Elle pensait que ce serait le plus beau jour de sa vie. Ce samedi, Elise se marie avec Arnaud dans l’Hérault. Mais elle peste dans les colonnes du PARISIEN : « Je vais me marier avec un boulet ! »

Alors, pourquoi dit-elle qu’Arnaud, son amoureux, est un boulet ? Eh bien parce qu’il est fan de foot, et que la cérémonie aura lieu cet après-midi, pendant le 8ème de finale que vont disputer les Bleus contre l’Argentine ! Arnaud aurait bien aimé regarder la rencontre et, surtout, il sait que ses copains ne penseront, eux aussi, qu’à ça. « Au secours, j’ai un mariage pendant le match ! » C’est le titre du papier de Romain Baheux, qui a mené l’enquête et découvert que certains s’organisent pour pouvoir suivre les deux événements à la fois… Témoignage de Léna, invitée aux noces de sa cousine en Loire-Atlantique. « Je me mettrai dans un coin à la mairie, et je regarderai le foot sur l’écran de mon téléphone portable. » Témoignage de Séverine, conviée au mariage d’une camarade dans les Hauts-de-Seine : « Avec mon compagnon, dit-elle, on a prévu nos écouteurs sans fils reliés à une radio pendant la messe. Il faudra juste que l’on se retienne de crier ! » En effet, ce serait mieux.

De leur côté, Elise et Arnaud vont tenter d’intégrer la rencontre à leur cérémonie. Plutôt que la Marche Nuptiale, ils ont choisi la Marseillaise et l’un de leurs amis pourra prendre le micro à n’importe quel moment pour tenir les invités au courant de l’évolution du score… Mais Arnaud n’est pas rassuré pour autant : il a peur que ses invités soit abattus si les Français sont… battus par l’Argentine. S’ils perdent, ça gâcherait la fête… « En fait, résume Elise, ce match me fout la trouille. » Peut-être aurait-il fallu se marier au printemps. 

Mais ce match, ce matin, c’est toute la presse qui l’attend. Rendez-vous à 16 heures à Kazan, et « ça passe ou ça casse », annonce L’INDEPENDANT. « Les Bleus n’ont pas le droit à l’erreur », renchérit OUEST FRANCE.« Faites-nous plaisir ! », leur intime MIDI LIBRE, « ça va secouer » prévient L’EQUIPE, tandis que LE FIGARO présente cette alternative : « poursuivre le rêve ou mourir »

Mourir, car si les Français perdent, ç’en est donc fini pour eux de ce Mondial. Cela dit, les journaux se montrent plutôt confiants. Portrait, dans LE MONDE, du milieu de terrain Paul Bogba, sensé ramener toute la vitalité de sa jeunesse sur le terrain. Portrait de N’Golo Kanté dans L’EQUIPE. Il a déjà récupéré 29 ballons depuis le début de la compétition, c’est un record. Dans LIBERATION, c’est l’attaquant Antoine Griezmann qu’on retrouve en photo. Comme tous les autres, il est attendu au tournant. « Et ce France-Argentine va se jouer au bord du précipice, dans une ambiance de corrida », écrit, lyrique, Dominique Séverac dans LE PARISIEN. « La chute des Bleus les renverrait vers l’idée de joueurs surcotés, mais en écartant l’Argentine de Messi, ils viendraient peupler le mur des exploits du football français. Il est temps pour cette génération de verser dans une étreinte nationale et de tenir le pays au bout de la liesse, d’envoyer la France dans la rue ! Plus beau que l’espoir, il y a lutte. Alors, amis Bleus, tous ensemble, tous ensemble et vamos ! » En lisant ça, on se dit que le football tient vraiment de l’histoire d’amour.

Demain, c’est une autre histoire d’amour à laquelle on rendra hommage. Un homme et une femme. Ou plutôt une femme et un homme. Leurs visages s’affichent à la Une de OUEST FRANCE : « L’hommage de la République ». Il s’agit de Simone et Antoine Veil, qu’on retrouve aussi dans LE TELERAMME et dans LIBERATION : « Le Panthéon au féminin », « Une femme d’exception entre au Panthéon ». Demain, un an presque jour pour jour après sa mort, Simone Veil sera donc inhumée avec son époux au Panthéon – c’est la première fois qu’une femme est panthéonisée – comme on dit, accompagnée de son mari, et non l’inverse. Des récits, partout, ce matin, dans la presse : son parcours, ses douleurs, ses enfants, son amour ; Antoine Veil, donc, qu’elle a soigné, disait-il lui-même de son machisme. Dans LE MONDE, l’historienne Michelle Perrot souligne à quel point cette entrée au Panthéon est exceptionnelle. D’abord, en raison de sa rapidité, ensuite parce que Simone Veil « coche toute les cases » : elle est à la fois « un grand homme » et « une grande femme ». Un « grand homme » parce qu’elle incarne les principaux combats du XXème siècle (l’égalité entre hommes et femmes, l’espérance européenne et la mémoire de la Shoah) et parce qu’elle possède une qualité, la renommée, que les révolutionnaires jugeaient indispensable à la panthéonisation. Une « grande femme », ensuite, parce qu’elle a, tout au long de sa vie, été une pionnière… 

Dans LIBERATION, le documentariste David Teboul explique la scénographie de l’événement. C’est lui qui signe la mise en scène, et il a surtout voulu montrer qu’avec Simone Veil, c’est la mémoire de la Shoah qui entre au Panthéon. Il fera entendre le silence du camp de Birkenau : un silence, un quasi-silence, qu’il est allé enregistrer à 5 heures du matin le 17 juin dernier. Un silence nourri de bruits d’animaux – des renards, des sangliers, des oiseaux qui habitent désormais le camp. Il y aura aussi une image : des arbres qu’il a photographiés là-bas, à Birkenau… Simone Veil lui en avait parlé, évoquant l’un des seuls moments où, en les regardant, les racines dans la glace, elle était prise, en dépit de l’horreur, d’un « sentiment de beauté ». Elle aussi était belle. Elle entre au Panthéon. Reconnaissance de ses combats pour les femmes et pour l’Europe.

L’Europe qu’on retrouve à la Une du MONDE, lequel revient sur le sommet consacré aux migrants : après une longue nuit de discussion,« L’Europe parvient à un fragile accord », commente le journal. On a évoqué « des centres contrôlés » pour gérer les arrivants dans les pays volontaires, et « des plates-formes de débarquement » qui pourraient être créées en dehors de l’Union. Mais, ce matin, les journaux doutent que la réponse soit vraiment à la hauteur. « Migrants : l’Europe se ferme », titre notamment LIBERATION CHAMPAGNE.

De nombreux sujets également sur les nouvelles limitations de vitesse. 80 km/h sur les routes secondaires. « C’est demain » prévient LA VOIX DU NORD. « On lève le pied », renchérit LE COURRIER PICARD, tandis que L’EST ECLAIR annonce qu’il faudra « changer ses habitudes ». Ce qui ne plaît pas à tout le monde. La mesure continue de susciter la contestation de certains automobilistes. « 80 km/h : c’est l’ire de nos campagnes », reportage sur LES JOURS. Dans les villages de l’Yonne, la nouvelle limitation de vitesse crispe les habitants, qui y voient un nouveau signe de l’abandon de l’Etat.

Au rayon politique, on relèvera cet indiscret dans L’EXPRESS… « Tu t’es vu quand tu votes ? » C’est le cri du cœur d’une jeune députée de la République en Marche. « Il faudrait, dit-elle, installer un éthylotest à l’entrée de l’Hémicycle et c’est l’un des derniers tabous de l’Assemblée nationale. » L’élue attribue l’atmosphère électrique des séances de nuit aux boissons qu’ingurgiteraient certains élus de l’opposition à la buvette. « Moi, après avoir bu une bouteille avec des amis, je rentre me coucher. Eux, ils retournent dans l’Hémicycle ! »

Enfin, je terminerai par la lecture de LA CROIX qui, ce matin, nous propose un reportage dans une très belle forêt de France, la chênaie de Tronçais, dans l’Allier, qui a reçu le label de « forêt d’exception »… Le quotidien nous invite donc à nous promener dans les bois. « L’arbre est la plus grande réussite du vivant », explique un chercheur en écologie, précisant que « le développement du numérique a fait naître en retour un besoin de retrouver un contact avec le vivant »… Et c’est aussi ce que nous dit, en substance, Geneviève Jurgensen deux pages plus loin dans sa chronique « Le temps de l’amour »« A un journaliste qui demandait à Chaban-Delmas, alors Premier ministre, où il trouvait le temps de jouer régulièrement au tennis, Chaban répondit : ‘C’est simple. A chaque rentrée, sur mon agenda, j’inscris d’abord le tennis. Le reste s’installe tout naturellement dans les nombreuses plages restées libres.’ Une telle réponse, écrit-elle, est celle d’un homme de pouvoir, maître de son temps. Ceux que la fin de la vie active a libérés de ses contraintes n’ont pas les mêmes arguments pour imposer leurs priorités. Savons-nous seulement quelles sont les nôtres ? » Geneviève Jurgensen se désole : aujourd’hui, « entretenir l’amitié, nourrir les liens de famille, se rendre service les uns aux autres, paraît injustement relégué au rang de ce que l’on fait quand on a le temps. » A l’avenir, elle suggère donc de commencer par noter le mot « amour » dans nos agendas. Les journaux nous parlent d’amour. Nous en avons parlé aussi.

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