Jeanne n’a pas vu son mari depuis le 5 mars. Il est malade d’Alzheimer, il vit dans un Ehpad et, à cause du confinement, Jeanne sent bien que le lien est désormais brisé. « J’ai disparu pour lui », confie-t-elle dans "Le Journal du Dimanche".

Une femme rend visite à son mari à l'Ehpad (image d'illustration prise  Bourbourg, le 25 mai 2020)
Une femme rend visite à son mari à l'Ehpad (image d'illustration prise Bourbourg, le 25 mai 2020) © AFP / Denis Charlet

Elle continue pourtant de lui écrire des poèmes. Ceux qu’avant, elle venait lui lire dans sa chambre. Aujourd’hui, elle n’a plus le droit. Elle peut uniquement l’apercevoir par Skype une fois par semaine. Mais lui, dans sa chambre, à moitié éveillé, à moitié endormi, ne la reconnaît plus désormais. L’absence de sa femme, depuis bientôt trois mois, semble avoir eu pour effet d’aggraver la maladie. "Les regards et la voix qui rassurent, les mains qui s’entrecroisent… Le Covid-19 a rendu impossibles ces précieux gestes qui rattachaient les personnes âgées à la vie", note Emmanuelle Souffi, qui signe cet article, dont le titre est une vérité bouleversante.

« L’isolement tue » 

Jeanne ne retrouvera son époux que la semaine prochaine, et dans des conditions dignes d’un parloir. Seulement trente minutes, après avoir pris sa température, revêtu une blouse, une sur-blouse, un masque, séparée de lui par deux tables, et en présence d’un membre du personnel de l’établissement. Interdit d’apporter des gâteaux, et interdit, bien sûr, de le serrer dans ses bras. 

Comme si toucher mon mari allait lui apporter la mort. Le sanitaire est en train de balayer l’humain.

Comme Jeanne, des milliers de familles souffrent actuellement de l’assignation à résidence qui perdure dans les maisons de retraite. Une pétition vient de voir le jour, pour dénoncer "les mesures drastiques et cruelles du confinement". Car cet enfermement plonge certains résidents dans une profonde détresse psychologique. Le fameux "syndrome du glissement", qui ronge jusqu’à l’envie de vivre. 

C’est ce que raconte Magali, qui, avec sa sœur, a réussi à obtenir, à titre exceptionnel, que leur mère, une femme de 90 ans, vienne passer la journée chez elle ce dimanche. Plusieurs fois par jour, la vieille dame appelle ses filles en pleurs, leur disant qu’elle veut en finir. Elle leur a même écrit ceci. 

C’est comme être en prison, sauf qu’on ne sait pas ce qu’on a fait ! 

Le médecin de l’Ehpad a conseillé un rendez-vous avec un psy. "Mais ce sont simplement ses enfants qu’elle veut voir !" s'étonne Magali. Armelle de Guibert, déléguée générale des Petits Frères des pauvres, s'alarme. 

Au motif de protéger les âgés, on les prive de leur liberté. Il risque d’y avoir autant voire plus de décès provoqués par la solitude que par le coronavirus.  

Il y a d’autres tristesses dans les journaux ce matin. Notamment dans Le Monde, avec un remarquable supplément consacré aux féminicides. 

Féminicides : mécaniques d'un crime annoncé

Pendant un an, les journalistes du quotidien ont mené l’enquête pour analyser, raconter, tenter de comprendre la mécanique des homicides conjugaux. 

Souvent, c’est une rupture qui déclenche le passage à l’acte. 

Souvent, les meurtriers sont de grands manipulateurs

Souvent, leurs crimes témoignent d’un acharnement d’une violence inouïe. 

Souvent, les proches des victimes sont rongés, des années durant par la culpabilité de n’avoir pas su, pas pu sauver ces femmes. 

Toujours dans Le Monde, on découvre d’autres violences, avec le quotidien des habitants de l’Est du Burkina Faso. 

Au Burkina Faso, des villages aux mains des djihadistes

Il y a plus d'un an que la vie de ces villageois a basculent. Dorénavant, leur existence est une terreur. L’un de ces habitants témoigne. 

Un jour, des hommes sont venus prêcher, en se présentant comme des soldats de Dieu, et ils nous ont obligés à nous convertir. Ils ont planté un drapeau noir à l’entrée du village et bastonnent ou exécutent ceux qui ne respectent pas la charia. Les femmes doivent porter le voile, et certaines ont été enlevées et violées. 

Dans Le Parisien, c’est, cette fois, le quotidien de femmes de djihadistes que l’on nous raconte. Des Françaises, en l’occurrence. En sept mois, une vingtaine de Françaises détenues en Syrie se sont échappées. Certaines ont été rattrapées, mais 13 sont encore recherchées. On découvre qu’elles sont moins surveillées que les hommes, et que trois djihadistes français se sont, du coup, travestis en femmes pour tenter de s’enfuir. C’est un reportage à lire ce matin : "Les 13 évadées de DAECH".

Mais, dans le quotidien, il est, ce matin encore, surtout question des conséquences du confinement, et du déconfinement. 

Conséquence économique, par exemple. 

Le nombre d’allocataires du RSA a grimpé en flèche dans certains départements

On a vu apparaître de nouveaux profils, comme les indépendants en panne d’activité. 

Conséquence pour les finances des diocèses : après deux mois et demi sans messe ni célébrations religieuses, mariages et baptêmes, deux mois et demi sans quêtes, il manquerait au moins 40 millions d’euros dans les caisses de l’Eglise… 

Un dessin de Romain Dutreix dans Le Canard Enchaîné : dialogue de couple en attendant la réouverture des bars. La femme lance à l’homme : "Tu vas à l’église ? Avec un cubi ?" Et l’autre bredouille : "Ben oui, chacun doit apporter son vin de messe. C’est pour éviter les contaminations !" 

Autre conséquence, toujours dans le Parisien, en matière de sécurité : depuis le 11 mai, la police constate un net regain de vol à l’arrachée avec violence. Et comme les malfrats sont logiquement munis de masques, ça les rend bien moins facilement identifiables. 

A propos des masques, il faut lire l’interview de la philosophe Julia de Funès dans Le Journal du dimanche. L'hebdomadaire lui pose cette question.

Comment préserver la convivialité le visage masqué, sans se toucher ni s’embrasser ?

La réponse de la philosophe est belle. 

Un sourire transparaît toujours derrière un masque. Il n’empêche ni le ressenti, ni la contagion des émotions. On continuera à cultiver des contacts rapprochés, mais on se concentrera sur les gens qu’on aime. 

Là, je ne peux m’empêcher de penser à nos aînés. Au mari de Jeanne et à la mère de Magali.

Enfin, un tout dernier conseil de lecture. Avec là encore, une histoire de gens qui s'aime. C'est à lire dans L'Equipe. Le journaliste Florent Dabadie, correspondant du journal au Japon, a écrit un très beau texte sur son père, Jean-Loup Dabadie, décédé dimanche dernier. Il raconte sa passion pour le sport, que ne goûtait guère, en revanche, Guy Bedos

Voilà le dernier paragraphe de ce texte. 

Rétrospectivement, c'est avec son meilleur ami Guy Bedos qu'il aura signé son unique oeuvre totalement dédié au sport : le sketch Carton rose, en 1986. L'histoire du partenaire de vie d'un gardien de but de football homosexuel qui rechigne à lui tirer des pénalty dans la chambre à coucher, la veille d'un match clé. "Quand un couple arrive à se déchirer comme ça, il vaut mieux se séparer : transfère moi !" Dabadie et Bedos seront finalement toujours restés dans la même équipe. Au paradis, Jean-Loup, mon père, va peut-être enfin convertir son pote Guy, mon parrain, à l'amour des dieux du stade."

C'est un texte magnifique. 

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