Ce matin encore dans la presse, on trouve de nombreux hommages à Jacques Chirac. Des dossiers, des numéros spéciaux. Il est aussi question de l'immense incendie de l'usine Lubrizol à Rouen. Les habitants et les agriculteurs de la région s'inquiètent. De son côté, LA CROIX nous raconte la révolte de paysans cambodgiens.

« C’est le pot de terre contre le pot de fer », lit-on dans les pages de LA CROIX. David contre Goliath, l’image fonctionnerait aussi. Mardi prochain, devant le tribunal de grande instance de Nanterre : deux parties seront face à face. D’un côté : une dizaine de paysans cambodgiens, des membres de l’ethnie bunong. De l’autre : un groupe français aux 23 milliards d’euros de chiffres d’affaire l’an dernier, le groupe Bolloré. 

Les paysans cambodgiens accusent le groupe Bolloré de les avoir spoliés de leurs terres pour développer des plantations d’hévéas

L’affaire commence en 2008, quand le gouvernement cambodgien accorde une concession foncière de 70 ans à une société du groupe Bolloré... Ce sont 7000 hectares dédiés à la production de caoutchouc, dans le Mondol Kiri, la région la plus vaste et la moins peuplée du pays… Moins peuplée, mais peuplée tout de même : 850 familles répartis dans sept villages. On défriche des terrains. Les villageois s’insurgent, incendient des tracteurs. On est en train de détruire leur cimetière communautaire, et puis on grignote leur forêt sacrée. A certains, on propose une contrepartie de 200 dollars par hectare exploité. D’autres disent qu’on les a forcés à signer des documents incompréhensibles. 

Aujourd’hui, ils exigent des dédommagements conséquents, de même que la restitution de leurs terres. Et l'histoire est intéressante, très intéressante. D’abord, parce que c'est un groupe français qui est mis cause. Le groupe Bolloré estime n’avoir rien à se reprocher. Ensuite, parce que les Bunong comptent parmi les derniers « peuples autochtones » de la planète… Un peuple pour qui la forêt est à la fois chapelle, grenier et pharmacie. Ils vivent de la chasse, la pêche, la riziculture mais, depuis qu’on les a obligés à se déplacer, alors qu’ils vivaient là depuis des générations, ils se retrouvent avec des terrains caillouteux. Avant, pour eux, la forêt n’avait aucune frontière… Ils étaient, du reste, étrangers à la propriété privée. Maintenant, tout a changé. 

Nous avons perdu la paix, car nous ne sommes plus libres. 

Ce petit peuple du Cambodge entend donc faire valoir ses droits. Pot de terre contre pot de fer… La procédure judiciaire promet d’être longue, nous explique ce matin LA CROIX.

Il est également question d’autres terrains dans les journaux. Et d’autres paysans, français ceux-là, qui vivent dans la région de Rouen, et qui s’inquiètent suite au gigantesque incendie de l’usine Lubrizol. 

« A Rouen, l’inquiétude après la catastrophe industrielle »

C’est le titre de OUEST FRANCE… On retrouve le mot « inquiétude » en Une de PARIS NORMANDIE… « Rouen, sale angoisse », note pour sa part LIBÉRATION. Une ville « clairement polluée », selon la ministre de la santé, et malgré les mots rassurants de la préfecture – les fumées ne seraient pas toxiques – la population redoute les conséquences de cet incendie, notamment les agriculteurs qui décrivent des sols souillés.  Rencontre avec plusieurs d’entre. Ils habitent à dix bornes, vingt bornes de Rouen… Les champs, d’habitude, si verts, sont aujourd’hui couverts de suie… Leurs vaches le sont aussi, oui, couvertes de suie, et un mélange gras s’est déposé dans les abreuvoirs, dégageant une forte odeur d’hydrocarbure. 

On a demandé aux maraichers et aux céréaliers de ne plus récolter leur production… On a demandé aux éleveurs de ne plus sortir leurs bêtes… Bertrand Beurion, jeune agriculteur de 24 ans, lui, n’a pas d’autre choix que de les laisser à l’air libre. Ses hangars sont pleins à craquer de bottes de lin. 

J’ai pu confiner mes poules, mais je n’ai de la place nulle part pour mes vaches. On est dans un état d’urgence, mais sans savoir si c’est vraiment la catastrophe… 

Mais certains n’hésite pas à parler de « catastrophe »... Une « catastrophe industrielle », comme l’écrit OUEST FRANCE. Une « catastrophe écologique », pour LIBÉRATION... Des associations écolos estiment que Lubrizol n’a plus sa place en ville. Une usine qui avait déjà connu une fuite en 2013. Un gaz malodorant… Elle avait été condamnée à 4000 euros d’amende pour négligence… « Il faut des sanctions bien plus lourdes », estime Delphine Batho, ex-ministre de l’Ecologie dans les colonnes du PARISIEN. Elle réclame également davantage de contrôle des sites classés Seveso. Davantage de contrôleurs, autrement dit davantage de moyens. 

Le quotidien se fait par ailleurs écho de la blague qui, dit-on, tourne en boucle depuis deux jours à Rouen… 

Vous connaissez le dernier exploit de Jacques Chirac ? Avoir éteint à lui tout seul l’incendie de Lubrizol ! 

Critique implicite du traitement médiatique de l'événement... Jeudi, toutes les télés avaient envoyé leurs équipes sur les lieux de l’incendie, jusqu’à ce que cette actu ne soit balayée des écrans par la mort de l’ancien président. 

Ce matin encore, Jacques Chirac fait la Une des journaux… Des éditions spéciales des hebdomadaires. Dans L’EXPRESS : « Un président parmi les Français »… Dans PARIS MATCH, c’est « Chirac, le bien-aimé ». Supplément du MONDE également.

« Jacques Chirac, un destin, une époque »

Une époque où l’on pouvait notamment tenir des propos pour le moins sexistes, ainsi que le rappelle LE HUFFINGTON POST. Jacques Chirac au milieu d’une négociation avec Margaret Thatcher. Il pensait les micros éteints... 

Mais qu’est-ce qu’elle me veut de plus, cette mégère ? Mes couilles sur un plateau ? 

Jacques Chirac dans une interview, en 1978. 

Pour moi, la femme idéale, c’est la femme corrézienne, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas.

A l’époque, les propos misogynes ne choquaient pas. Ne soyons pas nostalgique de temps-là… Pour autant, c’est bien la nostalgie qui s’impose ce matin encore… Des hommages, des souvenirs partout dans la presse. Par exemple ceux de Monique Bleu, une restauratrice de Corrèze. Elle se rappelle Chirac venant dîner un soir. Elle avait préparé des alouettes fourrées au foie gras, enveloppées dans de la pâte feuilletée.

J’avais mis six alouettes par assiette et lorsque j’ai débarrassé, Jacques Chirac avait aligné six becs. Les autres avaient laissé des petits brins d’os, mais lui, que les becs ! Rien que d’y penser, j’en ai des frissons !

« L’émotion et le recueillement », titre de son côté LE FIGARO, sous une photo de la cour d’honneur de l’Elysée… On y voit celles et ceux qui font la queue pour venir écrire quelques mots sur les registres de condoléance… C’est lundi, après une cérémonie militaire aux Invalides, puis une messe en présence du chef de l’Etat, que l'ancien président sera inhumé au cimetière Montparnasse à Paris. Il sera le premier président de la Vème République à être enterré dans la capitale, nous dit LE PARISIEN. Une pierre tombale d’une totale sobriété, située juste à côté de celle de Serges Gainsbourg… Un employé du cimetière témoigne.

On nous a demandé de mettre un grand coup de propre pour lundi.

Dans LE MONDE, lisez aussi le papier de Béatrice Gurrey : « Le temps du chagrin » des dernières années Chirac. Elle écrit un vieil homme diminué par la maladie, et accablé par la mort de sa fille aînée. L'ancien président vivait alors "loin du monde"... Aux côtés de son épouse, mais "loin du monde". C'est un texte bouleversant. 

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