L’abdication du Juan Carlos fait la Une en Espagne et ailleurs

Je sais que vous êtes des républicains, mais je vous recommande vivement d’aller ce matin sur le site du journal El Mundo.es , c’est gratuit sans abonnement, pour feuilleterl’album photo, qui, à travers le destin si particulier d’un homme devenu roi, raconte l’histoire de son pays, de notre continent même . On le voit jeune garçon, le premier fils de don Juan de Borbón y Battenberg en exil en 49, maniant déjà une arme en culotte courte. Ensuite défilent les clichés d’un passé en noir et blanc, avec notamment le jour en 69 où Franco, lunettes sombres, l’a nommé comme successeur. Ou cette photo aux couleurs éclatantes et ultra kitsch dans les années 70, avec sa jeune famille au palais de la Zarzuela. Moment solennel en 81, entouré de ses conseillers, où il s’est opposé aux putschistes, ou encore plus récemment en 2007 lors d’un sommet, montrant Hugo Chavez du doigt et lui disant « tais-toi, on t’a assez entendu ! ».

C’est un journal de centre gauche El pais qui lui rend le meilleur hommage ce matin dans son éditorial intitulé « un monarque nécessaire. Pendant plus de 38 ans au service du pays, grâce à son courage face au danger le plus graves, son histoire a guidé notre lutte pour la démocratie, durement arrachée après une longue et sombre dictature ».

El Mundo devance les autres journaux madrilènes, mettant déjà à sa une le nouveau roi, Felipe VI, qui reprend la couronne en pleine crise institutionnelle . Lui, contrairement à son père, note le journal, ne raconte pas de blagues cochonnes et tient sa personnalité sérieuse plutôt du côté de sa mère.

ABC , plus royaliste que le roi en général, aligne déjà les superlatifs en gras pour accueillir le futur roi, lequel incarne la stabilité, représentant à merveille la nouvelle génération, et qui est, en définitive, la personne qu’il faut et ceci dans des « conditions impossibles à améliorer » , « inmejorables condiciones ».

Que dit-on ailleurs, hors de l’Espagne ?

Entre surprise et questionnement, les rédactions ont dû passer un petit moment hier à essayer de comprendre comment on tape les points d’exclamation ou d’interrogation renversés exigés au début des phrases espagnoles. The Times y arrive, intitulant son éditorial « ¡Viva el Rey! », avant de se féliciter du parcours d’un homme qui a conduit son pays du fascisme vers la liberté.

The Telegraph montre la reine d’Angleterre à cheval,le journal fait appel à des historiens constitutionnels pour rassurer son lectorat sur le fait qu’Elisabeth II tient fermement les rênes du pouvoir . __

The Mail est moins flatteur sur Juan Carlos qui « n’a pas partagé son lit avec sa propre épouse depuis 35 ans, mais qui n’a jamais eu de problème pour le remplir pour autant - 1 500 maitresses, il a même dragué Lady Di ».

Un Stéphane berne teuton est d’accord dans Bild , le journal populaire allemand, qu’il aurait dû s’appeler « el rey Casanova ».

La Libre Belgique montre à sa une ces milliers d’opposants - certains juchés sur la bulle de losanges en verre de la bouche du métro de la Puerta del Sol à Madrid hier, scandant « Espagne, demain, tu seras républicaine ! ».

LeFrankfurter Rundschau insiste que son curieux destin montre à quel point l’intégration européenne a eu raison de plusieurs dictatures et putschs.

Prouvant que l’histoire de notre continent circule désormais, elle aussi, dans la zone Schengen, Der Spiegel note qu’une centaine d’Espagnols manifestaient hier contre le maintien de la monarchie, là où monarchie et fascisme furent depuis longtemps abolis, autour de la porte de Brandebourg à Berlin .

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.