant de lire cette enquête du Monde

Le trafic de drogue paralysé par le confinement

Il est à l'arrêt à cause de la fermeture des frontières (qui empêche l’approvisionnement), à cause de l’interdiction des déplacements, à cause des contrôles policiers. Un Parisien de 40 ans addict au cannabis se confie au journal. 

Déjà qu’on est enfermé, si, en plus je dois me sevrer contraint et forcé, je ne sais pas ce que ça va donner... 

Avant l’annonce du confinement, il a fait des réserves, mais pas de quoi tenir plusieurs mois. 

Avec la crise sanitaire, ce marché souterrain, illégal rappelons-le, tourne donc au ralenti.  Un marché qui pèse tout de même en temps normal autour de 3 milliards et demi d’euros par an. Un policier spécialisé dans la lutte contre les trafics de stupéfiants ironise. 

C’est vexant, le coronavirus a réussi là où on a échoué.

Plus possible, pour les dealers, d’aller se ravitailler en herbe aux Pays-Bas. Plus possible, non plus, d’importer de la cocaïne d’Amérique latine. Et, sur le territoire, la police surveille les points de vente habituels. Voyant les uniformes, la plupart des acheteurs rebroussent chemin. Les autres se prennent des amendes pour non-respect du confinement. Quant à ceux qui dealent des drogues considérées comme festives – l’ecstasy par exemple –, ils se retrouvent au chômage technique. L’un d’eux le reconnaît : sa marchandise n’a plus la cote. 

Les gens ne veulent plus de drogues festives, vu qu’il n’y a plus de fête !

Qu’il n’y ait plus de fête, c’est triste, mais qu'il y ait moins de trafic de drogue, on se dit que, a priori, c’est une bonne nouvelle. Mais il ne faut jamais se réjouir trop vite. 

Les trafiquants se sont déjà réorganisés

Notamment en développant les livraisons à domicile. Dans certains quartiers, on constate une: croissance exponentielle de livreurs de repas en scooters et en mobylette. Est-ce vraiment de la nourriture dans les sacs qu'ils transportent ? 

Du reste, les autorités redoutent qu'une fois leurs réserves écoulées, les trafiquants se réorientent temporairement vers d’autres secteurs criminels, en braquant des commerces ou des distributeurs de billets. Ne jamais se réjouir trop vite, disions-nous, de ce qui peut apparaître comme une bonne nouvelle. 

Cela étant, des bonnes nouvelles, on en trouve, malgré tout, quelques-unes dans les journaux. Notamment dans Le Figaro qui, ce matin, nous raconte la générosité des Français. 

La France généreuse

Le dossier détaille les gestes d’entraide qui se multiplient depuis dix jours : des restaurateurs qui cuisinent pour les soignants du CHU de Nantes, de jeunes Niçois qui font les courses pour les personnes âgées de leur quartier, un parfumeur de Vallauris qui fabrique et qui offre des bidons de gel hydroalcoolique. 

L’épidémie de Covid-19 aurait déclenché une autre vague : celle de la solidarité. Même le monde du sport met la main au portefeuille, à travers différentes cagnottes lancées pour soutenir les malades ou les soignants. Avec l’arrogance qui le caractérise, le footballeur de l’AC Milan, Zlatan Ibrahimovic, a battu le rappel afin d’aider les hôpitaux italiens. 

Si le virus ne va pas à Zlatan, Zlatan ira au virus !

Du côté des "bonnes nouvelles", il y a aussi ces guérisons dont se font l’écho les journaux. Le Journal de Saône et Loire nous raconte ainsi le rétablissement d’une nonagénaire mâconnaise. Placée sous oxygène pendant une dizaine de jours, elle peut désormais respirer de nouveau sans l’aide d’une machine. L’un de ses petits-fils fait part de son soulagement. Il en profite pour saluer "le travail incroyable de tout le personnel soignant".

La presse, ce matin encore, continue de lui rendre hommage. 

Infirmières, aides-soignantes, médecins… MERCI

C'est à la lire à la Une du magazine ELLE, sur laquelle on découvre également le mot "héroïnes". Mais certaines récusent ce terme : on fait simplement notre travail, disent-elles, et on aimerait avoir les moyens de le faire correctement. Les moyens de lutter et de sauver des vies.   

1995 : depuis hier soir, c’est le nombre officiel de personnes décédées en France du Covid-19. Bilan provisoire, et qui ne prend en compte que celles et ceux qui sont morts dans les hôpitaux. Cinq visages s’affichent à la Une d’Aujourd'hui Le Parisien : deux hommes, deux femmes, et une adolescente au sourire éclatant. 

« Les visages de la tragédie » 

Car, derrière ce nombre – 1995 –, il y a des visages et des vies. Le quotidien nous les raconte, dans un dossier qui tient à la fois de l’hommage et du rappel l’ordre : personne n’est à l’abri

Hommage à une femme pétillante de 89 ans : Jeanne-Elisabeth, qui se faisait appeler Lisa et que ses petits-enfants surnommaient "Kiok". Originaire de Metz, ancienne institutrice, elle vivait à Paris depuis quelques années, et profitait de sa retraite pour courir les musées, les concerts, et multiplier les voyages à travers le monde. Pour ses 90 ans, elle préparait une grande fête, raconte une de ses petites-filles. 

Elle nous avait promis une surprise. On ne saura jamais ce que c’était. 

Hommage également à Patrick Guigon, le premier gendarme fauché par le coronavirus. Ce sous-officier de 51 ans était père de trois enfants et il est décédé à la caserne de Maisons-Alfort, où il vivait avec sa famille. 

Hommage à Aïcha Issadounène, caissière depuis trente ans à l’hypermarché Carrefour de Saint-Denis. "C'était un cœur en or", assurent ses collègues et amies. Célibataire, 52 ans, membre de la CGT, elle passait son temps à aider les gens. 

Alain Siekappen-Kemayou, lui, n’avait que 45 ans et une carrure de sportif. C’était le chef de la sécurité du centre commercial O’Parinor d’Aulnay-sous-Bois. Il est décédé après dix jours d'hospitalisation.

Et puis, bien sûr, il y a Julie qui, selon Le Parisien, est devenue « le » visage de l’épidémie. 

Julie, 16 ans

Ses copains l'appelaient Juju. Elle est morte dans la nuit de mardi à mercredi à l'hôpital Necker. Au départ, elle ne souffrait pourtant que d’une petite toux. Elève en bac pro au lycée Saint-Léon de Corbeil-Essonnes, elle était passionnée par la danse et la mode. Julie rêvait de devenir organisatrice de mariage… 

Elle est la plus jeune patiente en France à avoir été emportée par le Covid-19. Un cas rarissime, insistent les médecins, mais un cas qui rappelle que le virus peut tuer à tous les âges. 

Je reste confiné, tu restes confiné… Mes amis, restons confinés. 

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